Régionales : Brigitte Klinkert, l'Alsacienne qui ne voudrait pas être faiseuse de roi

REGIONALES. La ministre de l'Insertion, candidate du centre-droit dans le Grand-Est, tente de séduire les mécontents de la réforme territoriale en dénonçant l'incohérence de cette nouvelle région. Elle affronte à fleurets mouchetés le sortant Jean Rottner (LR), donné dans les sondages au coude à coude avec le Rassemblement National.

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Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'Insertion, candidate aux élections régionales dans le Grand-Est.
Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'Insertion, candidate aux élections régionales dans le Grand-Est. (Crédits : Olivier Mirguet)

Malgré ses efforts, elle est restée "l'Alsacienne" pendant la campagne des élections régionales. Depuis l'annonce de sa candidature le 30 avril, Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'Insertion, a enchaîné les déplacements dans les confins du Grand-Est. 7.600 kilomètres parcourus en un mois dans son SUV de location, conduite par son ancien chef de cabinet au ministère. Mais Brigitte Klinkert a maintenu ses bases à Colmar, où elle a continué de siéger à la Collectivité européenne d'Alsace. Elle a établi son quartier général de campagne dans sa ville d'origine, dans une chambre d'hôtel réaménagée en bureau. "Partout où je vais, on m'accueille comme l'Alsacienne parce que j'ai beaucoup œuvré à la fusion des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Il convient de rassurer", reconnaît la candidate qui a baptisé sa liste "La force de nos territoires".

Malgré l'absence d'étiquette sur ses documents de campagne, elle a été assimilée à la majorité présidentielle. Mais la candidate se défend de porter dans le Grand-Est une liste estampillée LREM. Cinq députés issus de la majorité figurent parmi ses colistiers. L'ancien socialiste Christophe Choserot, élu de l'agglomération nancéienne, est son directeur de campagne. Les Alsaciens Justin Vogel et Georges Schuler sont sur la liste sans avoir renoncé à leur engagement chez les Républicains. Dans le Grand-Est, de tels panachages entre LR et les sensibilités macronistes n'ont pas fait de remous.

Centralisation jacobine

Brigitte Klinkert n'a eu d'autre choix que de marquer la différence avec Jean Rottner. Né à Mulhouse, le président (LR) sortant du Grand-Est n'est pas moins alsacien qu'elle. Après trois ans et sept mois d'efforts pour donner de la cohérence à la grande région issue de la fusion de l'Alsace, de la Lorraine et de Champagne-Ardenne, il est la cible de ceux qui n'ont pas encore digéré la réforme territoriale. "Jean Rottner est l'auteur de la centralisation jacobine de cette région. Je suis girondine et je revendique le droit à la différenciation", propose Brigitte Klinkert. Sous-entendu : elle s'oppose aux méthodes de gouvernance de l'équipe sortante dans cette collectivité qui couvre 57.000 kilomètres carrés, "dirigée depuis Strasbourg, éloignée du terrain". Pendant la campagne, logiquement, la ministre est allée se mettre en scène dans les cantons les plus ruraux de ce territoire.

Illustration à Bruley, un village lorrain dans le vignoble en Meurthe-et-Moselle. En visite mi-mai dans une exploitation viticole, Brigitte Klinkert a écouté les doléances des vignerons, fâchés de ne voir aboutir une politique de remembrement entamée en 2009. L'occasion de découvrir un vin blanc local, modeste cépage auxerrois dont les producteurs ont vanté les qualités organoleptiques dans des termes dignes d'un grand cru... alsacien. "Vous me fournirez une petite note sur ce problème de remembrement", a glissé Brigitte Klinkert en quittant la cave, jouant de ses antennes ministérielles. Le même soir à Laxou, en banlieue de Nancy, la candidate a évoqué son bilan de ministre (dix mois depuis le remaniement de juillet 2020) : "45.000 emplois créés dans l'inclusion", preuve selon elle de la pertinence du plan de relance inclusion lancé en août 2020 avec un budget de 320 millions d'euros, adossé aux services des conseils départementaux.

