Zone euro : les recommandations des économistes allemands et français

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Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, la croissance de la zone euro devrait atteindre 2,2% et celle de l'Union européenne 2,3 % en 2018.
Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, la croissance de la zone euro devrait atteindre 2,2% et celle de l'Union européenne 2,3 % en 2018. (Crédits : Reuters)
Un groupe d'économistes franco-allemands suggère de remplacer les règles budgétaires actuelles jugées "opaques" et "trop complexes" par un système plus simple. Ils espèrent ainsi faciliter la reprise de l'économie de la zone euro en cas de crise ou de récession même si cela engage un dépassement des déficits.

Les économistes se mobilisent pour la zone euro. Dans un rapport publié simultanément, à Berlin et à Paris, quatorze économistes français et allemands proposent un programme de réformes pour la zone euro. Si des divergences sont apparues rapidement au cours des discussions, les experts des deux grandes puissances ont réussi à trouver un terrain d'entente sur six points précis. Un travail qui a nécessité de longs mois de réunions et d'échanges non sans difficultés comme l'a rappelé l'économiste Jean-Pisani Ferry lors de la conférence de presse. Au début, "on a constaté qu'on s'aimait beaucoup mais qu'on était d'accord sur rien. Au bout d'un moment, on s'est dit qu'il fallait travailler". Et si la conjoncture économique actuelle est favorable, l'union monétaire n'est pas pour autant à l'abri de risques au regard des incertitudes qui pèsent sur le plan politique notamment.

"La monnaie unique reste vulnérable du fait de la fragilités persistantes, d'une fragmentation financière peu favorable à la croissance à long terme et de divisions profondes entre Etats membres en termes aussi bien économiques que politiques."

| Lire aussi : Zone euro : ça repart enfin !

Solidarité et discipline de marché

Dans leurs travaux, les universitaires comme Agnès Benassy-Quéré (Ecole d'économie de Paris) ou Nicolas Veron (Bruegel) ont essayé de concilier des principes qui divisent régulièrement les pays au sein de la zone euro : la solidarité et la discipline de marché.

"Certains prônent des règles budgétaires plus souples et des mécanismes de stabilisation macroéconomique au niveau de la zone euro ; d'autres voudraient au contraire durcir les règles et renforcer les incitations à mener des politiques prudentes au niveau national, et rejettent tout partage des risques."

Partant du principe que les projets de réforme de la zone euro sont dans l'impasse, ils considèrent que cette polarisation du débat entre solidarité et responsabilité constitue "une fausse alternative". Ces experts ont tenté de passer outre ce débat en soulignant que la monnaie unique restait vulnérable "du fait des fragilités financières persistantes" et "qu'une architecture financière solide requiert à la fois des instruments pour prévenir les crises et pour en atténuer les effets". Pour relever tous ces défis, ils ont ainsi avancé six propositions.

Les six réformes

Les quatre économistes présents lors de la conférence de presse ont souligné l'importance de construire une croissance de long terme par des outils de stabilisation.

  • Diminuer les risques bancaires : ils proposent une réforme visant à protéger les banques contre une éventuelle restructuration de dette publique et "contre le risque de panique des déposants". Il suggèrent ainsi de "pénaliser les banques dont l'actif est trop concentré sur une unique signature souveraine, tout en protégeant mieux les déposants européens via un système intégré d'assurance de dépôts".
  • Remplacer les règles budgétaires actuelles : les économistes estiment que le système actuel "est trop complexe et trop opaque" notamment en ce qui concerne les règles de dépassement des déficits et des dettes. Les règles sont "peu fiables exposant la Commission européenne à toutes sortes de critiques". Ils estiment que les dépenses publiques ne devraient pas progresser plus vite que le PIB. "Un telle règle serait à la fois plus stabilisante pour l'activité et plus transparente pour les citoyens et leurs représentants." Ils proposent de mettre en place une institution nationale indépendante, elle-même supervisée par une institution indépendante au niveau de la zone euro pour contrôler la mise en oeuvre de cette règle. Pour les gouvernements qui outrepasseraient la règle, ils seraient obligés de financer l''excès de dépenses" en émettant de "la dette junior" (la première touchée en cas de restructuration).
  • Mettre en place un dispositif de restructuration des dettes pour les pays dont la solvabilité ne pourrait être restaurée par des prêts conditionnels du Mécanisme européenne de stabilité (MES). Les universitaires proposent également de protéger les Etats souverains de certains créanciers comme "les fonds vautours".
  • Proposer aux investisseurs un actif synthétique "sans risque" en alternative aux dettes souveraines nationales. La mise en oeuvre ce type d'actifs permettrait "d'éviter des mouvements brutaux" sur le marché des dettes et "contribuerait ainsi à la stabilité financière". A titre expérimental, ils suggèrent de le tester à petite échelle."Ce qui permettrait de régler les paramètres et de vérifier la viabilité du système".
  • Modifier "l'architecture" institutionnelle de la zone euro : les économistes proposent enfin de séparer le rôle de surveillance des politiques nationales (en nommant un commissaire indépendant au sein de la Commission européenne) du rôle politique de décision (président de l'Eurogroupe, un poste actuellement occupé par le portugais Mario Centeno). Enfin, la responsabilité politique de la gestion de crise devrait être entièrement confiée à un MES réformé, responsable devant le Parlement européen.

