Petit émirat pétrolier et nucléaire et future place forte de l’éolien marin, la Normandie truste la première place du classement des régions pour le poids des activités de production d’énergies dans l’emploi salarié privé. Pas étonnant, dès lors, que le sujet s’invite dans le débat des régionales, mettant en lumière les lignes de fracture qui traversent les familles politiques.Le député communiste de Dieppe, Sébastien Jumel, aura eu beau tonner : « Arrêtons de déconner ». Las, rien n'y a fait. Après de longues semaines de négociations, les partis de gauche ont finalement décidé de partir désunis à la bataille le 20 juin : PS avec EELV d'un côté, PC et LFI de l'autre. En cause, des positions irréconciliables sur le nucléaire. « Il était difficile de composer avec un élu qui milite pour l'implantation d'une nouvelle paire d'EPR à Penly (Seine-Maritime ndlr) et qui s'est battu contre la fermeture de la centrale à charbon du Havre », explique-t-on dans l'entourage de la tête de liste socialiste, Mélanie Boulanger.
Si un rapprochement des gauches est, sinon certain, au moins vraisemblable au second tour, ces désaccords montrent à quel point les questions liées à la transition énergétique électrisent le débat dans une région qui produit presque trois fois plus de kilowatts et de litres de carburant qu'elle n'en consomme, grâce à ses trois centrales nucléaires et à ses deux raffineries Total et Exxon Mobil (parmi les plus capacitaires en Europe).
Le mix, c'est chic mais c'est clivant
Prenons l'éolien offshore par exemple. Avec quatre parcs programmés au large de ses côtes (sur 8 autorisés en France à ce stade), deux usines d'assemblage de pales et de nacelles et trois ports de maintenance, la Normandie est en passe de devenir l'une des têtes de pont des turbines marines. Pour autant, le dossier reste clivant, en dépit des quelque 8 milliards d'euros d'investissement et des milliers d'emplois qu'ils promettent.
Nicolas Bay, tête du liste du RN, demande un moratoire sur l'éolien. Pour marteler le message, il s'est assuré de la présence sur sa liste d'Yves Bonnet, ex-député de la Manche et ancien patron de la DST devenu, sur ses vieux jours, pourfendeur des moulins à vent. Quant au président en place, le centriste Hervé Morin, il est accusé par ses détracteurs de soutenir très mollement l'éolien terrestre encore peu développé, en proportion, malgré un gisement de vent potentiellement aurifère.
Nathalie Jourdan, à Rouen