Rififi entre Madrid et Bruxelles sur le déficit espagnol

 |   |  762  mots
Pierre Moscovici a une mauvaise nouvelle pour Mariano Rajoy...
Pierre Moscovici a une mauvaise nouvelle pour Mariano Rajoy... (Crédits : Reuters)
La Commission européenne a encore revu à la hausse le déficit espagnol pour 2015 et 2016, ruinant les rêves de Mariano Rajoy et sur fond de soupçon de manipulation politique...

La querelle entre Madrid et Bruxelles ne cesse de grandir. Voici un mois, le 5 octobre, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, avait rejeté lors de l'Eurogroupe, la réunion des ministres des Finances de la zone euro, les prévisions budgétaires du gouvernement espagnol. L'affaire avait surpris et ému en Espagne.

Les prévisions de Madrid

Quel était le cœur du problème ? Madrid tablait sur une croissance de 3,3 % pour 2015 et 2016 et, en conséquence, prévoyait un déficit des comptes publics de 4,2 % du PIB cette année et de 2,8 % l'an prochain. La Moncloa, siège du gouvernement espagnol, pouvait donc affirmer que le budget revenait dans les clous du pacte de stabilité et de croissance dès l'an prochain.

Dans le cadre de la campagne électorale en vue des élections générales du 20 décembre 2015, cet élément avait de l'importance, car il permettait en théorie de donner au prochain exécutif des marges de manœuvre et, offrait donc un espace pour des promesses électorales.

Le déficit espagnol corrigé à la hausse

Las, Pierre Moscovici a estimé que les prévisions de croissance de Madrid n'étaient pas justes. La Commission prévoit en effet une croissance de 3,1 % en 2015 et de 2,8 % en 2016. Ceci a conduit Bruxelles a révisé en octobre les objectifs de déficit espagnol à 4,5 % du PIB pour 2015 et à 3,5 % pour 2016. Ce jeudi 5 novembre, lors de la présentation des perspectives macroéconomiques de la Commission, Bruxelles a encore revu à la hausse ses prévisions en tablant sur un déficit de 4,7 % du PIB en 2015 et de 3,6 % en 2016, après l'intégration dans les comptes comme dépenses publiques d'investissements de la région catalane et de la mairie de Saragosse datant de 2013 et s'élevant à 1,5 milliard d'euros. Ces dépenses ont été requalifiées par la Commission comme investissement public et non privé. Du coup, pour 2015, le déficit espagnol est le deuxième plus élevé de l'UE après la Croatie et le plus fort de la zone euro, devant même la Grèce.

Mauvaise nouvelle pour Madrid

Cette nouvelle prévision est évidemment une nouvelle pierre dans le jardin de Mariano Rajoy. Le budget espagnol devrait être retoqué par la Commission. Et, au lieu de disposer de marges de manœuvre, le prochain gouvernement espagnol devra sans doute se serrer la ceinture à hauteur de pas moins de 8 milliards d'euros pour entrer dans les clous du pacte de stabilité. A moins évidemment qu'il aille réclamer un délai supplémentaire. Dans tous les cas, les promesses de campagne risquent de demeurer lettre morte. Le coup est donc rude pour la droite espagnole qui, même si le Parti Populaire demeure en tête des sondages, est fort loin de la majorité absolue et pourrait perdre plus de 16 points par rapport à 2011.

Manipulations ?

La Moncloa avait donc maintenu ses prévisions de croissance et la presse conservatrice s'était interrogée sur le comportement de Pierre Moscovici. On l'avait soupçonné de jouer une partition politique, pour soutenir les Socialistes espagnols, le PSOE. Le Commissaire a même dû se justifier sur son propre blog personnel. Du coup - et cela ne manque pas de piquant - l'ancien ministre français des Finances jugé, lors de sa nomination l'an dernier, trop laxiste par la droite allemande, serait devenu trop rigide. Selon le journaliste Jean Quatremer sur son blog, les représentants des Conservateurs européens à la Commission auraient tout fait pour faire flancher Pierre Moscovici sur le dossier, afin de ne pas pénaliser Mariano Rajoy le 20 décembre. Martin Selmayr, chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, aurait même tenté de remplacer la traditionnelle conférence de presse de présentation des perspectives économiques par un simple communiqué de presse, afin d'éviter des questions « embarrassantes. »

