Régionales : en Centre Val de Loire, chaque candidat veut son new deal économique

Si François Bonneau, le président (PS) sortant du Centre Val de Loire, peut se targuer d’un bilan correct au plan économique, ses quatre principaux challengers, Aleksandar Nikolic (RN), Marc Fesneau (LREM), Nicolas Forissier (LR) et Charles Fournier (EELV), n'en proposent pas moins un new deal régional, chacun dans leur registre.

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Charles Fournier (EELV), François Bonneau (PS), président sortant, Marc Fesneau (Modem), Nicolas Forissier (LR) et Aleksandar Nikolic (RN).
Charles Fournier (EELV), François Bonneau (PS), président sortant, Marc Fesneau (Modem), Nicolas Forissier (LR) et Aleksandar Nikolic (RN). (Crédits : DR)

Avec un taux de chômage de 8,3 %, la région Centre Val de Loire se situe légèrement sous la moyenne nationale (8,5%) en 2020. Son président socialiste, François Bonneau, qui sollicite un troisième mandat, se félicite d'autant plus de ce résultat qu'un emploi sur cinq est généré sur son territoire par le secteur industriel, le plus touché par les restructurations. Le fait que le dernier sondage réalisé par Ipsos et sorti le 17 mai laisse apparaître une nette majorité de sondés (63%) satisfaits du bilan économique de l'équipe sortante n'empêche pas ses concurrents d'appeler à un changement net de politique. Car François Bonneau a beau avoir mouillé sa chemise tout au long de son mandat, il n'arrive qu'en troisième position avec 19% des intentions de votes.

Question de méthode

Le premier reproche exprimé par Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, et Nicolas Forissier, député de L'Indre, vis-à-vis de l'exécutif régional, tient à la méthode. Pour l'ancien maire de Marchenoir dans le Loir et Cher, qui porte les couleurs Modem-LREM, « l'Agence de développement économique régionale Dev'Up est un bon outil, mais reste peu réactif car trop éloigné du terrain et des préoccupations des entreprises. Les délais d'attente pour un dossier sont de deux à six mois, c'est beaucoup trop ». Nicolas Forissier, pour la droite, abonde dans son sens et appelle, lui aussi, à instiller un esprit pro-business au sein de l'exécutif. « La collectivité subventionne mais ne joue pas son rôle de moteur économique. En cause, un manque de proactivité dû aux lourdeurs administratives et aux écologistes qui brident l'exécutif. Résultat, le Centre Val de Loire, géré par la gauche depuis 23 ans, fait du surplace », détaille-t-il.

Autant de griefs dont se défend François Bonneau. Le sortant rappelle « qu'une de ses premières mesures, en lien avec la loi NOTRE de 2015 a consisté à réaliser un guichet unique pour les entreprises. Il leur a ainsi permis de s'adresser directement à quelque 400 agents du développement économique issus des chambres consulaires et de la région. »

Nucléaire tabou

« Le mot nucléaire est tabou au sein de l'exécutif régional, déplore Marc Fesneau. Avec quatre centrales sur le territoire, il participe pourtant au développement économique et génère plusieurs milliers d'emplois. Comme sur la question de l'hydrogène et de la 5G, le manque de volontarisme de François Bonneau est directement lié à ses alliés verts qui appuient sur le frein en permanence. » Arrivé en tête du sondage d'Ipsos (28%), le candidat du Rassemblement national, Aleksandar Nikolic, regrette, lui aussi, le peu d'engouement en Centre Val de Loire vis-à-vis du nucléaire. « La 4e génération de centrale permet pourtant de produire une électricité propre et peu coûteuse, assure ce conseiller municipal de Saint-Rémy sur Avre, en Eure et Loir. S'orienter vers une région alimentée uniquement par les éoliennes et le photo voltaïque serait insuffisant en termes de capacité, plus onéreux et par forcément moins polluant, au moins visuellement ».

Soupçonné du centre à l'extrême droite de prendre en otage François Bonneau, dont il est l'un des vice-présidents, l'écologiste Charles Fournier n'est pas plus tendre sur la question avec le chef de la majorité sortante. « Au lieu d'accompagner les entreprises sur la transition énergétique, François Bonneau a déployé les outils classiques d'aide à l'économie, déplore le candidat EELV. Y compris en subventionnant des activités polluantes. »

Lui promet d'investir un milliard d'euros sur la mandature, soit 150 millions d'euros par an, dans ce domaine. François Bonneau tacle son vice-président en remarquant que « la région Centre Val de Loire a été l'une des premières à installer une COP sur le climat depuis avril 2020 ». Ses conclusions, notamment pour diminuer l'empreinte carbone des entreprises du territoire, seront annoncées dans les prochains mois.

