Quand Twitter donne la météo des marchés financiers

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Twitter est de plus en plus utilisé dans le monde de la finance, où il est devenu un  outil véritablement indispensable qui aide à prendre le pouls du marché.
Twitter est de plus en plus utilisé dans le monde de la finance, où il est devenu un "outil" véritablement indispensable qui aide à prendre le pouls du marché. (Crédits : reuters.com)
Le concurrent de Facebook va à son tour s'introduire en Bourse. L'occasion de revenir sur le rôle d'outil que joue Twitter pour le monde de la finance. Explications.

Comme prévu, Twitter s'introduit en Bourse ce jeudi. Désormais, Twitter sera donc doublement scruté depuis les salles de marché. D'une part, pour suivre le cours de son titre et, d'autre part, pour son effet "boule de cristal" observé depuis quelques années déjà.

En effet, le site de micro-blogging est devenu un "outil" indispensable pour le monde de la finance, dans la mesure où il permet de prendre le pouls du marché. Rappelons à cet égard que d'après une étude américaine intitulée "Twitter mood predicts the stock market", réalisée par Johan Bollen et Huina Mao, chercheurs à l'université de l'Indiana, et publiée en 2010, Twitter permettrait d'anticiper les mouvements de l'indice Dow Jones avec une précision de l'ordre de 87%.

Twitter a poussé les portes fermées de la finance

En France, on n'en est pas encore là. Rien de comparable avec les États-Unis, qui sont les pionniers dans ce domaine. Mais, petit à petit, Twitter tend à prendre une place prépondérante dans le monde de la finance. Nicolas Chéron, trader chez le courtier en ligne FXCM, confirme:

"Le concept des traders qui discutent entre eux sur des plateformes fermées à tous est en train de disparaître en faveur de Twitter".

A tel point que même le trading à haute fréquence (HFT), toujours en quête de plus grande vitesse de réaction, s'est mis à Twitter lui aussi. En d'autres termes, des algorithmes - ces programmes informatisés qui traitent désormais près de 70% des transactions aux Etats-Unis et 50% en Europe - analysent les informations provenant des tweets.

Twitter permet un gain de temps

Il faut dire que Twitter fait gagner du temps, selon Nicolas Chéron:

Aujourd'hui, certaines informations tombent plus vite sur Twitter que sur Reuters. La sélection de Bloomberg, c'est gentil mais…

Encore faut-il suivre les bonnes personnes. "Car on peut facilement passer une journée entière sur Twitter", concède Guillaume Dumans. Il faut donc distinguer deux catégories de twittos, selon le Président de Saxo France:

"Ceux qui reprennent un fil de dépêches comme Reuters et ceux qui ont l'information par eux-mêmes. Dans le premier cas, la priorité étant donnée aux agences, Twitter ne fait pas gagner de temps. Mais dans le second cas, on peut dire que si".

Twitter, plus puissant que Reuters ?

D'ailleurs, certains vont même jusqu'à penser que Twitter serait en passe de détrôner Bloomberg ou Reuters. Et le président de Saxo Banque va plus loin:

"Twitter, c'est un fil Reuters! Il faut guetter, suivre les bonnes personnes, avoir les bons relais, utiliser certains outils, ce qui demande un peu de temps, c'est sûr. Mais une fois qu'on a paramétré un bon fil Twitter, ça devient beaucoup plus puissant qu'un fil traditionnel comme Reuters".

Guillaume Dumans n'est toutefois pas de cet avis. Pour lui, Twitter reste pour l'instant un canal d'information supplémentaire, utilisé pour son rôle de baromètre de l'humeur des marchés:

"Twitter donne une bonne perception du bruit global disponible".

Des indicateurs de "sentiment de la foule"

Ainsi, des sociétés comme Saxo Banque ont créé des indicateurs (en l'occurrence le Saxo Tweet Index) mesurant le sentiment des investisseurs grâce à Twitter. "Des robots analysent le flux Twitter dès qu'il y a certains mots-clefs. Le robot attrappe ce tweet et analyse s'il est positif ou négatif", explique Pierre-Antoine Dusoulier, le président de Saxo France. Ensuite, un algorithme additionne tous les sentiments positifs et négatifs des tweets analysés, et compare le résultat à la moyenne des 20 jours précédents.

Le Président de Saxo Banque France voit cela comme une "super revue de presse":

Le temps où des fonds, comme celui de Georges Soros, faisaient travailler des agences de communication dans différents pays afin de savoir si ça valait le coup d'y investir ou non est révolu. Twitter fait en quelque sorte la même chose: il donne une super revue de presse qui permet de récupérer des analyses déjà faites. Les informations sont traitées d'un coup.

Dès lors, comment analyser l'information ? Pierre-Antoine Dusoulier reconnaît que la tâche n'est pas évidente:

L'indicateur peut être "avancé" (en avance) ou "contrariant". Par exemple, dans le premier cas, si les gens parlent positivement de l'euro dollar, alors ça va monter. Mais dans le second cas, si les gens parlent positivement de l'euro dollar, on se dit que ça va baisser. On peut l'interpréter différemment. (...) Si ça marchait à tous les coups ça serait trop facile.

De l'importance d'une bonne interprétation

En effet "une simple photographie de ce qui se dit sur Twitter ne suffit pas", estime Guillaume Dumans. Il faut savoir quelle grille de lecture utiliser. Or, c'est là tout l'enjeu de la "finance comportementale" qui doit permettre de savoir s'il faut suivre une tendance ou s'il faut aller à contrario.

C'est ce que fait depuis trois ans la société 2Bremans.com qui analyse le comportement des investisseurs. Le bureau d'étude pour lequel travaille Guillaume Dumans a ainsi dégagé un "seuil contrariant":

"On détecte les excès d'optimisme. Nous avons établi des zones qui permettent de distinguer les phases qui vont du positif à l'euphorie et du négatif à la grande peur, voire à la panique complète".

Ainsi, en cas d'extrême euphorie, la Bourse aura tendance à prendre le contrepied de ce que fait la foule.

Mais les traders ne sont pas les seuls à prendre le pouls des marchés sur Twitter. Les sociétés du Cac 40 aussi. "Elles parviennent à détecter  les grandes tendances par rapport à ce qui est dit sur Twitter qu'elles utilisent comme un outil de tracking pour suivre leur évolution boursière", poursuit Guillaume Dumans.

Les "investisseurs lambdas" ne sont pas en reste. Eux aussi peuvent s'essayer à la finance grâce à Twitter. Oui mais comment savoir quelles sont les (bonnes) opérations à réaliser, ou du moins les profils à suivre sans être noyé par le flux d'information ? Les sites Interactiv trading et dailyfx.com qui regroupent des réseaux de traders et d'investisseurs peut s'avérer être une solution pour permettre d'avoir une bon aperçu du marché. A vos tablettes...

Pour aller plus loin: L'entrée en Bourse de Twitter en 10 hashtags

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Commentaires
a écrit le 08/11/2013 à 11:58 :
Beaucoup d'analystes de seconde zone publient leurs anticipations boursières sur Twitter .....car il faut bien reconnaitre que les vrais décideurs et stratèges qui influent sur les cours de bourse ne s'expriment pas sur ce réseau social (n'imaginez pas le stratèges de Goldman Sachs faire part de ses analyses sur Twitter.....on comprend bien pourquoi eu égard à la non gratuité de la recherche de tels cabinets d'analystes )
a écrit le 08/11/2013 à 0:17 :
Une application realisee par des franco singapourien traite ce genre de signaux twitter
FinSentS

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