Régionales : en Normandie, un scrutin éparpillé façon puzzle

Quatre voire cinq listes pourraient être en mesure de se qualifier au second tour, en Normandie où le sortant Hervé Morin part favori face à des opposants divisés. Bien que talonné de près par le RN dans les sondages, l’ancien ministre de la défense exclut tout accord d’entre deux tours avec le candidat En Marche adoubé par Edouard Philippe. Pour l’instant ?

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Candidat à sa succession, Hervé Morin part favori face à des opposants divisés.
Candidat à sa succession, Hervé Morin part favori face à des opposants divisés. (Crédits : DR)

Le fameux « p'têt ben que oui, p'têt ben que non », témoin de la propension locale à hésiter, a la peau dure.  Sauf à faire mentir les sondages, l'électorat normand se présentera en ordre (très) dispersé lors de ce scrutin régional. Le second depuis que François Hollande a renvoyé les adjectifs haute et basse, autrefois accolés à la Normandie, au rayon des accessoires démodés. Sur les sept listes qui brigueront les suffrages des électeurs le dimanche 20 juin, au moins quatre -peut-être cinq- devraient passer la barre des 10% nécessaires au maintien. Malgré ce morcellement, le suspense reste limité.

Le sortant bien parti pour rester

Crédité par l'Ifop* de 31% des voix au premier tour, Hervé Morin est donné en tête par tous les instituts de sondage, comme la plupart des sortants. Outre le fait qu'il chasse indifféremment sur les terres de la gauche et de la droite modérées, le patron du micro-parti Les Centristes bénéficie d'un solide capital sympathie dans les milieux économiques qui saluent son bilan.

Parti tard en campagne, l'intéressé multiplie les meetings (en physique et en virtuel) ces temps-ci pour tenter de creuser l'écart avec le candidat du parti de Marine Le Pen, Nicolas Bay. Lequel devrait s'arroger la seconde place, le 20 juin au soir. Tout porte à croire en effet que le député européen RN, dont la liste avait tutoyé les 30% en 2015, confirmera son assise, en particulier dans l'ancienne Haute Normandie plus ouvrière que sa voisine de l'Ouest.

La gauche fragmentée et distancée

A gauche, le doute a subsisté presque jusqu'à la dernière minute. Pendant de longues semaines, l'équipe PS/EELV emmenée par la socialiste Mélanie Boulanger et celle du député  communiste, Sébastien Jumel, ont tenté d'accorder leurs violons ... Sans succès. En cause, des désaccords sur l'installation d'un double EPR à Penly (Seine-Maritime) et sur la conduite de la bataille, l'une comme l'autre revendiquant d'en prendre la tête. Un troisième candidat ferme la marche en la personne de Pascal Le Manach en course pour Lutte Ouvrière.

Malgré une solide implantation, les chances de la gauche restent ténues si l'on en croit les dernières enquêtes. Pour l'Ifop, les voix additionnées du PS, des Verts et du PC n'excèderont pas 27%. Insuffisant pour espérer reprendre la Région perdue, il y a six ans, avec moins de cinq mille voix d'écart.

L'inconnue LREM

La principale incertitude porte sur le score du candidat LREM, Laurent Bonnaterre. Transfuge de la Fabiusie, l'homme qui se présente comme « un maire de terrain » est peu connu du grand public. Mais il bénéficie du soutien -discret mais remarqué- d'Edouard Philipppe et du ministre des Outre Mer, Sébastien Lecornu, dont l'influence dans l'Eure est incontestable.

Après un début de campagne sans relief, l'intéressé semble marquer quelques points grâce au ralliement de certains élus. « Il imprime mieux », observe-t-on dans ses rangs. Malgré la candidature dissidente de l'ex-députée En Marche, Stéphanie Kerbarh, vexée de ne pas figurer sur sa liste, le marcheur pourrait aussi profiter du regain de popularité dont bénéficie par ailleurs Emmanuel Macron depuis le déconfinement. Reste une inconnue. Laurent Bonnaterre maintiendra-t-il sa candidature au second tour ? Difficile d'en jurer.

En dépit de la proximité de leurs programmes respectifs, ni lui, ni Hervé Morin n'évoquent l'hypothèse d'une alliance au soir du 20 juin. Bien que l'actuel président de la Région Normandie ne porte pas l'ancien locataire de Matignon dans son cœur (et inversement), qui sait s'ils ne changeront pas d'avis au nom de la nécessité de faire barrage au RN. Il arrive que la politique ait ses raisons que l'inimitié ignore.

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*enquête réalisée en partenariat avec La Tribune et Europe 1 auprès d'un échantillon de 1002 personnes âgées de 18 ans et plus entre le 8 et le 14 avril

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