Pour contrer l'inflation, la BCE augmente ses taux de 0,5 point et envisage d'autres hausses

La Banque centrale européenne (BCE) a relevé ce jeudi ses taux d'intérêt de 0,5 point pour faire face à l'inflation galopante. Un exercice à haut risque tant ce genre de décision pourrait entraîner l'aggravation de la crise économique qui touche les pays de la zone euro. D'autres hausses de taux « seront pertinentes », leur ampleur dépendra « des données », a indiqué la BCE.
L'horizon économique « s'assombrit » en zone euro, prévient Christine Lagarde
L'horizon économique « s'assombrit » en zone euro, prévient Christine Lagarde (Crédits : POOL)

Dirigée par Christine Lagarde depuis trois ans, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux d'intérêt pour la première fois depuis 11 ans. Un tournant historique, puisque cette décision marque la fin de l'ère des taux négatifs entamée en 2014. Après avoir préparé les esprits à une hausse de 25 points seulement, la BCE a relevé ses trois taux directeurs de 50 points de base. Le taux de dépôt augmente de 50 points de base, et est ramené à zéro et le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement ainsi que celui de la facilité de prêt marginal sont également relevés d'un demi-point, à 0,5% et 0,75% respectivement.

Lire aussiHausse des taux de la BCE : six questions pour comprendre la nouvelle politique monétaire européenne

Objectif : baisser l'inflation, qui a atteint 8,6% en juin sur un an et devrait encore monter dans les mois à venir. D'autres hausses de taux « seront pertinentes », leur ampleur dépendra « des données », a déclaré la BCE. Pour Christine Lagarde, qui s'attend à ce que « l'inflation soit très élevée pendant un certain temps » avec une pression sur les prix qui « s'étend à de plus en plus de secteurs », l'horizon économique « s'assombrit » en zone euro. Elle a ajouté que « des pressions inflationnistes plus importantes découlent aussi de la faiblesse de l'euro. »

Des crédits immobiliers plus chers

Les conséquences pour les particuliers sont connues : les crédits immobiliers vont coûter plus chers mais, en contrepartie, les produits d'épargne rapporteront plus. Cité par Le Figaro, Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site spécialisé Good Value For Money, souligne : « On va voir émerger dans les mois qui viennent des produits d'épargne qui vont profiter de ce nouvel environnement ».

Le spectre d'une récession de la zone euro

Les gardiens de l'euro vont devoir toutefois piloter avec prudence ce resserrement du crédit, à un moment où les craintes d'une nouvelle crise de la dette refont surface dans le sillage notamment de l'instabilité politique en Italie et la mise à l'écart de Mario Draghi.

Les incertitudes sur l'approvisionnement de gaz en provenance de Russie risquent par ailleurs de faire plonger la zone euro en récession en cas d'arrêt brutal des livraisons par Moscou. Une hausse trop rapide des taux ne pourrait qu'aggraver la situation. Toute l'Europe attend dans ce contexte de savoir si le gazoduc Nord Stream 1 va rétablir ses livraisons, après plus de 10 jours de complète interruption pour travaux.

Aplanir les écarts entre pays emprunteurs

Pour parer une éventuelle envolée des taux d'emprunt que des pays comme l'Italie, en pleine crise politique, doivent payer pour financer leur endettement, la BCE va aussi dévoiler jeudi les contours d'un nouveau bouclier « anti-fragmentation ».

Il a été conçu pour aplanir les écarts entre taux d'emprunt, ou « spreads », entre pays emprunteurs sans risque, comme l'Allemagne, et d'autres plus fragiles. Des conditions strictes d'utilisation doivent être définies, les gardiens de l'euro n'ont pas le droit d'aider budgétairement les gouvernements.

Or « une crise politique auto-infligée en Italie est le cas d'école où la BCE ne devrait pas intervenir », prévient Frederik Ducrozet, chef économiste chez Pictet.

L'exemple américain

La BCE, avec ce renchérissement du coût du crédit, ne fait que suivre l'exemple de la banque centrale américaine (FED) qui augmente ses taux d'intérêt depuis mars. Fin juillet, ils pourraient même être relevés de 75 points de base.

A noter que le Japon a laisse inchangée sa politique monétaire ultra-accommodante, conformément aux attentes de la plupart des économistes, tout en relevant sensiblement ses prévisions d'inflation pour le pays.

Afin d'amortir l'impact de la remontée de ses taux, l'institution a également dévoilé un outil anti-fragmentation (Transmission Protection Mechanism, TPM) qui lui permettra d'acheter des obligations si elle observe des signes de divergence des coûts d'emprunt entre les 19 Etats du bloc monétaire.

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Commentaires 13
à écrit le 21/07/2022 à 18:33
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comme pour les agriculteurs. beaucoup d effets d annonces ! politique du sparadrap. et mise en scène

à écrit le 21/07/2022 à 17:57
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Avec le nouvel instrument TPI on va continuer à financer retraites et Bonos de l`Italie et d´autres pays du Club Med alors que ce n´est absolument pas le rôle de la BCE de financer les budgets des Etats! A quand les réformes fiscales? Il faut espèrer...

à écrit le 21/07/2022 à 17:44
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C'est dans le gros temps que l'on voit les bons capitaines... Elle n'en fait visiblement pas partie.

à écrit le 21/07/2022 à 17:10
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Cause toujours, tu m'intéresse.

à écrit le 21/07/2022 à 15:21
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La BCE remonte son taux d'intérêt avec un an de retard, a ce niveau là, ce n'est plus du pilotage, c'est du grand n'importe quoi

à écrit le 21/07/2022 à 15:03
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si la BCE avait fait son boulot en rappelant Mr MACRON à la realite avec ses gaspillages non financés nous aurions ce jour les moyens d'affronter la crise

à écrit le 21/07/2022 à 15:02
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si la BCE avait fait son boulot en rappelant Mr MACRON à la realite avec ses gaspillages non financés nous aurions ce jour les moyens d'affronter la crise

à écrit le 21/07/2022 à 14:43
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No comment 🙏🙏😂😂

à écrit le 21/07/2022 à 11:08
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Quelles blagues ! Dans les faits les taux restent négatifs, c'est à dire que les banques empruntent à taux < à l'inflation et pretent à taux proche de l'inflation, bref font toujours des profits du fait du prince ! Pour les citoyens c'est l'épargne ...

à écrit le 21/07/2022 à 10:23
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La BCE est pathétique: a minima trois mois de retard dans une décision qui s’imposait! Heureusement, tout le monde s’en moque, les taux longs n’attendent pas la remontée des taux courts pour faire leurs chemins...PS. Pour les médias, la grande questi...

à écrit le 21/07/2022 à 8:41
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"elle signifierait la fin de l'ère des taux négatifs" Pour les actionnaires milliardaires et propriétaires des banques puisqu'aucun citoyen du monde ne bénéficie de taux d'intérêts négatifs, on peut donc mesurer les centaines de milliards distribués ...

le 21/07/2022 à 14:22
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Cessons de mentir et regardons de vrais économistes parler (Charles gave, démarche...) - On est déjà en récession - Des taux à hauteur de l'inflation auraient dû être pratiqués y a déjà 10 ans, c'est une hérésie économique de laisser des taux bas p...

à écrit le 21/07/2022 à 7:23
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La BCE va faire ci, la BCE va faire ça. En attendant, elle ne fait rien

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