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Entreprises & FinanceBanque

Le nouveau "future" sur la dette française fait pschitt

Sophie Rolland

Publié le 16 avril 2012 à 15:08 - Mis à jour le 16 avril 2012 à 15:10

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Le nouveau contrat à terme sur les Obligations Assimilables du Trésor français a visiblement davantage intéressé les politiques et les médias que les investisseurs. Alors que le lancement de ce nouveau "future" d'Eurex est vu par certains comme une menace à quelques jours des élections, les volumes échangés lundi sont restés très modestes.

Où sont donc passés les snipers qui devaient se déchaîner contre notre beau pays dès que les nouveaux contrats à terme sur la dette française seraient mis à leur disposition ? En ce premier jour de cotation du « future » sur Eurex (filiale de Deutsche Boerse, Eurex est le premier marché à terme du monde, devant le CME et le LIFFE), ils avaient visiblement décidé de rester discrets.

Des volumes faiblards
De fait, les investisseurs ne se sont pas jetés sur un produit qui leur permet de prendre l'engagement ferme d'acheter ou de vendre une quantité convenue d'Obligations Assimilables du Trésor (OAT) à un prix et à une date fixés à l'avance. Un peu avant 15h30, seuls 1.770 contrats avaient été échangés, contre quelque 7.000 sur la dette italienne, et plus de 390.000 sur la dette allemande. « Il s'agit certes d'un premier jour de cotation, mais dans l'absolu, ces volumes ne sont pas extraordinaires », constate Patrick Jacq, stratège taux chez BNP Paribas.

Un contrat à terme au coeur du débat politique
La semaine dernière, le contrat à terme s'était retrouvé au c?ur du débat politique. Du Front de gauche au Front national, en passant par Europe Ecologie, nombreux sont ceux qui avaient dénoncé l'introduction d'un outil de nature à favoriser la spéculation contre la dette française à la veille de l'élection présidentielle. François Hollande avait souhaité que les autorités allemandes "annulent" l'introduction du contrat à terme. Quant à Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), il avait reconnu que le lancement de ce produit n'était pas un bon signal, à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle française.

Regain de tension sur les dettes dites "périphériques" de la zone euro
Le regain de tension sur les dettes espagnole et, dans une moindre mesure, italienne est dans tous les esprits. Lundi matin, le rendement des emprunts d'Etat espagnols à 10 ans a dépassé la barre des 6 % et l'écart entre les taux à long terme espagnols et allemands - qui mesure la prime de risque sur la dette espagnole - atteignait des sommets. Dans ce contexte, les élections présidentielles françaises apparaissent comme une période à risque. Les turbulences pourraient être d'autant plus importantes que Moody's serait prête à dégrader la note de la France.

Un nouvel outil qui ne change pas la donne
Mais si le moment choisi pour lancer le nouveau « future » est pour le moins contestable, l'existence d'un nouvel instrument financier ne changera pas fondamentalement la donne sur le marché de la dette française. « Il n'existe pas de contrat de ce type sur la dette espagnole, ni sur la dette grecque, pourtant très chahutées par les opérateurs de marché », remarque Stanislas de Bailliencourt, gérant chez Sycomore AM. Et pour cause : l'efficacité de la spéculation sur les CDS en la matière est redoutable. De l'avis général, c'est sans doute de ce côté qu'il faudra regarder à l'approche des élections présidentielles.

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La réponse à un besoin des investisseurs
Les opérateurs de marché expliquent que le lancement du contrat à terme sur les OAT répond à un véritable besoin. Les taux français et allemands n'étant plus parfaitement corrélés, ils disposent ainsi d'un instrument de couverture mieux adapté que le contrat à terme sur le Bund allemand qu'ils utilisaient jusqu'alors. « Le marché obligataire français est très mature et introduire un contrat à terme à l'image de ce qui existe sur les marchés de dette allemands, britanniques, italiens ou suisse ne peut que renforcer l'attractivité des OAT », estime en outre Stanislas de Bailliencourt.

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Pas la principale préoccupation des opérateurs de marché
Il est vrai que dans la mesure où ils sont très facilement accessibles, les « futures » peuvent amplifier les mouvements de marché, au moins à court terme. « Mais il ne faut pas se tromper, prévient Patrick Jacq, stratège taux chez BNP Paribas, ceux qui veulent spéculer contre la dette souveraine disposent déjà d'une multitude d'instruments, comme les CDS par exemple ». Pour lui, « ces contrats à terme servent principalement à gérer le risque de taux. Or la gestion de la courbe des taux n'est pas du tout la principale préoccupation des investisseurs en ce moment ». En témoigne, le démarrage poussif du FOAT (le nom de code donné par Eurex au future sur les OAT françaises), ou encore la faiblesse persistante des volumes sur le marché italien où un « future » a été lancé en 2009. « 10.000 à 15.000 contrats sur la dette italienne sont échangés chaque jour. C'est 40 à 50 fois moins que sur le marché allemand, où 600.000 à 700.000 contrats changent de main quotidiennement », constate-t-il.

Sophie Rolland

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