REGIONALES - L'ancien député européen et syndicaliste chez ArcelorMittal déplore le démantèlement prochain des hauts-fourneaux de Florange, symbole d'un manque d'engagement politique contre la désindustralisation du Grand-Est.LA TRIBUNE - Deux ans après le terme de votre mandat d'eurodéputé, membre de la commission de l'Industrie au Parlement européen, allez-vous effectuer un retour en politique ?
Edouard Martin - J'ai toujours dit que je n'effectuerais qu'un seul mandat de cinq ans et je n'ai pas changé d'avis. A la fin de mon mandat, en juillet 2019, je me suis inscrit au chômage. J'ai retrouvé récemment un emploi dans une société qui réalise des programmes de formation en langues étrangères et cela me convient. Generation.s, qui présente ses candidats aux régionales dans le Grand-Est, est venu me chercher pour me mettre sur sa liste. C'est non.
Vous déplorez pourtant la désindustrialisation du Grand-Est, votre région, et dénoncez le démantèlement par ArcelorMittal du haut-fourneau de Florange où vous étiez porte-parole de la CFDT...
Je dénonce le renoncement des politiques et leur incapacité à tenir leurs engagements. En 2012, juste avant les élections présidentielles, Florange était devenu le Lourdes de la campagne électorale. Aucun candidat ne pouvait partir en campagne sans être passé chez nous. Le seul qui n'a pas osé venir, c'est Nicolas Sarkozy parce qu'il nous avait déjà fait le coup quelques années plus tôt à Gandrange. Quand Jean-Marc Ayrault a été nommé Premier ministre, après la victoire de François Hollande, il a cautionné la mise à l'arrêt provisoire de Florange. On parlait alors d'une mise sous cocon, pendant six ans. Avant de procéder au démantèlement, ArcelorMittal s'était engagé à tenir compte du marché de l'acier européen et mondial. Si ce marché se portait mieux, on pourrait redémarrer le haut-fourneau.
Mais ArcelorMittal a arrêté sa filière liquide à Florange, et il ne fera pas marche arrière. Des équipements périphériques sont déjà démontés. N'est-il pas trop tard ?
Ce n'est pas une raison. Un haut fourneau, c'est une sorte de gamelle de 80 mètres de haut. L'intérieur est maçonné de briques réfractaires. Quand il est mis en chauffe à 1.800 degrés, on ne peut plus l'arrêter. La durée de vie des briques est d'une vingtaine d'années. Le nôtre à Florange arrivait en fin de vie. Il suffirait de refaire le briquage, de remettre à niveau l'informatique, et on repart. Mais nos élus ne sont pas de cet avis. Les élus du Val de Fensch ont bien appris le discours d'ArcelorMittal. Ils disent tous la même chose : c'est trop cher de redémarrer un haut fourneau. Au bas mot, il y en aurait pour 150 millions d'euros. C'est l'investissement qui a été consenti par Mittal à Dunkerque, à Fos, en Pologne ou en Espagne. Ce que le groupe a fait là-bas, il peut le faire ici.