Un vice-président pour chaque ancienne région

Le département serait donc l'échelle pertinente de l'action publique ? "Avec la mise en place des grandes régions, les élus locaux de Meurthe-et-Moselle ne connaissent pas les dossiers de la Marne. C'est normal. Du coup, c'est l'administration strasbourgeoise qui a pris le dessus", juge Brigitte Klinkert. Elle propose, pour y remédier, de nommer trois vice-présidents à la région référents pour les trois anciennes composantes du Grand-Est. "Je ne vais pas démanteler le Grand-Est pour recréer un conseil régional d'Alsace. En plein plan de relance, ce serait suicidaire", prévient-elle. Aurait-elle intérêt à le faire ?

Le 6 juillet 2020, la promotion ministérielle de la présidente du Haut-Rhin a laissé le champ libre à son homologue du Bas-Rhin Frédéric Bierry (apparenté LR). Il a pu accéder seul à la tête du "super département" fusionné qu'ils avaient créé ensemble en Alsace. "Je n'ai jamais demandé à être nommée ministre. Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée, m'a appelée au matin de ma nomination. Je n'ai pas hésité une seconde, j'ai cherché à comprendre et j'ai compris : l'Alsace avait particulièrement souffert au début de la crise sanitaire, il fallait que nous soyons représentés à Paris", résume Brigitte Klinkert huit mois après sa nomination rue de Grenelle. "Nous avons besoin de Brigitte", déclare Frédéric Bierry, qui n'avouera pas son soulagement d'avoir pu éviter la confrontation. Depuis sa naissance le 1er janvier 2021, la Collectivité européenne d'Alsace fait valoir le souhait d'élargir son champ d'action tous azimuts : perception d'un péage autoroutier sur le trafic poids-lourds, action économique, collaboration transfrontalière. "Ce que j'ai fait pour l'Alsace, je pourrai le faire pour toute la région", promet Brigitte Klinkert.

A 64 ans, son CV épouse le profil de la droite centriste alsacienne, du CDS à l'UDF puis à l'UMP, avant un passage jusqu'en 2019 chez les Républicains. Jamais avec la République en Marche. Brigitte Klinkert fut conseillère municipale à Colmar de 1983 à 2020, conseillère générale et départementale en 1994 jusqu'en 2020. "Emmanuel Macron, je ne le connais pas beaucoup", reconnait-elle. "Je l'ai peut-être rencontré deux fois avant d'être ministre. La première fois, c'était en 2017 lors d'un déjeuner qui précédait une cérémonie au Hartmannswillerkopf avec le président de la République fédérale allemande. Nous avons parlé du bilinguisme et du rétablissement de la ligne de chemin de fer Colmar-Fribourg. Plus tard, en juillet 2019, Emmanuel Macron m'a remis la légion d'honneur à l'Elysée. Et c'est tout", raconte-t-elle.

S'allier contre le RN

Marcheuse ou pas, Brigitte Klinkert a compris l'intérêt de ne pas se fâcher avec ceux qui, du centre et de la droite, ne sont pas partis flirter avec l'extrême-droite. Jean Rottner fait partie de ceux-là. La question revient comme un leitmotiv pendant la campagne : les résultats du premier tour, le 20 juin, conduiront-ils les listes du centre et de la droite à s'allier pour faire barrage au Rassemblement National ? Jean Rottner a rejeté cette éventualité. "L'équipe que je conduis au premier tour sera la même au second tour", a-t-il déclaré le 2 juin.

Brigitte Klinkert, moins catégorique, insiste sur les éléments de différenciation de son programme. La liste du Rassemblement national emmenée par Laurent Jacobelli a été créditée de 22 % à 30 % d'intentions de voix dans trois sondages Ifop, Harris Interactive et OpinionWay publiés depuis février. Jean Rottner, entre 24 % et 32 %, se place devant Brigitte Klinkert (entre 16 % et 18 %). "Je refuse la fatalité que le RN puisse arriver en tête", déclare Brigitte Klinkert. Que faire en cas de triangulaire ou de quadrangulaire si les trois listes du centre, de la droite et de l'extrême-droite devaient jouer serré au second tour ? La ministre déléguée à l'Insertion se transformerait-elle, en cas de ballottage défavorable, en faiseuse de roi au profit de Jean Rottner ? "Je suis une personne de rassemblement", répond Brigitte Klinkert.

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