A la recherche de relais politiques

Les propositions des économistes des deux premières puissances économiques de la zone euro vont devoir trouver un écho sur le plan politique. Et la tâche est loin d'être accomplie. En Allemagne, si les négociations entre la CDU d'Angela Merkel et le SPD de Martin Schulz ont récemment abouti à un accord pour former un gouvernement et qu'ils se sont entendus pour "renforcer durablement et réformer la zone euro" afin qu'elle puisse "mieux résister aux crises", les conservateurs allemands présentent des points de divergence importants avec les dirigeants français. L'un des points d'achoppement concerne la finalité d'un Fonds monétaire européen, issu du Fonds de secours déjà existant pour les pays confrontés à des crises de la dette (MES).

Cette idée est un projet allemand à l'origine, défendu de longue date par l'ancien ministre des Finances Wolfgang Schäuble. Il entend jusqu'ici confier à ce FME la tâche de faire entre autres la police sur les déficits dans les pays de la zone euro et de supplanter par ce biais la Commission européenne jugée trop laxiste.

Ce n'est pas la vision française, qui soutient un Fonds monétaire européen mais entend lui donner un pilotage "politique", comme l'a indiqué le ministre de l'Economie Bruno Le Maire dans une interview jeudi dernier à l'hebdomadaire allemand Die Zeit. Autrement dit un rôle pas seulement cantonné à la surveillance de l'application des règles. Si les économistes ont réussi à trouver un terrain d'entente, l'absence de convergence de points de vue sur le plan politique pourrait une fois de plus retarder la mise en oeuvre de ces propositions.

| Lire aussiAllemagne : Merkel et les socialistes trouvent un accord pour former une coalition

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Commentaires
a écrit le 18/01/2018 à 10:43 :
Pas facile de trouver la formule magique qui permettra d’harmoniser les économies de l’UE. Reste que c’est un le même problème (sinon pire) à l’échelle de chaque pays et que si l’économie était une science prévisible à 100 % cela se saurait. Par contre ce qui est prévisible c’est le rapprochement des épisodes de crise et leur gravité, ce qui oblige à trouver des moyens de prévention et de protection, qui seront d'autant plus efficaces que l'on sera unis et cohérents.
Les analyses et propositions sont intéressantes et variées (http://voxeu.org/article/how-reconcile-risk-sharing-and-market-discipline-euro-area)

La préoccupation numéro un semble être l’augmentation des dettes publiques et la contribution de chaque Etat à la stabilité financière.
Il est aussi question de «coordination des politiques économiques à l’échelon européen ».
De diminution des risques bancaires
De plafonnements des dépenses publiques en fonction du PIB
Créer un dispositif ou un fond de restructuration des dettes
Donner plus de pouvoir au Parlement Européen

On pourrait aussi commencer à harmoniser les fiscalités, pour éviter le dumping fiscal et social, mais vu qu’en France on est quasiment au maximum…Tout cela ne fera pas baisser la dette automatiquement, mais une plus grande stabilité de l’UE permet de maintenir des taux d’intérêt très bas et nous laisse plus de latitude pour rééquilibrer les budgets, surtout si la croissance est là.
Un économiste souligne le désavantage Français en termes de surcoûts de production, parfois à valeur ajoutée moindre. Un autre propose d’«éduquer, libérer, protéger»…
a écrit le 18/01/2018 à 8:34 :
Bcp de rancoeur a l'egard de l'euro, monnaie commune. Si la France revenait au Franc.......
a écrit le 17/01/2018 à 20:15 :
Une monnaie unique avec un système social unique pour tous les pays de l’Europe : la solution c’est ça.

Les mêmes principes de taxes pour tous et les mêmes principes de salaires pour tous

Les mêmes lois de douanes et fiscales pour toute l’europe

Regrouper peut être la dette aussi après
Une «  vrai union » sinon «  rien »
Réponse de le 17/01/2018 à 22:46 :
Et bien rien puisque tout s' est fait sans l' accord des peuples, rien sinon le Frexit, point ....
Réponse de le 18/01/2018 à 7:52 :
Il faut tenir compte du role de l'énergie qui varie suivant les pays. Comment?
a écrit le 17/01/2018 à 20:02 :
Jean Pisani-Ferry prof et est commissaire général de France Stratégie ( Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP), est une institution rattachée au Premier ministre) et Schäuble...

Vous n'êtes vraiment pas tendre avec nous, autant dire que c'est nos dirigeants qui ont décidés de notre avenir!

"Diminuer les risques bancaires : ... contre le risque de panique des déposants" Personnellement ça ne me concerne pas, comme plus généralement l'Europe visiblement.

