L'innovation est dans la vigne

Laurence Bottero

Laurence Bottero
Une production de l'ordre de 4 millions d'hectolitres ces dernières années, 5. 284 exploitations professionnelles et 89 .500 hectares de vignes de cuve : sans conteste, la viticulture n'est pas le moindre des secteurs en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Si la région, grande productrice de rosés, couleur qui a la cote, a peut-être davantage tiré son épingle du jeu que d'autres face aux vicissitudes rencontrées ces dernières années - baisse de la consommation, concurrence des vins dits du Nouveau Monde... -, elle n'en cherche pas moins à coller aux tendances du marché pour se maintenir, voire trouver d'autres relais de croissance.
Pour ce faire, si un réflexe peut donner un coup de pouce en la matière, c'est bien le recours à l'innovation. Car le monde de la viticulture sait regarder vers l'avenir... et à tous les niveaux.
Jean-François Césarini, directeur général de la French Tech Culture, ne le dément pas. « En initiant notre concours national, nous nous sommes rendu compte que les startups innovantes émergeaient non seulement du domaine de la production du vin, mais aussi de celui de la promotion. Si bien que nous réfléchissons pour la prochaine édition à proposer deux prix et non plus un seul, afin de couronner les innovations prises sur ces deux orientations ».
C'est un fait, des vents nouveaux soufflent en aval, sur les méthodes de vente. De jeunes pousses sortent du bois et entendent bousculer l'approche commerciale (cf. encadrés). C'est par exemple le cas de l'avignonnaise Oenojet, qui a mis en place un service de livraison personnalisé de vins et spiritueux, selon le principe développé par une célèbre chaîne de fleuristes... L'idée étant de conclure des partenariats avec des cavistes se chargeant justement de porter le précieux cadeau en mains propres.Mais c'est aussi, à Marseille, le cas du Club de Vins by Tony Toméi, qui lui aussi fait tourner son entreprise sur un concept novateur : se positionner comme négociant tout en proposant l'approche et les services d'un club, comme son nom l'indique.
De fait, il cible prioritairement les réseaux d'entrepreneurs et autres clusters, sans pour autant négliger le particulier : il propose des événements visant à une sensibilisation du produit viticole et distille des conseils personnalisés.
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Dans les deux cas, un tronc commun s'impose : la rationalisation des coûts via un recours accru à la Toile. Les premiers ont fait le choix de l'e-commerce... tandis que le second a très vite abandonné l'idée du négoce en dur pour privilégier les réseaux sociaux, le contact direct dans les clubs d'entreprise, le mail et le téléphone. Ses stocks restant chez les producteurs...
Autre similitude, si ces solutions marchent, c'est parce qu'elles font du bien à des professionnels qui souffrent de la mévente de leurs vins. « Les cavistes sont pris en étau par le Net et la grande distribution qui casse les prix des bouteilles... Ils ne sont donc pas hostiles à la solution qu'on leur propose, tant s'en faut. Nous n'avons donc aucun mal à conclure de nouveaux partenariats », avance Claire Ménétrier, cofondatrice d'Oenojet.
Même schéma du côté de Tony Toméi :
Mais les fées innovations savent aussi se pencher sur le berceau de la cuve elle-même. Des technologies synonymes de modernité qui permettent déjà de coller au goût du consommateur. Et celui-ci fluctue...
Car si un cru a été couronné de succès, les viticulteurs vont évidemment faire en sorte de produire un vin avec les mêmes caractéristiques d'une année sur l'autre... C'est possible en adoptant des méthodes de vinification modernes : depuis une quinzaine d'années, la majorité des producteurs jouent ainsi sur les températures, les intrants tels que les levures, et optent pour un élevage en barrique de bois puisque ce dernier, selon son espèce, va aussi conférer des arômes.
Plus en amont encore, d'autres innovations permettent quant à elles d'optimiser la production, tant au plan qualitatif que quantitatif. Elles riment parfois avec le numérique : applications Web intégrant les données du terroir et du millésime à même de fournir à l'œnologue des informations décisionnelles pour une gestion du vignoble au jour le jour ; capteurs infrarouges visant à détecter les stress dont souffre le vignoble ; gestion modernisée de l'irrigation... C'est notamment ce que propose la Société du canal de Provence aux viticulteurs de son territoire :
Autre innovation, celle de la société vauclusienne Air Pixels, qui a su adapter le drone à la surveillance des vignobles.
Depuis peu, ce dernier se positionne donc sur le segment de marché de la viticulture. Sa solution : le couplement d'un drone du commerce, donc à bas coût, et d'une solution informatique permettant de guider l'exploitant là où la vigne subit l'assaut des maladies et autres champignons.
Toutefois, loin des sirènes de la consommation de masse et de la volonté d'optimisation de la production, « une autre tendance s'affirme aussi, en rupture avec tout cela : le retour à l'authentique », surenchérit Jean-François Méry, viticulteur en Côtes-du-Rhône au domaine des Clefs d'Or, à Châteauneuf-du-Pape. Œuvrant en agriculture raisonnée, l'homme n'a de cesse de constater, fort de sa participation à des salons professionnels, qu'il existe bel et bien aujourd'hui un marché pour des produits qui laissent davantage parler la nature.
Vendanges manuelles, rotation des cultures, et recours au biocontrôle ont-ils de beaux jours devant eux ? D'aucuns ont tendance à le penser, face aux questions de sécurité alimentaire et de respect d'une planète parfois exsangue sous l'effet des produits phytosanitaires.
Preuve que le vent tourne, « depuis dix ans, toutes les multinationales agrochimiques, à l'instar de Monsanto, Bayer ou Syngenta achètent des sociétés de biocontrôle. Pour l'heure, ce dernier ne représente que 5 % du marché total de la protection des plantes, estimé quant à lui à 2 milliards d'euros. Mais la volonté de faire baisser la chimie s'affirme de plus en plus, notamment chez nos politiques », observe Frédéric Favrot, président de Koppert France, première société à s'être lancée voilà cinquante ans sur ce créneau porteur.
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Créneau qui a lui aussi évolué pour diversifier ses solutions : macro-organismes ou insectes, micro-organismes ou champignons microscopiques, phéromones et kairomones, substances naturelles, telles les extraits végétaux et d'algues, les enzymes, les huiles essentielles... Mais il n'y a pas qu'entre les ceps de vigne que le viticulteur du domaine des Clefs d'Or laisse parler la nature. C'est aussi le cas lors de la vinification. Paradoxalement, certaines technologies émergentes permettent aussi de flirter avec l'authentique : on revient en effet à des cuves en béton, celles-ci de forme ovoïde, de nouvelles gammes de pressoir et de pompes... Qui sait, peut-être que finalement, le vin conjuguera son avenir avec un retour à la tradition. La nature reprendrait-elle ses droits ?
Laurence Bottero