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Blanchiment : Crédit Suisse accusé d'avoir hébergé des fonds d’origine criminelle

Eric Benhamou

Publié le 21 février 2022 à 13:41 - Mis à jour le 03 mars 2022 à 16:02

Crédit suisse

Selon un consortium de médias internationaux, la fuite des données bancaires concerne près de 100 milliards de francs suisses d'argent illicite ou criminel.

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le deuxième groupe bancaire suisse est mis en cause par une enquête internationale menée par des médias d’avoir hébergé, pendant des décennies, des fonds illicites ou criminels, sur la base d’une fuite de données portant sur 18.000 comptes bancaires. Crédit Suisse a fermement rejeté ces accusations qui entache sa réputation, après une annus horribilis en 2021 qui s’est soldée par une perte de 1,6 milliard de francs suisses.

Il n'y pas de pire séquence pour une banque que celle d'un effondrement de sa réputation. Crédit Suisse, deuxième groupe bancaire helvétique, n'en finit pas de gérer scandales après scandales, sans voir le bout du tunnel.

Frappée de plein fouet par la faillite de Greensill, engluée par les pertes liées au fonds Archegos, déstabilisée par des crises de gouvernance à répétition, distinguée par une perte de 1,6 milliard de francs suisse en 2021 - alors que le secteur bancaire affiche une santé florissante -, la banque vient d'être mise à nouveau à l'index par une enquête menée par l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), qui regroupe 47 médias, dont Le Monde.

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100 milliards de francs suisse

L'accusation est grave : la banque aurait joué, sur des décennies, un rôle clé dans le blanchiment d'argent lié au crime et à la corruption. Telle est du moins la conclusion du consortium de journalistes après l'examen de 18.000 comptes hébergés par le Crédit Suisse, appartenant à 37.000 personnes physiques ou morales, depuis le début des années 1940 et la fin des années 2010. Ces conclusions sont basées d'une fuite massive de données (leak), qui ont été remises, de façon anonyme, au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.

C'est donc au total quelque 100 milliards de francs suisse d'origine criminelle ou illicite qui auraient transité dans les comptes de Crédit Suisse.

Dans un communiqué publié dimanche, le groupe bancairea « fermement démenti les allégations concernant les prétendues pratiques commerciales de la banque ». Il précise que« les affaires présentées sont essentiellement historiques, remontant dans certains cas aux années 1940, et les comptes rendus de ces affaires sont basés sur des informations partielles, inexactes ou sélectives ».

La banque se réfugie ensuite sur le secret bancaire pour ne pas commenter les exemples précis cités par l'enquête internationale, mais précise que « des mesures ont été prises conformément aux politiques et aux exigences réglementaires aux moments concernés ».

Enfin, Crédit Suisse estime que « ces allégations des médias participent à un effort concerté pour discrétiser la place financière suisse, qui a subi des changements fondamentaux depuis la crise financière mondiale ». En attendant, la banque a fait appel à des experts pour trouver l'origine de la source.

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Le régulateur suisse FINMA a indiqué ce lundi être en contact avec Crédit Suisse en précisant « le respect des réglementations en matière de blanchiment d'argent est au cœur de nos activités de surveillance depuis des années ».

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La Suisse fait de la résistance

Que la Suisse ait longtemps été le refuge des exilés fiscaux et de l'argent illicite et criminel n'est un secret pour personne. Et ce en raison d'un cadre juridique du secret bancaire particulièrement protecteur, mis en place en 1934, pour officiellement protéger les juifs des persécutions nazies.

Il aura fallu attendre 2009, puis 2015, sous la pression des États-Unis, avec la menace d'interdire les banques suisses de toute activité sur le territoire américain (et de mettre en prison quelques cadres d'UBS), pour que le gouvernement fédéral accepte de mettre fin au fameux secret bancaire suisse. Mais ce n'est qu'à partir de 2017 que la Suisse participe au système d'échange automatique d'informations entre les administrations fiscales pour lutter contre la fraude et l'évasion fiscale.

Un renoncement régulièrement dénoncé comme partiel par la presse ou des ONG. D'ailleurs, le quotidien suisse de référence La Tribune de Genève a renoncé à participer à cette enquête, en expliquant « qu'une modification d'une loi sur les banques de 2015 empêche les journalistes de travailler avec des données bancaires issues d'une fuite, même lorsqu'elles présentent un intérêt public ».

Un monde illicite hétérogène

Selon Le Monde, les fuites se concentrent sur les pays en développement, en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, et finalement de façon très marginale, les pays européens (moins de 1%). Il s'agit ainsi de l'argent de dictateurs, d'hommes politiques corrompus, de grosses fortunes à l'origine illicite ou mafieuse.

Des personnalités comme le président du Kazakhstan ou bien le Roi de Jordanie, « dont l'immense fortune offshore est sans rapport avec l'héritage de son père », sont citées dans l'enquête, aux côtés de maffieux bulgares, d'un cadre de Siemens, de chefs des renseignements de divers pays devenus subitement très riches ou de spécialistes du blanchiment pour le compte de la mafia calabraise.

Mais la banque est également pointée du doigt pour son absence d'éthique, en conservant par exemple des comptes bancaires de personnes poursuivies pour crimes contre l'humanité, comme l'ancien chef des armées algériennes Khaled Nezzar.

Certes, toutes ces accusations peuvent paraître anciennes, même si certains faits relevés sont postérieurs à 2015, mais la réputation de la banque est à nouveau sérieusement entachée.

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D'autant qu'elle avait déjà été condamnée à une amende de 2,5 milliards de dollars en 2014 aux États-Unis pour avoir aidé des milliers de contribuables américains à frauder le fisc. Plus récemment, sa concurrente UBS a été condamnée en appel en France à une amende de 1,8 milliard d'euros pour avoir démarché des clients qui souhaitaient également échapper à l'impôt.

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Eric Benhamou

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