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"L'économie s'améliorera en 2011"

latribune.fr

Publié le 18 octobre 2010 à 06:14

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Dans le grand entretien que publie ce lundi La Tribune, Isabelle Seillier, la Présidente de JP Morgan France se montre relativement optimiste sur la conjoncture, tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde. Elle aborde également l'impact des nouvelles normes Bâle III et les règles d'encadrement des bonus.

 Comment voyez-vous la conjoncture économique américaine ?
J.P.Morgan dispose d'un important réseau historique aux Etats-Unis qui constitue un bon observatoire de l'économie. Au début de l'année, les Etats-Unis étaient sur une tendance extrêmement positive, mais qui a été suivie d'un coup d'arrêt brutal au deuxième trimestre, avec une économie qui ralentissait et un chômage important. Depuis la fin de l'été, on a retrouvé une économie américaine mieux orientée. A cet égard, l'activité de banque de détail de J.P.Morgan au troisième trimestre montre des signes encourageants de l'économie. Il est vrai qu'il existe encore des signes un peu inquiétants comme l'immobilier, le chômage et le moral des ménages. Mais l'environnement est favorable : les taux d'intérêt sont bas, et les entreprises disposent d'une trésorerie importante. Nous ne croyons pas à une double récession mais au contraire à une reprise progressive de l'économie.

Cette croissance peut-elle être durable ?
Les Etats-Unis jouent beaucoup sur le dollar à travers la politique accommodante de la Fed. Les américains épargnent plus qu'auparavant mais la consommation va continuer, même si elle ne sera pas au même niveau qu'en 2007. Les Etats-Unis ont toujours tiré la croissance mondiale et l'économie s'améliorera en 2011. Nous croyons au scénario de reprise même si celui d'une croissance molle est probable.

Le marché immobilier se redresse-t-il ?
L'immobilier commercial ne reprend pas. Il reste encore beaucoup de stock. Quant à l'immobilier résidentiel, nous avons suspendu 56.000 dossiers de saisies, offert des modifications de contrats à plus de 900.000 clients et rencontré 140.000 d'entre eux pour traiter leurs problèmes. Beaucoup de choses sont faites pour améliorer la situation du marché et enrayer sa chute, même si le marché ne donne pas encore de signes d'améliorations.

 Comment avez-vous reçu les nouvelles normes réglementaires de Bâle III ?
Avec 9% de ratio de solvabilité « Tier 1 » à horizon 2011, nous sommes dans la norme exigée. Il fallait renforcer les fonds propres des banques. Reste à savoir s'il y aura, pour les grandes banques, une exigence supplémentaire de 2% qui serait probablement jugée comme excessive. En revanche, il doit y avoir une révision des ratios de liquidité. Même J.P.Morgan ne remplit pas ce critère alors que nous sommes le deuxième réseau américain en termes de dépôts. Aujourd'hui le plus grand risque qui menace l'économie c'est une règlementation trop complexe. A superposer trop de contraintes, on prend le risque de limiter la capacité des banques à prêter et de renchérir le coût du crédit pour les entreprises.

Quel regard portez vous sur la réforme de la régulation financière adoptée cet été ?
Le vrai défi va être d'appliquer le texte voté. Je rappelle que le texte de la réforme Dodd-Frank implique encore la rédaction de 285 décrets d'application. Pour notre établissement, cela suppose que nous remettions 92 nouvelles études lors de la mise en ?uvre de la réforme et que nous éditions 44 rapports périodiques.

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Concrètement, comment allez vous la mettre en oeuvre ?
Nous ferons ce que les autorités voudront ; nous avons déjà prévu de rapidement mettre en ?uvre les nouvelles règles concernant le trading pour compte propre. Mais il ne faut pas aller trop loin dans la régulation ; revenir à la séparation des banques d'investissement et des banques commerciales (Glass Steagall Act, ndlr), comme certains le préconisent, est absurde. Il ne faut pas oublier que nous avons racheté Bear Stearns, à la demande du Trésor américain, il y a seulement deux ans pour lui éviter la faillite. Nous sommes partisans du modèle de banque universelle. Le point clé n'est pas la taille des banques, puisque des petits établissements ont également fait faillite, mais c'est la gestion des risques.

