Le débat sur la Catalogne s'invite dans un hommage à la bataille de la Somme

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Des volontaires catalans ont combattu pour la France durant la bataille de la Somme en 1916. Comment les honorer ?
Des volontaires catalans ont combattu pour la France durant la bataille de la Somme en 1916. Comment les honorer ? (Crédits : Reuters)
La France a refusé que la délégation catalane participe à un hommage prévu le 4 juillet en l'honneur, entre autres, de combattants indépendantistes catalans morts au cours de la bataille de la Somme. Une maladresse diplomatique qui attise les rancœurs en Espagne.

C'est une histoire peu connue de la première guerre mondiale qui risque de se muer en une polémique diplomatique et politique en Espagne. Le 4 juillet prochain, en effet, une cérémonie d'hommage est organisée par la Communauté de communes de Haute-Picardie à Belloy-en-Santerre, une petite commune de la Somme qui a été le théâtre voici cent ans d'une bataille sanglante où 900 hommes furent tués. Cet hommage pourrait cependant être entaché par les tensions actuelles entre l'Espagne et la Catalogne.

La bataille de Belloy

Pour comprendre pourquoi, il faut revenir cent années en arrière. Le village, qui comptait avant le conflit 250 habitants avait été occupé en 1914 par les Allemands qui en avait fait un point fort du front. Le village avait été miné et fortifié. En juillet 1916, dans le cadre de la grande offensive de la Somme, les Français décident de reprendre la place. Après quatre jours de combats, souvent à la baïonnette, marqués par des tentatives furieuses de contre-attaques allemandes, le village est conquis. L'assaut a été mené par le 35e corps d'armée français et le 1er régiment de marche de la Légion étrangère.

Ce dernier est constitué de plusieurs nationalités, principalement des Américains (dont le poète Alan Seeger, très apprécié par John Fitzerald Kennedy), des Tchèques, des Luxembourgeois et des... Catalans. Or, ces Catalans ne s'étaient pas enrôlés dans la Légion étrangère sans but. Comme les Tchèques, ils luttaient pour l'indépendance de ce qu'ils estimaient être leur nation. Le raisonnement peut paraître étrange, car, à la différence de l'Empire austro-hongrois, dont les Tchèques entendaient se séparer, l'Espagne était et restera un pays neutre durant la première guerre mondiale.

Les volontaires catalans

Pourtant, près mille volontaires catalans vont rejoindre la Légion étrangère française avec ce but. Leurs espoirs se plaçaient dans l'idée qu'après le conflit, l'Europe serait redessinée selon le principe wilsonien du « droits des peuples à disposer d'eux-mêmes ». La France prétendait alors, malgré son alliance avec l'autocratie russe, lutter pour le démembrement des « Empires féodaux » et la libération des peuples. Les indépendantistes catalans d'alors ont cru à ce discours au point de lutter pour la France dans le conflit. A l'époque, l'indépendantisme catalan est encore une idée jeune qui s'est constituée à la fin du 19e siècle, mais il progresse. En 1907, les autonomistes et les indépendantistes ont formé une liste unique qui a remporté la presque totalité des sièges catalans lors des élections générales espagnoles et le Royaume a dû accepter une certaine décentralisation avec la création de la « Mancommunité » de Catalogne en 1910.

Les volontaires catalans auront leur propre organisation dans le régiment. Ils combattent sous « l'estelada », le drapeau indépendantiste créé en 1906 qui mêle celui de Cuba (symbole de la défaite espagnole de 1898) et le vieux blason catalan (la « senyera ») aux quatre colonnes rouges sur fond or. C'est ce drapeau que l'UEFA avait récemment voulu interdire dans les stades et que l'Eurovision a effectivement interdit. La France avait créé une « médaille des volontaires catalans », ornée de la senyera pour les récompenser.

Les liens entre la Catalogne et Belloy-en-Santerre

A Belloy-en-Santerre, ces Catalans, qui luttaient donc indirectement pour l'indépendance de la Catalogne, ont perdu 50 hommes dont un poète de langue catalane, Camil Campanya i Mas. La mémoire de la participation des Catalans à ce combat s'est maintenue en Picardie. Après la guerre, la Mancommunité de Catalogne et la ville de Barcelone ont financé une partie de la reconstruction du village, notamment la mairie et l'église. En reconnaissance, les deux principales rues du village ont été rebaptisées « rue de Catalogne » et « rue de Barcelone ». C'est encore le cas aujourd'hui.

L'accord sur une participation catalane

Logiquement donc, le gouvernement catalan avait souhaité être associé à l'hommage rendu à Belloy-en-Santerre. Selon les sources contactées par La Tribune, un « accord oral » avait alors été trouvé entre la délégation en France de la Catalogne et l'ambassade d'Espagne. Les autorités diplomatiques espagnoles avaient accepté de tenir un « rôle passif », acceptant que le délégué de la Catalogne en France, Martí Anglada, dépose une gerbe ornée du drapeau régional sur le monument aux morts. Cet accord permettait de respecter le combat des volontaires catalans sans créer de problèmes diplomatiques puisque les autorités du pays d'origine des volontaires, l'Espagne, étaient présentes.

