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Réformer la Bourse chinoise, mission impossible ?

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 23 janvier 2014 à 14:07 - Mis à jour le 23 janvier 2014 à 14:37

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Le gel des introductions en Bourse en Chine a pris fin il y a près d’une semaine, après plus d'un an d'interdiction. Mais six sociétés ont déjà annulé leurs projets de cotation, le gouvernement étant en partie revenu sur sa promesse de laisser plus de liberté au marché dans la fixation des prix.

Il y a près d'une semaine, le 17 janvier, les introductions en Bourse effectuaient leur "come-back" en Chine, où elles étaient interdites de séjour depuis plus d'un an. Cette réouverture du marché chinois des IPO (initial public offerings), les entreprises l'attendaient avec impatience puisqu'elles sont plus de 750 à toquer aux portes des Bourses de Shanghai et de Shenzen, où elles espèrent lever 250 milliards de yuans (41 milliards de dollars) au total, cette année, selon le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC).

Pour autant, le premier bilan du dégel du marché chinois des introductions en Bourse est tout sauf concluant, six sociétés ayant déjà choisi…d'annuler leur projet de cotation. Si les groupes de santé Jiangsu Aosaikang et Ciming Health Checkup Management, ainsi que les sociétés de technologies NetPosa, Hebei Huijin Electromechanical, Nsfocus Information Technology et Beijing Forever Technology ont choisi de faire machine arrière, c'est parce que le gouvernement chinois est revenu, au dernier moment, sur sa promesse de moins s'immiscer dans les processus d'introduction en Bourse, au profit du marché, c'est-à-dire des investisseurs.

La Bourse de Shanghai a perdu plus du tiers de sa valeur en 4 ans

Pour mémoire, en novembre 2012, la Chine avait gelé le marché des introductions en Bourse afin de le réformer, l'objectif final étant de regagner la confiance d'investisseurs échaudés par des cours qui flambaient le premier jour de l'IPO pour mieux retomber dès le lendemain et stagner indéfiniment bien en-deçà du cours d'introduction. Une spécificité que le marché chinois des introductions en Bourse doit à l'interventionnisme de l'Etat, lequel décide si une entreprise a le droit de lever des fonds sur le marché actions, et à quel prix.

Des pratiques à mille lieues de celles des pays développés, et qui favorisent l'introduction en Bourse de sociétés détenues par l'Etat, au détriment des entreprises privées. Ces sociétés étatiques n'étant pas forcément les plus performantes en termes de chiffre d'affaires et de bénéfices, leur introduction en Bourse s'est souvent avérée être un désastre, au fil des mois. Résultat, les investisseurs ont fini par prendre la poudre d'escampette, si bien que la Bourse de Shanghai a perdu plus du tiers de sa valeur, au cours des quatre dernières années.

Des contrôles inopinés afin d'éviter la spéculation

Soucieuse de remettre la place financière chinoise d'équerre, la China Securities Regulatory Commission (CSRC, l'autorité de régulation boursière) avait promis, fin 2013, de mettre en place des processus de cotation moins politiques, et de laisser les investisseurs faire leur travail. Las ! Le 12 janvier dernier, à la surprise générale, la CSRC a décrété qu'elle allait remettre son nez dans les mécanismes d'IPO. Et pas qu'un peu.

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D'abord, les aspirants à la cotation en Bourse n'ont plus le droit de fixer un prix qui ferait ressortir une valorisation supérieure à la moyenne de leur secteur, en termes de PER (price earning ratio, rapport cours sur bénéfice par action). A moins de différer de trois semaines l'ouverture de la période de souscription des actions, afin de permettre aux investisseurs particuliers tentés par l'aventure de bien en soupeser tous les risques.

Ensuite, la CSRC se réserve le droit d'effectuer des contrôles inopinés des carnets d'ordres et des « road-shows » (présentations aux investisseurs). Le tout afin d'éviter que les entreprises, grisées par la nouvelle liberté qui leur est donnée de fixer elles-mêmes leurs prix d'introduction en Bourse, ne les placent trop haut, au risque de provoquer une bulle spéculative.

Neway Valve, valorisée deux fois plus cher que son secteur

Dans ces conditions, pas étonnant que six prétendants à la Bourse aient déjà mis un mouchoir sur leur ambition. "Si vous vou+lez permettre au marché de fixer les prix, celui-ci doit fonctionner correctement, ce qui n'est clairement pas le cas aujourd'hui", enrage Wei Yao, économiste à la Société générale, à Hong Kong. Mais, livré à lui-même, le marché chinois des IPO est-il réellement capable de fonctionner correctement ? Rien n'est moins sûr.

La preuve avec Neway Valve, la première entreprise à s'être introduite - le 17 janvier - sur le marché chinois depuis le dégel des IPO. Ce fabricant de valves avait fixé son prix d'IPO avant le 12 janvier, date à laquelle la CSRC était revenue sur son engagement de lâcher la bride au marché dans les processus d'introduction en Bourse. Un prix de 17,66 yuans, valorisant Neway Valve 46,5 fois son bénéfice par action de l'exercice 2012, contre un multiple de 21,2 seulement pour les valeurs du secteur manufacturier cotées à Shanghai.

Un marché boursier encore irrationnel

Difficile de ne pas voir dans cette valorisation si élevée la tentation, pour les actionnaires de Neway Valve, de profiter de la permission toute neuve de céder leurs actions dès l'IPO, alors que les clauses de lock-up qui prévalaient avant la réforme de 2013 les obligeaient à garder leur titres durant plusieurs mois, voire quelques années.

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 "Cette réforme ne fait qu'encourager les émetteurs et leurs banquiers à fixer des prix d'introduction en Bourse les plus haut possible", regrette Zhang Qi, analyste chez Haitong Securities à Shanghai. Tout simplement parce que le marché boursier chinois, âgé d'une vingtaine d'années seulement, est encore dominé par une irrationalité liée à son manque de maturité et à une tradition encore vive d'opacité dans les affaires. C'est d'ailleurs en partie pour cela que la Chine souhaite accorder davantage de place aux investisseurs étrangers sur ses marchés financiers.

Christine Lejoux

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