Quel sera l'impact pour J.P.Morgan de la limitation des commissions des cartes de crédit aux Etats-Unis ?
Nous avons évalué qu'elle nous coûtera 750 millions de dollars de revenus par an. Nous sommes encore dans le problème d'un excès de réglementation. Pourquoi réguler davantage un secteur ultra concurrentiel. Les consommateurs américains ont un choix très large d'émetteurs de cartes de crédit s'ils estiment que le leur est trop cher. Cette mesure va encore contribuer à baisser la rentabilité des banques. Si c'est le prix à payer d'une certaine sécurité, il faut l'accepter, mais il ne faut pas que cela débouche sur une contraction du crédit.
Comment les banques sont-elles perçues aujourd'hui outre-Atlantique ?
Il existe un vrai clivage entre les banques et l'opinion. Et cela est valable quel que soit le type de banque. J.P. Morgan qui n'avait pas besoin d'être aidé par l'Etat américain et qui a répondu à la demande du Trésor en sauvant deux banques, est pris dans l'amalgame général des banques.

Pensez-vous que les banques pourront maintenir les règles sur l'encadrement des bonus ?
Il faut respecter ces règles mais nous faisons face à une rude concurrence de certaines banques qui débauchent à prix d'or. Pour le moment, nous résistons en essayant tout de même de rester compétitifs pour garder nos équipes. Dans certains cas de hauts cadres, les arbitrages remontent jusqu'au conseil d'administration. Mais nous avons perdu des équipes car nous ne souhaitions pas nous aligner sur par exemple des bonus garantis qui existent toujours dans certains établissements. Néanmoins, ce n'est pas toujours l'argent qui est déterminant pour retenir nos talents : le système de paiement en actions différé est très motivant, notre marque et notre stabilité constituent aussi des arguments attractifs.

A quand la reprise tant attendue des fusions-acquisitions ?
Les transactions reprennent aux Etats-Unis et en Asie, ainsi que les LBO globalement. En Europe, l'activité n'est pas encore très forte. 2010 est une année de transition mais les opérations reviendront. Les entreprises sont en bonne santé mais ont encore une visibilité incertaine. Il y a énormément de réflexion stratégique dans les entreprises mais sans précipitation. Aujourd'hui les discussions achoppent encore le plus souvent pour des raisons de prix.

Comment va évoluer le secteur bancaire ?
La perspective des nouvelles normes règlementaires avait gelé les opérations. Désormais, il y a davantage de visibilité et les mouvements vont reprendre. Nous nous attendons à beaucoup de consolidation bancaire aux Etats-Unis car le secteur est encore très éclaté au niveau local, en dehors des géants nationaux. En Europe, cela sera différent. Les banques vont choisir les métiers sur lesquels elles se concentreront, notamment en fonction de leurs exigences en capital. Les banques ne pourront plus exercer tous les métiers comme avant. Il y aura ensuite une concentration dans chaque métier comme cela a commencé dans la gestion d'actifs. Mais avant tout, il faut restaurer la confiance et retrouver une stabilité règlementaire.

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Comment se porte J.P.Morgan en France ?
D'une manière générale, le groupe est très attaché à l'Europe et particulièrement à la France où notre PDG Jamie Dimon vient régulièrement. Nous sommes fortement implantés en France depuis longtemps et nous y avons un engagement prioritaire de développement. Nous avons récemment créé une « joint venture » entre la banque d'investissement et la banque privée pour développer le conseil en fusions et acquisitions aux sociétés de taille moyenne et aux entreprises familiales. La banque privée est un des axes de développement au niveau mondial et en France, de même que la banque d'entreprises pour lequel nous avons récemment procédé à des recrutements pour renforcer l'équipe.

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