Tsipras suspendu à la décision de la Vouli

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Après avoir éloigné le spectre d'un Grexit, Alexis Tsipras s'est posé en capitaine de navire mardi pour rallier son propre camp, et l'ensemble des Grecs, aux mesures impopulaires exigées par les créanciers.
Après avoir éloigné le spectre d'un "Grexit", Alexis Tsipras s'est posé en "capitaine" de navire mardi pour rallier son propre camp, et l'ensemble des Grecs, aux mesures impopulaires exigées par les créanciers. (Crédits : Reuters)
Malgré l'accord trouvé lundi, Athènes ne vit pas pour autant des jours meilleurs : son Premier ministre, Alexis Tsipras est vivement contesté pour avoir accepté les propositions des créanciers. Le vote des réformes souhaitées par Bruxelles en échange d'un nouveau plan d'aide est loin d'être acté...

Depuis l'annonce lundi matin d'un accord avec l'Eurogroupe, la position de Premier ministre, Alexis Tsipras a suscité l'incompréhension dans son pays. Il faut dire qu'il est difficile de suivre le déroulé des événements. Le 27 juin dernier, Tsipras annonce à la télévision un référendum. Les Grecs doivent alors dire si oui ou non, ils valident la proposition des créanciers formulée le 26 juin. Et alors que le 5 juillet au soir, les Hellènes rejettent en masse cette nouvelle cure d'austérité, le 13 juillet au matin, Athènes, par la voix de Tsipras accepte le plan dont ils ne voulaient pas.

Depuis, Alexis Tsipras a trouvé dans le FMI un allié inattendu : alors même que l'institution financière de Washington incarne pour les Grecs depuis 2010 le symbole de l'austérité, elle presse l'Union Européenne de revoir sa copie et d'opter pour un allègement de la dette grecque.

C'est dans ce contexte que le Premier ministre, pressé par ses créanciers, doit faire adopter ce mercredi de nouvelles mesures (sur les retraites, la TVA ou encore les privatisations) par le Parlement grec. Une situation improbable : il y a un peu plus d'une semaine, les Grecs ont pourtant rejeté massivement (61%), par référendum, les propositions de Bruxelles. Depuis, les manifestations de mécontentement se sont multipliées.

Tsipras, le capitaine s'accroche au navire...

Face à la contestation, le Premier ministre a tenté de justifier sa position. Mardi soir, lors d'une interview accordée à la télévision publique grecque ERT, Alexis Tsipras a fait son mea culpa, reconnaissant qu'"il ne croit pas" au texte de l'accord conclu avec les créanciers lundi, mais qu'il a "signé pour éviter le désastre au pays" :

"J'assume mes responsabilités pour toute erreur que j'ai pu commettre, j'assume la responsabilité pour un texte auquel je ne crois pas mais je le signe pour éviter tout désastre au pays", a assuré le Premier ministre hellène.

S'il reconnaît avoir été dans une impasse totale, Tsipras a en revanche exclu des élections anticipées car "il n'a pas l'intention d'échapper à ses responsabilités":

"Quand un bateau est en difficulté, le pire pour le capitaine est de l'abandonner", a-t-il martelé en excluant des élections anticipées

 ... Pas son équipage

Et alors qu'une partie de sa formation politique Syriza a violemment critiqué la décision de leur Premier ministre, lui assure "vouloir faire tout ce qu'il peut pour garantir l'unité du parti", précisant que "ce n'est pas le moment pour des discussions idéologiques".

Au sein de Syriza, son propre parti, ses détracteurs lui reprochent d'avoir capitulé face aux exigences d'austérité voulues par Berlin. Le député Dimitris Kodelas doit démissionner ce mercredi soir, après le vote. Le ministre adjoint aux Affaires européennes, élu de Syriza, Nikos Chountis, n'a pas attendu le scrutin. Dès lundi, il annonçait qu'il quittait le navire. Ce mercredi midi, la vice-ministre grecque des finances, députée et cadre de Syriza, Nadia Valavani a quant à elle, annoncé via une lettre adressée au gouvernement qu'elle démissionnait : "la solution qui nous est imposée aujourd'hui d'une façon si déprimante, n'est pas viable. Ni pour eux (l'Europe), ni pour le peuple (grec) ni pour le pays", a-t-elle précisé dans une lettre, quelques heures avant le scrutin.

L'accord pour un nouveau prêt, priorité absolue

Mais hier soir, Tsipras a fait comprendre que les différends politiques et idéologiques n'étaient pas sa priorité... quitte à se ranger du côté de Bruxelles qui honnissait Yanis Varoufakis, son ex-ministre des Finances. Ce dernier a jeté l'éponge lundi dernier, au lendemain du référendum. Ainsi hier soir, il a reconnu que son ancien ministre était "un excellent économiste, mais pas forcément un bon politique".

