Barclays France ferme le robinet des prêts immobiliers

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Alors que le crédit immobilier constituait depuis cinq ans le point fort de la banque haut-de-gamme dans sa stratégie de conquête de clients, les prêts sont désormais distribués au compte-goutte.

Huit mois après, les courtiers en crédit immobilier n'en reviennent toujours pas. Barclays France, qui pratiquait depuis cinq ans une politique tarifaire offensive, voire imbattable sur certains profils, refusent tous leurs dossiers de prêt. Et ce depuis le mois de mai. "Ils sont sortis du marché, même pour un couple dans leur cible, gagnant 7.000 euros par mois", se lamente l'un d'eux. Une information confirmée par trois autres courtiers. Quant au crédit immobilier réalisé en direct, même refrain. "Seuls les clients de la banque et quelques rares prospects très haut-de-gamme sont servis à des taux raisonnables", confie un cadre maison.

"Certes, nous n'avons pas été les mieux-disants ces derniers temps. Avec la baisse des taux, nous avons choisi de ne pas participer à la guerre des prix. Mais nous continuons le crédit pour accompagner la stratégie patrimoniale de nos clients", répond Nathalie Couveignes, directrice marketing de Barclays France. Et pour 2011 ? "Notre politique tarifaire sera équilibrée", ajoute-t-elle.

D'après nos informations, l'enveloppe consacrée au crédit immobilier pour le premier semestre serait en réalité drastiquement réduite. Et, pour la suite, c'est un point d'interrogation. Bien sûr, il n'est pas rare de voir une banque délaisser un temps un produit financier pour un autre. Sauf que le crédit immobilier est au coeur de la stratégie de conquête de nouveaux clients. Car l'achat d'un logement est, avec le déménagement, le principal motif de changement de banque. S'ils se déclarent souvent insatisfaits de leur banquier, les Français sont fidèles : la durée de vie moyenne d'un compte courant est de onze ans. Même si ce n'est pas marqué dans les contrats, le crédit immobilier est également la meilleure façon d'obliger le client à verser ses salaires sur le nouveau compte.

Un ordre "venu d'en haut"

Une problématique de la "domiciliation des revenus" dont Barclays France fait pourtant sa priorité stratégique. L'offre marketing "Barclays Premier", lancée il y a un an et demi, poursuit d'ailleurs cet objectif : le forfait mensuel et la carte Mastercard Platinum sont offerts à condition de verser chaque mois 3.000 euros sur le compte. Cette cible des jeunes actifs en constitution de patrimoine, que vise Barclays, fait de l'accession à la propriété la priorité des priorités. Alors, comment expliquer ce grand écart entre la stratégie affichée et la fermeture du robinet des crédits ? D'autant que la banque compte passer de 60.000 à 110.000 clients aisés d'ici à 2013.

"Avec l'offre Barclays Premier, notre palette s'est élargie. Le crédit immobilier n'est plus la seule corde à notre arc", explique Nathalie Couveignes. En interne, l'explication est toute autre : "l'ordre serait venu d'en haut, de la maison-mère en Angleterre, qui pratique la politique classique du "stop and go" à l'anglo-saxonne", se lamente un cadre de la banque. Vu du siège social, dont Barclays France est une simple succursale, et non une filiale, le crédit immobilier coûte cher. Et le retour sur investissement est incertain. D'abord parce que, face à la baisse des taux, les emprunteurs ont renégocié en masse leur crédit, quitte à changer de banque.

D'après Meilleurtaux, en 2010, 20% des clients sont venus pour un rachat de crédit. Avec une explosion depuis, justement, le mois de mai. Ensuite, parce que le retour sur investissement d'un crédit immobilier est lent. Dans le cas d'un jeune couple, qui met toutes ses économies dans l'achat de son logement, il faut environ dix ans à la banque pour rentrer dans ses frais grâce à la vente de produits financiers. Reste à savoir si la maison-mère aura la patience d'attendre ce délai.

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a écrit le 16/12/2010 à 13:21 :
L'immobilier s'envole? Aucune importance tant que ce sont les riches qui achetent entre eux. Mais si on a affaire a un pauvre salarie qui doit se mettre un gros credit sur le dos pendant 30 ans; alors il faut croire que le risque est devenu insense. Barclay's fait bien de se retirer. Les prix dans l'immobilier sont appeles a plonger. Comment le gars va-t-il payer ses mensualites de credit quand tout le reste augmente? Assurances, complementaire medicale, etc
a écrit le 16/12/2010 à 12:22 :
Une banque est une vendeuse de services financiers dont les prêts immobiliers. Refuser un prêt et accepter un autre avec les mêmes hypothèses, n'est ce pas assimilable à un refus de vente?
Réponse de le 16/12/2010 à 20:41 :
elle ne refuse pas de vendre, elle pratique simplement une politique de taux hors marché !
Réponse de le 20/03/2011 à 15:50 :
Effectivement, le crédit vous sera accordé mais à un taux bien supérieur à celui du marché
a écrit le 16/12/2010 à 11:53 :
Barclay's comme le savent ceux qui ont suivi la crise financière depuis 2008, est la seule grande banque anglaise à dimension mondiale qui n'ait pas sauté.C'est donc a priori une banque qui a le sens du risque. Il peut être utile de rappeler à ce sujet , qu'elle a laissé échapper une fusion avec Abn Amro Bank, ses actionnaires veillant au grain, en lui évitant la faillite* qui a frappé les mieux disant dans ce rapprochement vu à l'époque (2007) comme une opération d'envergure exceptionnelle, c'est à dire Fortis et RBS.

* ces grands établissements ayant été nationalisés ou mis sous perfusion de leur gouvernements respectifs et/ou céder par morceaux
Réponse de le 17/12/2010 à 14:28 :
Très bonne analyse de la situation.
Réponse de le 21/12/2010 à 12:17 :
Mouais, Le banquier est un fossoyeur pour l'économie..on a bien vu les ravages du mélange des genres : Banques d'affaires et banque de détail..
C'est pas grave, c'est le pauvre qui paie...et comme ils sont très nombreux...il y a pas besoin d'en prendre trop par tête de pipe..

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