La demande française

Mais cet accord a été rendu caduc par une demande du Quai d'Orsay selon laquelle les représentants des ambassades présents devaient « tenir un rôle actif » lors de la cérémonie. Cette demande aurait été acceptée par l'ambassade espagnole qui a, selon nos sources, proposé alors à la délégation de Catalogne de déposer une gerbe avec le délégué catalan, mais sous le drapeau espagnol. La version officielle serait alors que les volontaires catalans seraient « des Espagnols morts pour la France ». « Accepter cette version serait une inacceptable réécriture de l'histoire et une injure pour la mémoire des volontaires catalans », affirme à La Tribune une source diplomatique catalane qui estime que « le gouvernement français déshonore ceux qui sont tombés pour la république ».

Blocage

La délégation catalane en France a tenté de demander à la France de changer sa position, mais le Quai d'Orsay estime que c'est un problème interne à l'Espagne et qu'il faut que la délégation se mette d'accord avec l'ambassade espagnole. Or, aucun accord ne semble aujourd'hui possible car les autorités diplomatiques espagnoles s'en tiennent à leur proposition de gerbe commune et affirment que la France demande une « présence active » de toutes les ambassades. La situation en est là et pourrait soulever un tollé en Catalogne en juillet, alors que l'affaire commence à fuiter dans la presse locale.

Maladresse française

L'affaire pourrait paraître anecdotique, mais elle relève la très grande maladresse des autorités françaises face au problème catalan qui s'ajoute aux espoirs déçus il y a cent ans. En niant la spécificité des volontaires catalans, reconnu même par les autorités espagnoles, l'Etat français jette clairement de l'huile sur le feu sur un sujet symbolique et très sensible dans le contexte actuel. C'est le signe au mieux d'une grande méconnaissance de la situation catalane, au pire d'une volonté de prendre parti dans un débat déjà sensible en niant tout rôle à la Catalogne dans cet hommage. Alors que le débat catalan est au cœur des futures négociations politiques pour la formation du gouvernement, c'est décidément un choix très étrange de la diplomatie française. Car ce choix ne pourra que rouvrir les rancœurs entre Catalans et Espagnols sur des épisodes historiques douloureux pour les deux parties et alors même qu'un accord - chose rare entre Madrid et Barcelone - était possible.

