L’Europe de la banque mobile n’est pas une, mais multiple

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36% seulement des Français projettent d'utiliser leur smartphone de façon croissante pour payer.
36% seulement des Français projettent d'utiliser leur smartphone de façon croissante pour payer. (Crédits : ING)
Près de la moitié des Européens utilisent d'ores et déjà des services bancaires mobiles, d’après un sondage réalisé par Ipsos pour la banque néerlandaise ING, et publié ce mercredi 6 juillet. Mais ces moyennes masquent de grandes disparités d’un pays à l’autre.

Dans le domaine de la banque mobile, comme sur le plan politique, l'Europe présente un visage hétérogène. Globalement, près de la moitié (47%) des propriétaires européens de smartphones et de tablettes utilisent des services bancaires mobiles, d'après un sondage réalisé par Ipsos pour la banque néerlandaise ING auprès de 14.579 personnes, et publié ce mercredi 6 juillet. Une proportion qui a augmenté de six points en l'espace d'un an, pour se situer à un niveau proche de celui des Etats-Unis (53%), et qui devrait poursuivre sur sa lancée : 16% des personnes n'ayant pas encore cédé aux sirènes de la banque mobile se déclarent en effet prêtes à virer leur cuti au cours des douze prochains mois. Mais ces moyennes masquent de grandes disparités d'un pays à l'autre. Si la banque mobile est entrée dans les mœurs de près des deux tiers (63%) des Néerlandais, elle n'est en revanche utilisée que par 22% des Roumains. Entre ces deux extrêmes, la France et l'Allemagne sont au coude à coude, avec, respectivement, 45% et 46% de convertis à la banque mobile, loin devant l'Italie (39%) mais nettement derrière l'Espagne (51%) et le Royaume-Uni (55%).

« Historiquement, les Pays-Bas sont un pays très connecté, qui a été pionnier dans l'usage de l'Internet fixe et mobile. Il y a eu, en outre, une action très forte de la part des banques néerlandaises pour proposer des services bancaires mobiles », explique Steven Loncle, responsable « Digital Clients » chez ING Direct France. Conséquence, les Pays-Bas, qui sont au demeurant la patrie d'ING, semblent s'approcher d'un plafond en matière de banque mobile, 9% seulement des Néerlandais encore rétifs au « mobile banking » se disant prêts à sauter le pas dans les douze prochains mois. Une proportion qui tranche avec celle de 25% enregistrée en Roumanie, un pays où le développement d'Internet est en train de rattraper son retard.

Le besoin de se rendre en agence se fait encore sentir

Si le phénomène de la banque mobile prend en Europe, c'est parce que, loin de n'être qu'un gadget, il apporte de véritables bénéfices aux consommateurs, au-delà de la consultation simple et rapide du solde de leur compte bancaire. La moitié des sondés affirment en effet mieux contrôler leurs finances, les services bancaires mobiles leur permettant par exemple d'être avertis instantanément lorsque leur compte-chèques flirte avec le découvert, ou de programmer des virements sur leurs livrets d'épargne tous les 1ers du mois, lorsque leur salaire leur est versé.

Pour autant, que les conseillers bancaires se rassurent, plus d'un tiers (38%) des Européens interrogés par Ipsos éprouvent encore le besoin de se rendre en agence plusieurs fois par an, voire plusieurs fois par mois pour 21% d'entre eux. C'est notamment le cas en France, où « les agences bancaires revêtent un rôle beaucoup plus central (que dans d'autres pays), en particulier pour la souscription de produits (d'épargne, de crédits) », décrypte Steven Loncle. D'ailleurs, il convient d'apprécier également les résultats de l'enquête d'Ipsos sous l'angle du verre à moitié vide : si près de la moitié des Européens ont adopté la banque mobile, cela signifie qu'une proportion peu ou prou équivalente y demeure à l'inverse réfractaire. Et ce, « pour des raisons de sécurité », affirme ING.

