REGIONALES. La ministre de l'Insertion, candidate du centre-droit dans le Grand-Est, tente de séduire les mécontents de la réforme territoriale en dénonçant l'incohérence de cette nouvelle région. Elle affronte à fleurets mouchetés le sortant Jean Rottner (LR), donné dans les sondages au coude à coude avec le Rassemblement National.Malgré ses efforts, elle est restée "l'Alsacienne" pendant la campagne des élections régionales. Depuis l'annonce de sa candidature le 30 avril, Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'Insertion, a enchaîné les déplacements dans les confins du Grand-Est. 7.600 kilomètres parcourus en un mois dans son SUV de location, conduite par son ancien chef de cabinet au ministère. Mais Brigitte Klinkert a maintenu ses bases à Colmar, où elle a continué de siéger à la Collectivité européenne d'Alsace. Elle a établi son quartier général de campagne dans sa ville d'origine, dans une chambre d'hôtel réaménagée en bureau. "Partout où je vais, on m'accueille comme l'Alsacienne parce que j'ai beaucoup œuvré à la fusion des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Il convient de rassurer", reconnaît la candidate qui a baptisé sa liste "La force de nos territoires".
Malgré l'absence d'étiquette sur ses documents de campagne, elle a été assimilée à la majorité présidentielle. Mais la candidate se défend de porter dans le Grand-Est une liste estampillée LREM. Cinq députés issus de la majorité figurent parmi ses colistiers. L'ancien socialiste Christophe Choserot, élu de l'agglomération nancéienne, est son directeur de campagne. Les Alsaciens Justin Vogel et Georges Schuler sont sur la liste sans avoir renoncé à leur engagement chez les Républicains. Dans le Grand-Est, de tels panachages entre LR et les sensibilités macronistes n'ont pas fait de remous.
Centralisation jacobine
Brigitte Klinkert n'a eu d'autre choix que de marquer la différence avec Jean Rottner. Né à Mulhouse, le président (LR) sortant du Grand-Est n'est pas moins alsacien qu'elle. Après trois ans et sept mois d'efforts pour donner de la cohérence à la grande région issue de la fusion de l'Alsace, de la Lorraine et de Champagne-Ardenne, il est la cible de ceux qui n'ont pas encore digéré la réforme territoriale. "Jean Rottner est l'auteur de la centralisation jacobine de cette région. Je suis girondine et je revendique le droit à la différenciation", propose Brigitte Klinkert. Sous-entendu : elle s'oppose aux méthodes de gouvernance de l'équipe sortante dans cette collectivité qui couvre 57.000 kilomètres carrés, "dirigée depuis Strasbourg, éloignée du terrain". Pendant la campagne, logiquement, la ministre est allée se mettre en scène dans les cantons les plus ruraux de ce territoire.
Olivier Mirguet à Strasbourg