L'indépendance de la Commission en question

Avec cette polémique, l'indépendance de la Commission peut être sérieusement mise en doute, quelle que soit la vérité de la situation : volonté de Pierre Moscovici de sanctionner la droite espagnole ou volonté de la droite européenne de dissimuler une réalité gênante pour le gouvernement espagnol. Ceci est évidemment fort gênant, car, depuis 2013 et la directive Six-Pack, le pouvoir de la Commission en matière budgétaire a été renforcé et celui du Conseil réduit. En théorie, ceci visait à empêcher le « contournement » des règles à des fins politiques. Le pari semble loin d'être réussi...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/11/2015 à 20:26 :
Le meme Mosco a ete incapable de tenir le budget de la France lorsqu'il etait ministre, a raconte mensonge sur mensonge en pretendant que le chomage baissait. C'est le cancre qui pretend donner des lecons. Un socialiste pur jus.
a écrit le 09/11/2015 à 8:55 :
La guerre fait rage ....entre les marxo/socialistes et la droite ...pas seulement en France....
a écrit le 08/11/2015 à 11:22 :
Il ne s'agit pas de dévier du problème.
Le problème c'est que les comptes espagnols ne sont pas satisfaisants. Engineered Numbers. Vous savez naturellement ce que cela signifie.
Faut pas prendre le reste des Européens pour des idiots.
a écrit le 06/11/2015 à 11:00 :
Cela fait très longtemps que la commission répond à des visées politiques. Il n'y a qu'à voir ce qui s'est passé avec la Grèce avant 2008, où la même commission ne ménageait pas ses compliments à la Grèce. Les mêmes qui accusent la commission de partialité viennent juste d'oublier ce qui vient de se passer avec cette même Grèce. Et cette même commission européenne qui s'est rendu-compte le 6 mai 2012 à 20 h, que la France possédait un déficit public inacceptable...
a écrit le 06/11/2015 à 4:12 :
Amusant de constater que se sont des dépenses publics de la Catalogne qui plombent le déficit de Madrid. Les comptes d'une Catalogne indépendante seraient très fortement en déficit particulièrement en tenant compte des promesses des indépendantistes de soutiens financiers à presque tous les personnes susceptibles de voter pour eux. L'argument que ces promesses seront financées par le rapatriement des impôts payés à l'état Espagnol est évidemment fallacieux car la Catalogne devra d'abord gérer une contradiction très forte de son commerce avec les autres régions d'Espagne avec la perte d'activité, et donc d'impôts, correspondante et cela sans même parler des négociations nécessaires pour maintenir la Catalogne dans la zone Euro.
Négociations qui seront extrêmement difficiles politiquement aussi bien avec Bruxelles qui ne veut pas favoriser des mouvements indépendantistes dans d'autres pays qu'avec Madrid qui a le droit, d'après les traités, de s'opposer à l'entrée d'un nouveau membre dans la zone Euro.
Mais aussi négociations extrêmement difficiles économiquement pour un candidat à l'entrée dans la zone Euro qui devra de toute façon répondre aux mêmes exigences de faible déficit des comptes publics que tous les autres pays acceptés dans l'union (rendant encore plus irréalistes les promesses des indépendantistes). Il est très probable que les derniers rentrés comme les estoniens auxquels ont été demandés des efforts d'ajustement des comptes publics considérables ne seront pas les derniers à regarder de près les conditions faites à la Catalogne.
Dans ce contexte la stratégie de rupture des indépendantistes catalans,basée sur des hypothèses économiques au mieux fantaisistes au pire trompeuses, va entraîner l'ensemble de la zone euro dans une crise institutionnelle majeure, au détriment de la gestion des vraies priorités économiques qui affectent la vie de tous.
Les citoyens européens qui souhaitent une zone euro dans laquelle nous sommes, que nous le voulions ou non condamnés à vivre, plus dynamique économiquement doivent s'opposer aux stratégies personnelles de politiciens irresponsables, en Catalogne ou ailleurs, qui sont prêts à nous précipiter dans le chaos pour satisfaire leur appétit de pouvoir.
Réponse de le 06/11/2015 à 8:09 :
Tu delire grave !!
Réponse de le 06/11/2015 à 13:36 :
Delire avec un s
a écrit le 05/11/2015 à 18:05 :
Monsieur Mosco qui fut incapable de redresser la barre en France veut donner des leçons aux espagnols!
Ce fossoyeur attitré de l'économie française ,qui a "passé "un examen" d'entrée très discutable à la Commission , devrait cesser de faire croire qu'il représente l'orthodoxie d'une économie saine et encadrée au sein de l'Europe!
a écrit le 05/11/2015 à 17:22 :
c'est un mauvais jeu politique et un mauvais proces. On favorise encore une fois une vision obtue regardant des rations en oubliant les dynamiques, et les mécanismes économiques qui les sous tendent. Rien de tel pour mettre fin au debut de reprise en Espagne.
l'espagne a accumule des années durant des excédents budgétaires et n'a eu des deficites abyssaux que du fait de l'incurie de la politique économique imposée politiquement par .. on sait qui... la dette publique espagnole bien en dessous des seuils de maastricht n'a explosé que parce que l'espagne a du sauver des banques privées de la faillite. chose qu'aujourd'hui l'Union prendrait à sa charge via les mécanismes de sauvegarde. Je propose donc qu'on transfert vers la BCE l'intégralité des prêts / recapitalisation des banques privées espagnoles. la dette publique espagnol chuterait et le budget espagnol reviendrait miraculeusement sous la barre des 3%
a écrit le 05/11/2015 à 16:51 :
Moscovici allume un contre feu......pour faire diversion ...car les chiffres français ne s'ont pas acceptable....!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :