Comment Picxel piste nos émotions

Carole Payrau

Carole Payrau
Lorsque la high tech croise les sciences humaines au carrefour de l'innovation, cela donne Picxel. Fondée à Marseille il y a 5 ans par Axel Boidin, cette start-up développe une solution informatique dont la spécificité est la lecture des émotions. Concrètement, ce logiciel fonctionne par le biais d'une webcam et de capteurs placés sur divers points du visage restitué à l'écran. Capteurs analysant les expressions faciales et les traduisant par le biais d'émoticônes. "Cinq entreprises sont positionnées sur ce créneau dans le monde, dont deux en France, à savoir Picxel et notre concurrent direct, basé à Grenoble. Notre spécificité, c'est que nous sommes les seuls à pouvoir identifier douze émotions", explique Axel Boidin, qui a travaillé pas moins de 4 ans pour mettre au point cette technologie.
Car la question, c'est bien celle-ci : quelles sont les applications de cette solution informatique ? Axel Boidin en identifie pour l'heure deux principales. Soit deux secteurs sur lesquels le dirigeant entreprend de s'imposer. Celui du parfum, tout d'abord, et plus précisément des tests consommateurs précédant la mise sur le marché de nouveaux produits.
La captation des expressions faciales des sujets serait donc plus efficace en la matière que l'utilisation de vecteurs plus traditionnels, type sondages.
L'idée étant de passer ensuite au big data et d'en faire une base de données exhaustive. Le logiciel a déjà conquis divers entreprises du secteur. "Nous comptons L'Occitane en Provence parmi nos clients. Et certains parfumeurs de Grasse. Nous nous étions rapprochés du pôle Pass pour faire connaître notre solution, et cela a fonctionné", avance Axel Boidin.
Autre secteur, celui de l'ergonomie de sites web, sur lequel Picxel travaille déjà aux côtés d'un client, la société marseillaise Welcome Max.
Picxel permettrait donc de faire remonter aux concepteurs divers types d'informations quant à l'interprétation du taux de rebond.
Sans doute un gain de temps non négligeable. Le dispositif nécessite bien sûr que l'utilisateur accepte d'allumer sa webcam et se prête à l'expérience.
Deux marchés pour l'heure. Sans doute bien davantage dans l'avenir, projette Axel Boidin évoquant également les applications possibles dans le domaine de l'automobile, de l'aéronautique, ou encore de la robotique. "À l'ère des premiers robots de service à la personne, un logiciel de lecture des émotions intégré à ces derniers sera incontournable pour comprendre ceux qui en auront l'usage", illustre-t-il. Ainsi, la marge de manœuvre de cette nouvelle technologie semble prometteuse. "Nous sommes conscients que nous sommes en avance sur notre marché. Nous avons entre les mains un diamant brut que nous taillons peu à peu". Pour l'heure, il vise pour 2016 un chiffre d'affaires de 200 000 €, sachant qu'il a déjà réalisé 130 000 euros depuis janvier. "Nous avons également effectué l'année dernière une levée de fonds, à hauteur de 400 000€. La BPPC, notamment, est entrée à notre capital". Des sommes qui devraient permettre à Picxel d'atteindre ses objectifs pour 2016, à savoir "finir la transition technologique de notre produit". 2017 sera quant à elle l'année du développement commercial, pour lequel une nouvelle levée de fonds est d'ores et déjà envisagée.
Carole Payrau