La question de la sécurité des données bancaires

La crainte de voir ses données bancaires dérobées est particulièrement prégnante en France, où, par exemple, plus de la moitié (56%) des personnes interrogées par Ipsos n'ont pas confiance dans le paiement sans contact, qu'il s'agisse de régler par carte ou par mobile, contre une moyenne de 40% seulement en Europe. « Ce manque de confiance n'est pas vraiment rationnel, il revêt un caractère culturel. D'où l'importance de la pédagogie dont les banques et les commerçants doivent faire preuve, pour convaincre les consommateurs que le paiement sans contact est sécurisé », analyse Steven Loncle. De la même façon, 36% seulement des Français projettent d'utiliser leur smartphone de façon croissante pour payer, alors que la proportion moyenne atteint 52% en Europe, et culmine à 73% en Turquie.

« Les Français s'interrogent sur l'intérêt du paiement mobile par rapport à la carte bancaire, il faut leur montrer que cela apporte des services à valeur ajoutée dans le cadre de l'expérience d'achat. De plus, l'équipement des commerçants est encore très faible, en France. En Turquie, en revanche, l'usage de la banque à distance a débuté par les services mobiles, et plusieurs banques ont rapidement proposé des portefeuilles mobiles, qui permettent notamment d'obtenir des réductions chez des commerçants », explique Steven Loncle.

La donne va peut-être changer en France, avec l'arrivée, ce mois-ci, d'Apple Pay, la solution de paiement mobile proposée par le géant américain de l'électronique grand public. D'autant plus qu'en matière de paiement mobile, 11% des Européens sondés par Ipsos font désormais avant tout confiance à de grands noms comme Apple et Google. Ce score demeure certes très inférieur à celui des banques (75%), tiers de confiance par excellence dans le domaine des paiements, mais il a progressé de six points en l'espace d'un an, alors que celui des établissements bancaires a perdu 9 points.

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Commentaires
a écrit le 07/07/2016 à 12:57 :
Il faut savoir que sur les 23 applications qu'une personne a sur son smartphone, 10 accèdent sans réserves à ses contacts et 3 aux comptes/mots de passe pour les envoyer où ... on n'en a aucune idée ! Les smartphones/tablettes font parti des appareils les moins sécurisés après les objets connectés ; il faut vraiment être fou ou inconscient pour penser pouvoir accéder à sa banque ou au paiement sans contact en toute sécurité ! [S'il y a bien un métier d'avenir actuellement, c'est celui de pirate informatique :-( ].
a écrit le 06/07/2016 à 12:43 :
Houlala Christine, vous sautez d'un sujet à l'autre (jumping) ce qui provoque une confusion pour le lecteur.
1) Il faut apprécier la sécurité de l'accès Internet à une banque non pas en terme d'opposition entre "en ligne" et "réseau", puisque la plupart des banques proposent maintenant un accès en ligne. Un bon exemple est le Crédit Agricole, qui est à accès multiple.
Qu'il s'agisse d'une banque traditionnelle, de sa déclinaison en ligne, ou d'un compte de "nonbanque" (ou néobanque), il s'agit plus d'évaluer la connexion elle-même.
2) Vous amalgamez "sécurité des données bancaires" et "paiement sans contact" mais les personnes qui refusent (ou sont réticentes) au paiement sans contact le sont pour des craintes de voir des paiements non sollicités débités de leurs comptes (en passant devant une borne par exemple, voir l'émission On n'est plus des pigeons).
Si vous laissez déduire qu'en plus on peut leur voler leurs coordonnées bancaires, cela ne va pas les faire changer d'avis (sourire).
3) Ce n'est qu'un début mais il n'est pas certain que le fait de communiquer à des tiers, à des applis, cad de multiplier la circulation de ses coordonnées bancaires (là il s'agit bien de données) donne un niveau plus élevé de sécurité aux transactions !
Bien entendu, si l'on parle d'empreintes digitales, de voix, de codage, on peut espérer des éléments probants de sécurité.
Mais il est surprenant de prendre comme base de départ ING Direct dont l'accès à l'espace client ne se fait que par 3 chiffres au lieu de 6 pour les autres banques (puisque chez ING Direct l'accès se fait un peu différemment mais demande 6 chiffres par téléphone et seulement 3 pour le site !).
Bien cordialement.

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