Dégradation de la note de l'Italie : Moody's sous le feu des critiques

En fin de semaine dernière, Moody's a abaissé la note de l'Italie de deux crans, de A3 à Baa2, ce qui la place en dessous des notes fixées de Standard & Poor's et de Fitch, et surtout deux échelons seulement au-dessus de la catégorie spéculative ("junk"). La Commission européenne s'est interrogée sur le moment choisi par l'agence pour annoncer sa décision, tout en saluant les efforts de réformes de Rome.

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Les opérateurs de marché font-ils encore confiance aux agences de notation ? Les réactions à la dégradation de la note de l'Italie par Moody's en fin de semaine dernière permettent d'en douter. Là où les critiques étaient autrefois essentiellement formulées par les émetteurs, lorsqu'ils se trouvaient dégradés - suspects, à ce titre, de mauvaise foi -, elles proviennent désormais ouvertement des investisseurs et des stratégistes de marché eux-mêmes. Et si il est vrai que certains commentaires sont le fait de banques à qui l'abaissement de la note de l'Italie pourrait porter préjudice, ces dernières ne sont pas les seules à s'interroger sur l'analyse de Moody's.

Les agences disposent de "budgets de recherche très limités"

Dans un commentaire de marché publié dimanche, Erik F. Nielsen, le chef économiste d'UniCredit, un des principaux groupes bancaires italiens, s'est, lui, employé à dénoncer le manque de capacités d'analyse de Moody's. « Cela pose un véritable problème lorsque les opinions de trois petits groupes auto-désignés, disposant de budgets de recherché très limités, ont une influence significative sur l'allocation de l'épargne », écrit-il ainsi. « Je suis sûr que Moody's fait tout ce qu'elle peut mais c'est de la folie que l'épargne des gens soit alloué sur la base d'un tel niveau d'analyse », poursuit-il. « Il est possible de se faire une idée du défaut d'analyse dont je parle en comparant l'analyse que vient juste de publier le FMI  sur l'Italie aux arguments présentés par Moody's », conclue le chef économiste.

"Une sanction à contretemps des erreurs du passé"

Autre commentaire, celui de Jean-Luc Proutat, le directeur des études économiques pour les pays de l'OCDE de BNP Paribas ( tout en sachant que la banque française détient une filiale importante en Italie, BNL ) : « Depuis le début de la crise, les pays qui ont engagé le plus d'efforts en matière de rétablissement de leurs comptes, budgétaires ou extérieurs, sont ceux qui ont été le plus souvent dégradés par les agences de notation. Ils ont aussi vu leur spreads vis-à-vis de l'Allemagne dériver. Une sanction à contretemps des erreurs du passé qui ne rend pas justice aux efforts du présent et les empêche surtout de porter leurs fruits. Ainsi l'agence Moody's vient-elle d'abaisser de deux crans, à Baa2, la note souveraine de l'Italie, pays qui multiplie les réformes structurelles et dont les comptes primaires sont largement excédentaires ».

Une décision attendue mais qui laisse "perplexe"

Enfin, chez Barclays, les économistes Fabio Fois et Huw Worthington expliquent qu'ils s'attendaient à la décision de Moody's mais que celle-ci les laisse « perplexes ». Pour eux, l'instabilité politique reste limitée d'une part, et d'autre part la zone euro a plutôt pris la bonne direction en terme de stabilité. Enfin, les deux économistes relèvent que plusieurs éléments - réformes structurelles en cours ou excédent primaire du premier trimestre par exemple - n'ont pas été pris en compte dans l'analyse de l'agence.

L'Italie a réussi à placer 3,5 milliards d'euros de dette à 3 ans

Signe de la perte d'influence des agences sur les marchés, au moins à court terme, les opérateurs de marché ne se sont pas laissé déstabiliser vendredi 13 juillet. Pourtant, l'Italie se retrouve à seulement deux crans de la catégorie spéculative et Moody's a prévenu : "la note de la dette italienne pourrait être encore abaissée dans le cas d'une nouvelle détérioration des perspectives économiques ou de difficultés dans la mise en ?uvre des réformes". L'Italie a même réussi à placer 3,5 milliards d'euros d'obligations à trois ans à un rendement de 4,65 %, contre 5,30 % lors de la précédente adjudication de même échéance. Quant à la Bourse de Milan, elle a terminé la séance en hausse de presque 1 %.

La dette italienne reste sous pression

Si les marchés n'ont pas cédé à la panique, la dégradation de la note de l'Italie n'en sera pas pour autant indolore. La politique d'investissement de la plupart des gros fonds est encore basée sur les "ratings" des trois grandes agences. Dans ces conditions, les rendements de la dette italienne pourraient rester orientés à la hausse. Ils atteignaient 6,16 % ce lundi en milieu d'après-midi, en hausse de 10 points de base par rapport à vendredi soir.

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Commentaire 1
à écrit le 17/07/2012 à 12:55
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Le problème des dettes de ces pays est du à 2 facteurs : 1) une mauvaise gestion depuis des années, qu'ils essaient de corriger (avec plus (Italie) ou moins (France, Grèce) de bonne volonté) et 2) du taux auxquels les marché financiers leur prêtent d...

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