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Commentaires
a écrit le 27/06/2016 à 20:09 :
Les pro-brexit avaient dit que les demandes de Cameron, arrachées en février à l'UE étaient de l'eau tiède, trop molles, insuffisantes. Maintenant, ils vont pouvoir, les remplaçants (en septembre), pouvoir négocier ce qu'ils voulaient avoir sous réserve de ne pas quitter et devenir sangsue au lieu de passager clandestin. "Vous nous accordez tout, et on actionne l'article 50 sinon, on ne quitte pas". Perfides sont-ils ? :-)
Il parait qu'un référendum en GB n'est pas obligeant, c'est juste consultatif, ils peuvent donc trouver une ruse pour gérer.
a écrit le 24/06/2016 à 22:53 :
Notre diplomatie n'en est plus à une CONNERIE prés.
De lapsus en ignorance nos FABIUS, VALLS, HOLLANDE ne peuvent compter sur le
AYRAULT pour les sauver...
En dehors d'offrir la Légion d'Honneur à des tyrans en babouches que pèse désormais la France dans les relations internationale ?
Rien !
a écrit le 24/06/2016 à 14:13 :
En 2018, le 80° anniverssaire de la bataille de l'Ebre ! Est-ce que les descendants des
volontaires des Brigades Internationales pourront participer ?
a écrit le 24/06/2016 à 9:12 :
Il y avait aussi des légionnaires espagnols d'autres régions d'Espagne, et les motifs du gouvernement français sont parfaitement compréhensibles.
Ce qui saute aux yeux pour ceux qui connaissons le sujet, c'est que l'argumentaire, comme la façon d'"arranger" l'histoire, de Romaric Godin, est directement tiré de la presse nationaliste catalane, à la virgule prêt parfois, comme l'affaire de l'instrumentalisation des services anti-fraude contre des politiciens nationalistes, que Romaric attribut à l'"Espagne" et non au gouvernement du PP actuel. L'argumentaire sort de "ara.cat", et "el punt avui", journaux déficitaires, tenus à bouts de bras par la generalitat de Catalogne, également Vilaweb, indirectement financé par les milieux les plus fanatiques du nationalisme catalan. Ses billets sont par la suite systématiquement repris par un autre site nationaliste, le collectif emma. Les nationalistes présentent les billets de Romaric, comme le début du soutien des français à leur cause. Ils oscillent entre vérités exaltées, demi vérités, et omissions qui pourrait remettre en question ses convictions nationalistes catalanistes, pour ne pas dire plus.
Tout son argumentaire est facilement démontable, parfois les arguments sont tellement grossiers, qu'on en perd l'envie de répondre d'ailleurs, néanmoins, la question qui se pose, est de savoir ce qui s'est passé entre Romaric et un ou des espagnol(e)s.
Réponse de le 25/06/2016 à 11:15 :
D'habitude j'ai tendance à défendre R Godin en raison de mon goût pour la pluralité des opinions mais sur ce coup je suis d'accord avec vous.
J'ai d'ailleurs beaucoup de mal à comprendre pourquoi il prend partie dans le débat entre Catalans et Castillans.
Réponse de le 29/07/2016 à 18:41 :
Ce qui est un pauvre argumentarire c'est de dire que "son argumentaire est facilement démontable" et ensuite ne rien apporter pour justifier cela; ce qui est grossier c'est de dire que les arguments de la partie contraire sont "tellement grossiers, qu'on en perd l'envie de répondre". Et évidemment on ne répond rient du tout. Allez hop, et vogue la galère!
On critique la partie contraire de façon générique en lui attribuant des "vérités exaltées, demi vérités, et omissions", mais on omet de présenter un discurs ou raisonnement avec meilleures preuves à l'appui. Vive la démagogie!
Sérieusement: Voulez-vous convaincre quelqun (à part Scipion) ou espérez-vous des actes de foi?
a écrit le 24/06/2016 à 8:43 :
encore une preuve de la déliquescence de notre ministère des affaires extérieures, pourquoi ne pas le supprimer, et le remplacer par europe assistance, les relations d'états se font maintenant en direct, pas besoin d'entretenir une cohorte de nuls pas capables d'organiser une commémoration.
a écrit le 23/06/2016 à 23:00 :
Bon papier Romaric. On peut aussi remercier Joffre Catalan de Rivesaltes qui n a rien fait en son temps ....
Félicitats
a écrit le 23/06/2016 à 20:28 :
A quand le rattachement des Pyrénées Orientale ou Roussillon a la Catalogne indépendante Mr Godin ? L'Europe est en marche après le bazar de 28 nations le foutoir de 200 régions !
a écrit le 23/06/2016 à 19:46 :
Décidément, ce gouvernement est nul de chez plus que nul !!! D'ici qu'il nous déclenche un conflit nucléaire avec la principauté d'Andorre, il n'y a pas loin :-)
a écrit le 23/06/2016 à 19:27 :
Pas d'accord avec l'article. La France ne peut accepter un dépôt de gerbe au nom de la Catalogne, conjointement avec l'Espagne dont elle fait partie, car ce serait lui reconnaitre un statut qu'elle n'a pas. En revanche un dépôt de gerbe d'un groupe d'anciens combattants catalans de la Légion, et en tant que tels, peut se concevoir, mais ce n'est évidemment pas ce que souhaitent ces derniers. L'intention est clairement politique, et ne saurait donc trouver en France matière à expression, lors de ces cérémonies officielles.. C'est une question de droit international public
Réponse de le 24/06/2016 à 11:23 :
@phidias 23/06/2016 19:27
Vous avez raison. La France n'a pas à se méler de cette affaire qui une affaire intérieure Espagnole.
Cordialement
Réponse de le 25/06/2016 à 11:20 :
Entièrement d'accord.
Pour une fois je trouve que le ministère des affaires étrangères a pris la bonne décision.
Les Catalans ont essayé de nous entrainer dans cette histoire entre eux et les Castillans, et le refus du quai d'orsay permet de fixer des limites.
Réponse de le 30/07/2016 à 0:32 :
Je ne vois pas quel statut autre que le sien on reconnaitrait à la Catalogne en permettant que des autorités catalanes déposent une gerbe à Belloy.

La Catalogne est bien un pays (indépendant ou pas), elle a bien des représentants politques (dont un gouvernement et un parlement), et ce sont bien des volontaires catalans, formant une unité exclusivement catalane, qui en plus se battaient pour la Catalogne par le biais de la France, qui sont tombés à cette bataille et à qui on veut rendre hommage.

Il n'y avait aucune raison pour faire obstacle à une simple cérémonie en honneur à ces volontaires héroïques, si ce n'est la raisons politicienne de faire comme si la Catalogne n'existait pas. Refuser aux Catalans de rendre un hommage officiel à leurs volontaires, et refuser aux habitants de Belloy d'exprimer leur respect pour ces héros de 14-18 et leur reconnaissance pour la Mancomunitat de Catalunya, pour des raisons partisanes, idéologiques, d'aversion aux revendications catalanes d'aujourd'hui comme celles d'il y a cent ans, ce serait non seulement déplacé et disproportionné, mais encore lamentablement mesquin.

C'est pour cela certainement que, finalement, l'hommage a pu avoir lieu comme prévu. Le bon sens ainsi que celui de l'honneur ont prévalu. Heureusement. Est-ce que c'était la peine de provoquer toute cette discussion?
a écrit le 23/06/2016 à 18:57 :
Romaric, ets collonut...
a écrit le 23/06/2016 à 18:47 :
Pauvre Valls. On a beau avoir des parents républicains catalans, on se retrouve premier ministre molletiste anti catalans, pitié pour lui.

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