Lire aussi : Yanis Varoufakis révèle les coulisses des négociations avec les créanciers

Pour Tsipras, l'accord avec la zone euro est une priorité absolue. Il faut dire que la Grèce est à bout de souffle. D'ici quatre semaines, elle pourrait obtenir un nouveau plan d'aide -le troisième en 5 ans- évalué entre 82 et 86 milliards d'euros. Mais acculée par les dettes, la Grèce va aussi obtenir un prêt relais de 7 milliards d'euros dans quelques heures, à condition que le Parlement grec valide les mesures voulues par les créanciers. Et le temps presse : lundi 20 juillet, Athènes doit honorer ses obligations vis-à-vis de la Banque centrale européenne (BCE) mais aussi ses dettes au FMI, du 30 juin et du 13 juillet.

Les Grecs, en colère, suspendus à la décision de la Vouli

Pour la première fois depuis son élection le 28 janvier, le Premier ministre doit assumer les conséquences de sa décision politique avec une grogne populaire. Le syndicat des fonctionnaires (Adedy) a lancé un appel à la grève de 24h. A la mi-journée, cette contestation a provoqué le ralentissement de l'activité dans les transports et dans les hôpitaux du pays. Plusieurs journalistes sur place ont constaté que des pharmacies étaient aussi fermées pour protester contre la déréglementation du secteur, une des mesures de l'accord.

A cette heure-ci, les Grecs sont suspendus à la décision du Parlement. Hier soir, à la télévision grecque, Alexis Tsipras a  laissé entendre que les banques, fermées depuis le 29 juin, resteraient closes, encore un certain temps : "l'ouverture des banques dépend de l'accord final qui n'aura pas lieu avant un mois".

Reste à savoir si les 300 députés de la Vouli accepteront ces nouvelles mesures qui plongent, une énième fois, depuis 2010, les Hellènes dans l'austérité.

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Commentaires
a écrit le 15/07/2015 à 16:17 :
Un commentaire qui m'a laissé pantois, trouvé sur le blog d'Alain Jules :

"Alexis Tsipras est un juif séfarade, fils de Pavlos Tsipras millionnaire grecque décédé en 2012. Les grands-parents d’Alexis Tsipras ont immigré en Grèce(depuis la Turquie) dans les années 20. Le nom du village d’origine de la famille « Cipra » devenue « Tspiras » est Babaeski qui situé dans la province Turque de Kırklareli.

Selon le site nowtheendbegins.com, l’entreprise familiale du père du leader de Syriza (Pavlos Tsipras) s’appelait « SKPANAEA » et était spécialisé dans les travaux publiques en Grèce, notamment la restauration et la construction des églises orthodoxes et ce depuis l’époque de la Junte des Colonels.

En ce qui concerne le mouvement Trotskyste de Syriza, son lien avec le milliardaire George Soros qui le finance est on ne peut plus clair comme le revele le site Gazetawarsza .

L’ascension fulgurante de Tsipras semble avoir été facilité par l’oligarchie financière internationale afin d’empêcher l’arrive au pouvoir en Grèce du mouvement « ultra nationaliste » Golden Dawn (opposés à l’UE et à l’OTAN) dont les principaux dirigeants sont en prison depuis bientôt deux ans.

Alexis Tsipras apparaît donc comme une forme « d’opposition contrôlée » au « système » comme le sont Besancenot ou Mélenchon en France. Pas étonnant que Tsipras ait toujours milité pour le maintien de Grèce dans la zone Euro.
L’ex-ministre des finances grec, Yanis Varoufaki qui a démissionné la semaine dernière car mis en minorité au sein du gouvernement Grec aurait d’ailleurs annoncé qu’il allait crée son propre parti"

Tout s'éclaire… merci pour l'info.
Réponse de le 15/07/2015 à 16:45 :
@ Mauritius : Varoufakis nous avait prévenu il y a juste trois mois de cela. Et l'ancien banquier de la banque mondiale aussi. Personne ne comprend pourquoi Tsipras ne démissionne pas. Il a été élu sous l'étiquette de Syriza, et il gouverne le pays en coalition avec l'ANEL qui est contre cet accord. Une partie de son parti vient de claquer la porte avec l'ANEL, et il s'apprête à faire voter cette loi inique à laquelle il ne croit pas grâce aux voix de l'opposition.
Un proche à moi vient de rentrer d'Athènes ce matin et il m'a dit que les gens brûlent des drapeaux de Syriza dans les rues, un sentiment de révolte commence à monter auprès de la population en Grèce. Après le NON, la déception et la prochaine étape : le chaos ?

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