"Remplacer les règles budgétaires actuelles : ... peu fiables exposant la Commission européenne à toutes sortes de critiques. Ils estiment que les dépenses publiques ne devraient pas progresser plus vite que le PIB ... Ils proposent de mettre en place une institution nationale indépendante" Celà veut dire simplement qu'au lieu que ce soit les dirigeant d'Europe qui soit montrés du doigt, ce sera une "commission indépendante". Qui donc? comme la BCE...? En ce qui concerne la phrase sur le PIB, l'Europe ne ferra pas de croissance suppérieur avant un petit moment ce qui veut dire que le déficite budjetaire sera donc plus rigoureux que les 3% actuels... Donc durcir et protéger les dirigeants.

Je vais m'arrêter là, je me fait du mal pour rien à m'intéresser au futur de l'Europe d'autant que visiblement, elle ne s'intéresse qu'au pognon.
a écrit le 17/01/2018 à 19:37 :
Macron s' est fait élire sur un postulat pro Ue managé par la presse dogmatique franco/euro/mondialiste, les manettes sont à Bruxelles et Macron ne sert à rien sauf à signer une fois l' an les GOPE bruxelloises .. Il faut dégager en touche, se barrer à l' anglaise, Frexiter avec l' UPR sinon la France va s' étioler et mourir jour après jour et il en va désormais de la survie du pays. Adhérer à l' UPR, parti non clivant classé divers pour sortir de la trilogie mortifère Ue, Otan et conduire un FREXIT propre et parfaitement assumé, c' est tout simplement de la légitime défense. https://www.upr.fr/wp-content/uploads/UPR-7-BONNES-RAISONS-DADHERER-A-LUPR-mars-2015-TM.pdf
a écrit le 17/01/2018 à 18:28 :
Petit à petit cependant, il deviendra inévitable de réaliser que l’union monétaire n’est plus.

Mais on vous expliquera alors que tout le monde l’avait su, que tout le monde l’avait dit, que tout le monde l’avait toujours pensé.

La prise de conscience de la fin de l’euro sera un non-événement. Seuls quelques historiens économiques essaieront de retracer l’histoire de la sortie furtive, mais le grand public sera passé à autre chose.

Et lorsque des billets spécifiquement nationaux referont leur apparition, lires, francs, marks, ce sera perçu comme dans l’ordre des choses : pas de tremblement de terre.

Entretemps, ce sont des millions de chômeurs que ce projet fumeux aura jetés dans les rues et des pans entiers des économies des pays européens, jadis prospères, qui auront été détruits à tout jamais.
https://www.upr.fr/actualite/france/sortie-furtive-de-leuro-vincent-brousseau
a écrit le 17/01/2018 à 17:41 :
Le pilotage d une économie se fait par régulation de l inflation . La concordance des différentes économies au sein d une unité communautaire , se fait au regard des différents postes des budgets nationaux , l intégration du poste de la défense nous pénalise depuis des décennies .Il serait temps de tout remettre à zéro , et le pactole qui serait attribué à l Allemagne pourrait relancer l inflation bienfaitrice ,pour une économie de progrès social .
a écrit le 17/01/2018 à 16:58 :
La stabilité financière est contraire aux intérêts des spéculateurs. Le jeu actuel de la mise en concurrence des nations est trop juteux pour être abandonné...
a écrit le 17/01/2018 à 11:46 :
On adapte pas une économie a une monnaie, cela n'a pas de sens, par contre on adapte une monnaie a son économie! Mais l'UE de Bruxelles pense que l'on peut tout sacrifier pour y arriver, en suivant le dogme des réformes!
Réponse de le 17/01/2018 à 18:26 :
"On adapte pas une économie a une monnaie, cela n'a pas de sens, par contre on adapte une monnaie a son économie!"

L'économie comme la monnaie sont des outils pour atteindre la prospérité par une allocation optimisée des ressources.

Certaines situations peuvent nécessiter d'adapter la monnaie à l'économie, d'autres peuvent nécessiter l'inverse :

Les économies de la plupart des nations européennes sont trop petites pour affronter les économies chinoise et américaine, et trop grosses pour adopter des stratégies de passager clandestin (type paradis fiscal).

L'euro permet un début de fédéralisation qui permet en partie de faire jeu égal avec les économies américaine et chinoise : Nous avons une monnaie stable, en qui le monde a confiance, et qui fait office de référence parmi d'autres dans le monde.
Réponse de le 17/01/2018 à 22:52 :
"les économies européennes sont trop petites" parce qu' elles n' ont pas le pouvoir, parce que l' Ue leur a volé leur démocratie. Si la Chine veut vendre à la France, à l' Italie ou à l ' Espagne, c' est à ces pays de prendre lien et de dire Ok, pas à un baisse culotte qui ne les représente pas. Changez de partition.

.https://www.youtube.com/watch?v=EmDGl4Og-rE&feature=share

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