Avec ses startups internes, Soc Gen industrialise la culture de l'innovation... et de l'échec

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Les équipes de l'une des 60 startups accélérées dans le cadre du programme d'intrapreneuriat lors d'une session de travail.
Les équipes de l'une des 60 startups accélérées dans le cadre du programme d'intrapreneuriat lors d'une session de travail. (Crédits : Société Générale)
La banque de La Défense a lancé en 2017 un vaste programme d'intrapreneuriat qui a abouti à la création de 60 startups, soutenues par les membres du comité de direction. Aujourd'hui, 36 sont encore en vie.

« C'est le plus grand programme d'intrapreneuriat mis en place par un grand groupe, dans son ampleur et dans les moyens d'accompagnement mobilisés », se targue Frédéric Oudéa, le directeur général de Société Générale, en faisant référence à l'Internal startup call (ISC), le programme de startup interne qu'a lancé la banque de La Défense en octobre 2017, dont il présentait le premier bilan ce mardi 14 mai.

Cette initiative, dont le budget n'a toutefois pas été communiqué, vise à stimuler l'innovation au sein de l'établissement bancaire et a donné la possibilité aux collaborateurs du groupe de se constituer en équipes pour développer des startups, chacune soutenue par un membre du comité de direction. « J'ai moi-même été sponsor d'une startup », précise le patron de Société Générale.

« Il faut replacer cette initiative dans un cadre plus large. Dans le secteur bancaire, la capacité d'innovation pour apporter un meilleur service aux clients, accessible en permanence, en temps réel, moins cher qu'avec les canaux traditionnels, est l'enjeu numéro un pour survivre aux évolutions du marché », expose-t-il.

Au total, 600 idées ont été soumises sur la plateforme interne dédiée, qui a enregistré 15.000 connexions. Une première sélection a permis de retenir 70 startups. « Finalement, 60 startups sur les 70 du début ont été accélérées dans nos 20 incubateurs partenaires car toutes les idées ne correspondaient pas forcément à une réalité. Cela montrait dès le début qu'il y avait un droit à l'échec », souligne Claire Calmejane, directrice de l'innovation du groupe. Une notion jusqu'à présent peu valorisée au sein de l'établissement.

Le droit à l'échec

La banque rouge et noire insiste sur sa volonté de mener une révolution culturelle pour inciter l'ensemble des collaborateurs à s'emparer des nouvelles technologies, « de les voir comme une opportunité et non comme une menace », fait valoir Frédéric Oudéa. « Le fait que chaque membre du comité de direction soit sponsor d'une startup permet de comprendre quel type d'agilité est requise pour tester, expérimenter et accepter que ça ne marche pas », explique-t-il.

« J'ai invité des collaborateurs à célébrer l'arrêt de leur projet car il ne doit pas être vécu comme un échec. Le développement d'une licorne, c'est une série de corrections », poursuit-il.

Ce processus d'itération a conduit à l'arrêt de 24 startups. Parmi elles, celle dont Frédéric Oudéa était sponsor et dont l'objectif était d'optimiser les dépenses liées à l'énergie et aux télécoms. « Le réseau de distribution n'était pas prêt à accueillir le projet », commente le directeur général. Etik, une néobanque collaborative et solidaire,  elle non plus, n'a pas vu le jour. « Après huit mois d'accélération, le projet a été mis en suspens car il n'a pas été considéré comme prioritaire », explique Rhizlane el Bouazzaoui, l'une de ses créatrices, qui espère « capitaliser sur ses apprentissages pour en faire profiter ses collègues ».

Blockchain, cybersécurité et intelligence artificielle

Sur les 36 startups toujours en vie, 22 ont rejoint un métier de la banque, 14 autres ont obtenu un « sursis » de quelques mois car elles n'étaient pas encore suffisamment matures. Sur ces 36 jeunes pousses, huit pourraient bénéficier d'un investissement de Société Générale Ventures, le fonds de corporate venture de la banque. Doté d'une enveloppe de 150 millions d'euros, ce fonds étudie la possibilité d'investir dans Forge, qui vise à créer une plateforme d'accès aux crypto-actifs pour les clients du groupe Société Générale et qui a notamment participé à la première émission obligataire sous la forme d'actifs numériques. La « short list » comprend aussi le projet Clipeum, qui propose d'utiliser la Blockchain pour mutualiser les procédures de KYC (connaissance client) des différentes banques. Figurent également une solution de cybersécurité, un outil d'intelligence artificielle pour scanner les jurisprudences et augmenter l'efficacité des juristes internes au groupe, ou encore une solution d'optimisation des achats de données de marché.

Ce fonds est dirigé par Didier Lallemand, lui-même passé par l'Internal startup call.

« J'ai participé, avec deux autres collaborateurs, à la création de la startup AWKN, qui propose d'améliorer l'efficacité des formations dans les grands groupes. C'est aujourd'hui une entité indépendante, qui compte pour premier client Société Générale », explique-t-il.

À présent, la banque entend industrialiser les méthodes d'innovation éprouvées par ses intrapreneurs.

« Un deuxième startup call sera lancé. Nous nous questionnons encore sur la forme qu'il prendra », indique Claire Calmejane.

L'initiative fait déjà des émules et Société Générale Assurances prévoit de lancer un projet d'intrapreneuriat spécifiquement dédié aux métiers de l'assurance. Baptisé Rocket, il a été dimensionné pour coacher 300 collaborateurs environ.

Soigner sa marque employeur

La banque de La Défense n'est pas le seul acteur de la finance à s'être lancé dans une telle démarche. BNP Paribas a déployé plusieurs dispositifs visant à encourager ses collaborateurs à se lancer dans l'aventure intrapreneuriale, comme l'incubateur Innovation Booster, le People's Lab en France, le Home for Innovation en Belgique ou encore Lux Future Lab au Luxembourg. En France, l'assureur Allianz a, lui aussi, développé un programme d'intrapreneuriat pour promouvoir des projets d'innovation incrémentale ou de rupture.

En plus de diffuser une culture d'innovation auprès des collaborateurs, ces initiatives peuvent également contribuer à améliorer la marque employeur de ces établissements, en quête de nouveaux talents pour mener leur transformation. C'est ce que montre une étude menée par Allianz France en partenariat avec l'Ifop : 67% des étudiants interrogés affirment que lorsqu'ils chercheront un emploi, ils seront plus sensibles aux entreprises proposant une démarche d'intrapreneuriat.

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