Investissements dans les grandes infrastructures

« Re-flécher les investissements en faveur de ses grandes filières économiques du territoire constitue une nécessité urgente », selon Nicolas Forissier. « Ainsi l'agroalimentaire produit certes, mais ne transforme pas assez sur le territoire », regrette le député de l'Indre. « L'aéronautique, mal-aimée des écologistes, n'est pas assez soutenue en région Centre Val de Loire, abonde de son côté Marc Fesneau. Et pourtant, elle ne représente que 2,5% de l'empreinte carbone générés par l'ensemble des solutions de transport. » Les deux candidats envisagent parallèlement d'investir environ deux milliards d'euros en six ans pour développer les infrastructures aéroportuaires et routières. Objectif, accompagner le développement des différentes filières d'excellence de la région. Des chiffres qui donnent le tournis alors que François Bonneau affirme « qu'il a largement commencé à faire le job » sur ce plan en financement (17 millions d'euros) les hangars de stockage d'avions gros porteurs à Châteauroux dans l'Indre et en apportant une enveloppe conséquente (trois millions d'euros) pour développer l'aéroport de Tours.

Charles Fournier défend de son côté ses propres solutions côté investissements. « Face aux difficultés rencontrées par certaines filières régionales comme l'aéronautique, il est urgent selon lui de créer de nouveaux débouchés », avance-t-il. Le programme des écologistes indique ainsi vouloir constituer un vrai écosystème autour de l'économie social et solidaire, qui générerait selon lui la création de 20.000 emplois.

Avant-dernière région attractive dans l'Hexagone ?

Le bilan économique de la mandature s'exprime également au plan des relocalisations d'entreprises et de composants. Le thème est très en cours depuis que la crise sanitaire a démontré le bien fondé des circuits courts et de l'économie circulaire notamment. Aleksandar Nikolic déplore ainsi le projet de déménagement du siège amboisien (37) de Mécachrome à Toulouse. « Le fournisseur de canalisation pour l'aéronautique basé à Blois, Tecalamit, part également dans la Sarthe, note le candidat du Rassemblement national. C'est bien la preuve du manque d'attractivité de la région, avant-dernière dans l'Hexagone selon le dernier sondage Emploi et territoires réalisé pour Adecco. Résultat, nous nous trouvons face à de véritables diagonales du vide économique, dans le Cher, l'Indre et le sud de l'Eure-et-Loir depuis la fermeture de la base aérienne de Châteaudun ».

Le président sortant en appelle lui à la réalité des faits: « Nous avons aidé à la relocalisation d'au moins une vingtaine d'entreprises dans tous les domaines. Elles peuvent toutes en témoigner, de l'automobile avec All circuits, à l'agroalimentaire pour la Laiterie de Saint Denis de l'Hôtel (LSDH) en passant par le médicament chez Axyntis. » Et François Bonneau de rappeler au passage les 90 millions d'euros investis en soutien de l'innovation via l'aide de la région aux start-up.

Plans de sortie à court et moyens termes

Rare point de consensus au plan économique entre les candidats aux régionales en Centre Val de Loire, le volontarisme des plans de sortie de la crise sanitaire qu'ils comptent mettre en œuvre s'ils arrivent aux affaires. Les principaux challenger de la gauche à l'extrême droite appellent à la création de fonds d'investissement pour participer la relance de l'économie du territoire. Charles Fournier veut créer des manufactures de territoires aidées par la région. Via un plan de rebond à hauteur de cinq millions d'euros, Nicolas Forissier promet d'apporter une aide immédiate aux métiers du tourisme et de la restauration, très présents dans la région et sévèrement touchés par les fermetures administratives. Le candidat de droite compte parallèlement monter un fonds d'investissement dédié au patrimoine historique. Il le dotera avec l'aide de l'Etat de 50 millions d'euros.

Rapidement, Marc Fesneau souhaite par ailleurs monter un fonds régional abondé par l'exécutif et les habitants. « Il doit parvenir à réunir 300 millions d'euros pour être efficace dans le cadre de la relance à court et moyen terme », assure le ministre d'Emmanuel Macron. François Bonneau valide lui aussi ce type d'initiatives en faveur de l'économie. Ainsi le Fonds Renaissance, créé en octobre 2020 avec une dotation de 13 millions d'euros, a permis, selon lui, d'épauler des dizaines d'entreprises en difficulté à cause du Covid-19.

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