Un accord a été trouvé pour rendre hommage aux Catalans morts dans la bataille de la Somme

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Les commémorations de la bataille de la Somme ont débuté. Un hommage aux volontaires catalans est prévu le 4 juillet.
Les commémorations de la bataille de la Somme ont débuté. Un hommage aux "volontaires catalans" est prévu le 4 juillet. (Crédits : Reuters)
Finalement, les autorités catalanes pourront rendre hommage aux volontaires indépendantistes tombés sur la Somme en 1916. L'intransigeance française avait créé une polémique.

Les commémorations du centenaire la bataille de la Somme, le « Verdun britannique » seront l'occasion, une semaine après le vote britannique en faveur du Brexit, de tenter une réconciliation entre le Royaume-Uni et les pays continentaux autour d'une page tragique. Cette réconciliation sera plus large qu'on ne le pense, car, fait exceptionnel, cette commémoration a aussi été l'occasion de trouver un accord entre l'Espagne et la Catalogne sur un épisode qui divise beaucoup le Royaume ibérique et le « principat » catalan. L'affaire aurait, du reste, pu tourner encore à la querelle, comme le révélait La Tribune voici une semaine.

Lundi 4 juillet se tiendra un hommage en mémoire de la terrible bataille de Belloy-en-Santerre. Ce village, qui comptait avant le conflit 250 habitants avait été occupé en 1914 par les Allemands qui en avait fait un point fort du front. Le lieu avait été miné et fortifié. En juillet 1916, dans le cadre de la grande offensive de la Somme, les Français décident de reprendre la place. Après quatre jours de combats, souvent à la baïonnette et marqués par des tentatives furieuses de contre-attaques allemandes, le village est conquis. L'assaut a été mené par le 35e corps d'armée français et le 1er régiment de marche de la Légion étrangère.

Les volontaires catalans

Dans ce dernier, on compte des étasuniens, dont le poète Alan Seeger, très apprécié par John Fitzerald Kennedy, des Tchèques, des Luxembourgeois et des Catalans. Pourquoi « Catalans » et pas « Espagnols » ? Parce que les volontaires catalans ont rejoint la Légion étrangère en espérant contribuer à l'indépendance de la Catalogne après la guerre, en dépit de la neutralité espagnole, au nom du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Ces volontaires se battaient sous leur propre drapeau, « l'estelada », le drapeau indépendantiste créé en 1906 qui mêle celui de Cuba (symbole de la défaite espagnole de 1898) et le vieux blason catalan (la « senyera ») aux quatre colonnes rouges sur fond or. A Belloy-en-Santerre, ces Catalans, qui luttaient donc indirectement pour l'indépendance de la Catalogne, ont perdu 50 hommes dont un poète de langue catalane, Camil Campanya i Mas.

La mémoire de la participation des Catalans à ce combat s'est maintenue en Picardie. Après la guerre, la Mancommunité de Catalogne et la ville de Barcelone ont financé une partie de la reconstruction du village, notamment la mairie et l'église. En reconnaissance, les deux principales rues du village ont été rebaptisées « rue de Catalogne » et « rue de Barcelone ». C'est encore le cas aujourd'hui.

Comment rendre hommages aux volontaires catalans ?

Comment rendre hommage à ces hommes ? Après avoir accepté de laisser la représentation catalane en France diriger cet hommage, les autorités espagnoles étaient revenues sur leur décision à la demande du Quai d'Orsay, qui voulait une « participation active » des ambassades à l'hommage. L'Espagne avait alors proposé de faire un hommage « commun » avec la délégation catalane, en déposant une gerbe commune portant le drapeau du Royaume. Marti Anglada, le délégué de la Catalogne en France avait refusé cet hommage qu'il considérait comme injurieux pour les morts, tombés dans l'idée de l'indépendance. L'affaire avait créé un certain émoi en Catalogne.

Finalement, un compromis a été trouvé. Un fonctionnaire espagnol déposera bien une gerbe comme le demande le Quai d'Orsay, mais Madrid et Paris ont accepté que les Catalans puissent également déposer une gerbe avec la senyera, le drapeau catalan. C'est le ministre régional aux affaires étrangères, Raül Romeva, qui fera le déplacement. Même s'il préférait un hommage unique, ce compromis satisfait le délégué catalan en France.

France intransigeante

Cet épisode ne traduit pas seulement le difficile dialogue entre Madrid et Barcelone, qui est connu et que la poussée conservatrice lors des élections du 26 juin ne va pas améliorer, mais aussi la très forte méfiance de Paris vis-à-vis des mouvements indépendantistes. La France a ainsi affirmé jeudi 30 juin qu'elle n'autoriserait pas la tenue de négociations parallèle avec l'Ecosse dans le cadre des discussions sur le Brexit. Ce qui ruine les espoirs écossais d'une voie séparée. Elle a ainsi rejoint la position de Madrid qui ne veut pas que la Catalogne s'empare du prétexte écossais. L'épisode de Belloy-en-Santerre est le signe de cette fermeté française qui ne recule ni devant le risque de fouler aux pieds la mémoire de soldats morts pour la France ni devant celui d'attiser la tension entre la Catalogne et l'Espagne.

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Commentaires
a écrit le 02/07/2016 à 12:04 :
Ouf, les socialos ne vont pas déclencher une guerre nucléaire :-)
a écrit le 02/07/2016 à 1:06 :
Comprends pas ; les légionnaires tombés ne sont pas portugais ou catalans ou islandais ; légionnaires, tant et seulement.
Réponse de le 05/07/2016 à 22:58 :
Catalans meurts pour la liberté de la France et de la Catalogne. Vive la Catalogne libre! Visca Catalunya lliure!!*!!
a écrit le 01/07/2016 à 18:58 :
Ces gens se sont engagés et pour beaucoup sont morts, comme catalans, pour la liberté et la souveraineté de la France sur son territoire.
C'est pour cela et rien d'autre qu'ils peuvent et doivent être honorés.

La suite de l'histoire, longue et dure, entre l'Espagne et la Catalogne est hors sujet en ce qui concerne la première guerre mondiale et la France n'a pas à s'en méler.
Réponse de le 04/07/2016 à 20:30 :
Du coté d'Almeria ou de Caceres, je crois bien qu'ils auraient aimé avoir une histoire aussi dure avec l'Espagne que la Catalogne. Se retrouver ainsi avec les plus hauts salaires d'Espagne, et ne pas être les dindons de la farce qu'ils ont été depuis prés de deux siècles, dans le deal entre l'oligarchie terrienne de la meseta, et la bourgeoisie catalane.

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