Des banques européennes plus sûres, mais sous pression

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Le TLAC (total loss absorbing capacity) imposera aux 30 plus grandes banques systémiques du monde de détenir un matelas de fonds propres au moins égal à 16% de leurs actifs pondérés des risques, d’ici au 1er janvier 2019.
Le TLAC (total loss absorbing capacity) imposera aux 30 plus grandes banques systémiques du monde de détenir un matelas de fonds propres au moins égal à 16% de leurs actifs pondérés des risques, d’ici au 1er janvier 2019. (Crédits : © Leonhard Foeger / Reuters)
Le rythme des réglementations qui déferlent sur les banques depuis la crise de 2008 ne va pas ralentir, selon Scope Ratings. L’agence de notation anticipe une pression continue sur les revenus et plaide pour une consolidation du secteur bancaire européen.

Si les banques européennes avaient un vœu à formuler, en cette période d'Avent, nul doute qu'elles imploreraient un ralentissement du « tsunami réglementaire » - ce sont leurs mots - qui déferle sur elles depuis la grande crise financière de 2008. Las ! « Nous n'entrevoyons pas de pause dans le rythme des réglementations, et cela ne serait de toute façon pas souhaitable », a estimé Sam Theodore, responsable de la couverture du secteur bancaire européen au sein de l'agence de notation Scope Ratings, ce lundi 30 novembre, lors d'une conférence téléphonique portant sur les perspectives des banques européennes pour 2016.

De fait, le secteur bancaire n'a pas encore digéré la nouvelle réglementation dite de Bâle III, relative au renforcement de ses fonds propres, qu'il bande déjà ses muscles en vue d'un éventuel Bâle IV. Certes, Mark Carney, le président du Conseil de stabilité financière (CSF), a assuré le 9 novembre qu'il « n'y avait pas de Bâle IV, en aucun cas, mais simplement l'achèvement de Bâle III. »

Un nouveau ratio de solvabilité

Pour autant, le CSF, l'organisme mandaté par le G20 au lendemain de la crise de 2008 pour remettre la finance au pas, a accouché d'un nouveau ratio, auquel devront se plier les banques « too big to fail », c'est-à-dire dont la taille est si importante que leur faillite déstabiliserait l'ensemble du système financier. Il s'agit du TLAC (total loss absorbing capacity), qui imposera aux 30 plus grandes banques systémiques du monde de détenir un matelas de fonds propres au moins égal à 16% de leurs actifs pondérés des risques, d'ici au 1er janvier 2019.

Un seuil qui sera porté à 18% au 1er janvier 2022. Et qui imposera aux 30 banques systémiques en question de lever jusqu'à 1.110 milliards d'euros d'ici à 2022, d'après un rapport du Comité de Bâle publié le 9 novembre. Reste à savoir si les investisseurs répondront présents. Il n'empêche, « des années d'actions vigoureuses sur le plan réglementaire ont rendu le secteur bancaire européen plus sûr, (avec) des ratios prudentiels rassurants, des business models plus simples et plus transparents, et une culture de la gestion des risques plus robuste », se réjouit Scope Ratings.

Des revenus sous pression

Ce qui inquiète l'agence de notation, en revanche, c'est la pression sur les revenus des banques, qui « va demeurer leur talon d'Achille en 2016. » Une pression à mettre d'abord sur le compte de l'environnement persistant de taux très bas, qui pèse sur la marge d'intérêt des établissements bancaires, c'est-à-dire sur l'écart entre les taux longs, auxquels les banques prêtent, et les taux courts, auxquels elles se refinancent. Cette marge est tombée à 1,29% en moyenne, au premier semestre, contre 1,36% en 2010, selon Scope Ratings.

L'agence de notation se dit d'autant plus inquiète pour les revenus des banques que l'amorce de reprise économique en Europe semble s'opérer moins via le crédit bancaire qu'au moyen de financements de marchés. Comme si les entreprises commençaient déjà à apprendre à se passer des banques, en vue de l'inéluctable mouvement de désintermédiation du financement de l'économie européenne.

En outre, certains relais de croissance actionnés ces dernières années par les banques pour regonfler leurs marges commencent à se tarir. C'est le cas des activités de crédit en Chine, au Brésil et en Russie, ces trois pays émergents étant en butte à une détérioration de leurs économies. C'est le cas également des métiers de la gestion d'actifs et de l'assurance, encore sources de commissions confortables il n'y a pas si longtemps mais qui sont, revers de la médaille, devenus très concurrentiels.

Vers une consolidation du secteur?

Si les banques ne peuvent plus jouer sur les revenus pour accroître leur rentabilité, reste le levier des baisses de coûts. En théorie. Car « les coûts liés à la conformité [respect des réglementations ; Ndlr] augmentent de façon exponentielle, au sein des banques », souligne Scope Ratings. Tout comme les investissements dans la transformation numérique. La Société générale, par exemple, a récemment indiqué qu'elle consacrerait 1,5 milliard d'euros au digital et à l'informatique, pour ses seules activités de banque de détail en France, d'ici à 2020. Par ailleurs, tout occupées qu'elles sont à relever les défis de la réglementation et de la révolution numérique, les banques européennes ont fait taire leur appétit d'acquisitions, ces dernières années.

Ce qui est bien dommage, selon Scope Ratings, plus que jamais convaincue de la nécessité d'une consolidation du secteur, à l'aune de la pression sur les revenus et de marges de manœuvre réduites pour diminuer les coûts. Pour l'agence de notation, pas de doute, l'industrie bancaire européenne est en surcapacité. Et pas seulement dans le domaine de la banque de financement et d'investissement, mais également dans celui de la banque de détail. Dans sa ligne de mire : les banques les plus petites, qui sont les moins à même de se diversifier.

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Commentaires
a écrit le 03/12/2015 à 14:16 :
et quand vous , les banques vous opposerez-vous à cela ?? car en définitive c'est nous qui payons ?????????
a écrit le 03/12/2015 à 13:32 :
Leverages au plafond plus hauts que LBrothers qui a fait faillite et volume incroyable, BNP par exemple avec ses 2000 Mds > 1800 Mds de pib de la France, ben faut aller directement à Bâle XX ou changer de ville...
a écrit le 03/12/2015 à 9:20 :
genial, une consolidation implique des banques encore plus grosses qui feront encore plus de degats si elles vont faillites.
la solution n ets elle pas l inverse : des banques plus petites qui seront "small enough to fail". bon evidement pour les banquiers c est pas une bonne nouvelle de risquer la faillite et de ne pas etre sauvee par le contribuable (et je ne parle meme pas de l ego : diriger une banque puissante c ets mieux que de diriger une petite banque locale)
Réponse de le 03/12/2015 à 17:20 :
Il y a des évolutions qui pourraient devenir des révolutions comme les banques coopératives locales avec une monnaie locale et des clients "actionnaires". l'informatique le permet à moindre coût. Plus besoin de mastodontes aux coûts prohibitifs. Small is beautiful

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