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ÉconomieFrance

1914-1918 : l'Allemagne presse la Belgique comme un citron

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 19 mars 2016 à 14:52 - Mis à jour le 19 mars 2016 à 14:52

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1914-1918 (4/4) Occupé, le plat pays devient pour les Allemands un réservoir de main-d’œuvre et de matériel. Tandis que les conditions de vie deviennent effroyables.

L'invasion de la Belgique est violente. Confrontées à une résistance inattendue, bloquées dix jours devant Liège, harcelées à l'arrière par des groupes de francs-tireurs, les troupes allemandes sont nerveuses. Elles se livrent à des atrocités qui vont longtemps alimenter chez les alliés l'image de la « barbarie allemande. »

Le 23 août, à Dinant, sur la Meuse, on accuse les habitants d'avoir aidé les Français et l'on exécute 674 civils. Deux jours plus tard, les Allemands répondent à une contre-attaque belge sur Louvain par le pillage et l'incendie de la ville historique, y compris la prestigieuse bibliothèque du 15e siècle.

Un pays occupé

Malgré tout, la conquête du pays est lente. Anvers ne tombe que le 10 octobre, et ce n'est qu'à la fin de l'année, à l'issue de la « course à la mer » que le front se stabilise à l'ouest. Toute la Belgique est alors occupée à l'exception d'un petit coin des Flandres occidentales, autour de la ville d'Ypres. Le pays est alors divisé en trois.

Dans les deux zones les plus proches du front (zones d'opération et zones d'étapes), la dictature militaire est la règle. Dans le reste du pays, un gouverneur général dépendant du Kaiser dirige une administration civile qui encadre des institutions locales belges sous surveillance.

Une économie à l'arrêt

Après l'attaque, l'économie belge est à l'arrêt. Coupée du monde par le blocus britannique et le front, elle a perdu son moteur et ses ressources. Mais le potentiel industriel est relativement épargné et les usines redémarrent (au ralenti) en octobre. La logique économique a changé : désormais toute l'activité est destinée à alimenter l'effort de guerre allemand. Cette exploitation sera de plus en plus forte à mesure que la guerre prive l'Allemagne de ressources.

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L'exploitation industrielle

En théorie, conformément aux conventions de La Haye, l'Allemagne respecte la propriété privée. Mais elle l'amende fortement. L'occupant prend ce dont il a besoin. Dès octobre 1914, un Commissaire basé à Bruxelles peut prendre possession des matières premières dont dispose une entreprise pour ordonner sa livraison à vil prix au Reich. Toutes les entreprises ayant des intérêts à l'étranger sont placées sous le contrôle des conquérants qui, en février 1915, interdisent l'exportation de machines, sauf autorisation.

Deux ans plus tard, les entreprises doivent disposer d'une autorisation pour fonctionner. Dès lors, toute la production dépend des autorités allemandes et est dirigée vers l'Allemagne.

« L'industrie belge ne devient plus alors qu'une branche de l'industrie allemande », estime Henri Pirenne.

Quant au nombre d'entreprises belges, il n'est plus que de 3.000 en 1918 contre 260.000 avant-guerre.

Les réquisitions en matériel

Parallèlement, des listes de produits à réquisitionner sont établies. Tout y passe : matelas, bandages, médicaments, matériel métallique, produits chimiques, arbres, ceintures, huiles, chaussures, machines, bétail. Le démontage des usines, entamé en France au printemps, commence en Belgique à la mi-1917 et s'accélère durant l'été 1918. La sidérurgie est particulièrement touchée.

Sur les 37 hauts fourneaux du pays, 26 furent démontés ou démolis. Seules les usines travaillant pour l'Allemagne sont relativement épargnées : la fabrique de meubles de Malines ou les mines de charbon et leurs fournisseurs.

Les réquisitions en hommes

Les Allemands ont encore plus besoin d'hommes que de matériel. Le besoin de soldats crée des pénuries de main-d'œuvre dans les usines allemandes, alors qu'il faut produire toujours plus de matériel de guerre. Dès 1914, les autorités allemandes encouragent les volontaires belges à venir travailler en Allemagne. Les industriels allemands créent en Belgique des bureaux de recrutement, promettant d'excellentes conditions de travail et des salaires alléchants. Mais le volontariat montre vite ses limites.

Après Verdun, les industriels réclament la déportation des chômeurs belges en Allemagne. Carl Duisberg, le directeur de Bayer explique que « l'industrie ne pourra remplir ses objectifs que si le travail belge est utilisé de force. » Et d'ajouter : « Il faut abandonner toutes les questions de prestige », autrement dit ignorer les conventions internationales. En septembre 1916, le chef d'état-major allemand Paul von Hindenburg ordonne la réquisition de 400.000 travailleurs belges.

La résistance belge fut héroïque, mais 120.000 Belges furent réquisitionnés jusqu'en mars 1917, date à laquelle Berlin renonce à ces déportations. La moitié d'entre eux allèrent travailler en Allemagne, l'autre moitié sur le front français dans des conditions très difficiles. Beaucoup revinrent handicapés et certains moururent de privations ou de maltraitance.

La Belgique inondée de marks et d'impôts

Placées sous contrôle allemand dès septembre 1914, les banques belges et la banque centrale vont se montrer très peu coopératives avec l'occupant. Le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Théophile de Lantsheere, avait transféré avant la guerre l'essentiel des réserves de la banque centrale à Londres.

Les Allemands, faute d'or, décident d'imposer le cours légal du mark au taux très avantageux pour les Allemands de 1,25 franc belge par mark. Les autorités allemandes vont inonder le pays de marks papier. Théophile de Lantsheere tente de s'y opposer : il est destitué et interné.  En 1918, 4 milliards de marks sont en circulation en Belgique, soit 5 milliards de francs belges, une fois et demi le PIB de 1913...

L'Allemagne a payé en monnaie de singe la Belgique, mais elle exige d'elle non seulement les impôts d'avant-guerre, dont la collecte continue, mais aussi des contributions de guerre qui s'élève d'abord à 40 millions de francs par mois, puis à 50 et enfin à 60 millions de francs mensuels. En tout, un demi-milliard de francs sont ainsi collectés auprès des collectivités locales. Et pas question de payer en marks...

La vie quotidienne : chômage et inflation

Dans de telles conditions, la vie des Belges sera très difficile. A la crainte des réquisitions et de l'arbitraire allemand s'ajoute le chômage, endémique. Il atteint à la fin de la guerre 77 % de la population active. Parfois, il est « patriotique », lié au refus de servir l'occupant. Le plus souvent, il est subi : le manque de matières premières et de débouchés et le contrôle allemand sur la production conduit à une baisse dramatique des besoins de main-d'œuvre. L'afflux de papier monnaie, les réquisitions et l'insuffisance de la production agricole aidant, les prix s'envolent. Les pommes de terre s'achètent en 1918 quatre fois leur prix de 1914. En janvier 1919, les prix sont supérieurs de 639 % à ceux de juillet 1914. La politique de contrôle des prix des Allemands est inefficace et ne jouent qu'à leur profit. La famine n'est évitée que par le recours à l'aide internationale, mais la situation devient critique.

allemagne
allemagne (Crédits : Photo DR)

La Belgique, une proie avant tout

La Belgique devait devenir une province économique allemande. Le gouverneur général de décembre 1914 à avril 1917, Moritz von Bissing, a rappelé ce qu'il voulait: « D'une façon ou d'une autre, on utilise la Belgique pour l'expansion allemande. » Aussi a-t-il plaidé pour un traitement modéré des territoires occupés.

« Je suis d'avis qu'un citron pressé est inutile et qu'une vache morte ne donne pas de lait », explique-t-il en 1915 pour demander une certaine retenue à Berlin.

Mais il n'est guère entendu. Les industriels allemands, notamment, craignent qu'après-guerre, une Belgique revitalisée ne redevienne un redoutable concurrent. Ils préfèrent le pillage et von Bissing doit les rassurer que « jamais la Belgique ne redeviendra un concurrent pour l'économie du Reich. »

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  • 1914-1918 (3/4): la Belgique, une proie tentante pour l’Allemagne
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En réalité, Moritz von Bissing ne sera jamais vraiment écouté. La Belgique est perçue comme une proie par les autorités civiles, militaires et économiques allemandes. La demande des industriels belges de participer au programme néerlandais d'exportation vers les alliés est refusée en 1915. Les Allemands ne cherchent jamais à développer les territoires occupés. Pire même, à la fin de la guerre, ils se livrent à des destructions systématiques des usines et des réseaux de communication. Faute de devenir vassale, la Belgique ne devait jamais plus devenir une rivale pour l'Allemagne...

Cet article a déjà été publié en novembre 2014.

Romaric Godin

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