Comment BNP Paribas s’attaque au Mittelstand allemand

Delphine Cuny, à Francfort

BNP Paribas Allemagne Francfort
DC

Delphine Cuny, à Francfort

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Dans la skyline du quartier financier de Francfort, on ne voit qu'elles. Les imposantes tours jumelles de la Deutsche Bank et celle de la Commerzbank, la plus haute de la ville grâce à son antenne pointant vers le ciel. Derrière les brillantes façades en miroir, les deux géants, incontournables dans le milieu florissant des affaires outre-Rhin, sont aux prises avec des difficultés persistantes, contraints aux restructurations drastiques et aux recentrages, quitte à laisser échapper des parts de marché. Installé Europa-Allee ("allée de l'Europe", en français), dans un immeuble de six étages, un acteur plus discret dans le paysage, au sens propre comme au figuré, a effectué une poussée remarquée il y a quelques mois : BNP Paribas, conseil d'E.ON dans l'acquisition d'Innogy pour 22 milliards d'euros, une méga-opération 100% allemande dont étaient absents les deux champions bancaires nationaux. Un loupé qui a fait les gros titres de la presse financière allemande en mars dernier.
Le premier actionnaire de BNP Paribas est d'ailleurs l'État belge, suivi, juste après le gérant d'actifs américain BlackRock, du Grand Duché du Luxembourg, reflet des acquisitions passées (Fortis Banque).
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[La plus haute tour de Francfort, celle de Commerzbank. Crédits : Commerzbank]
Or « BNP Paribas ne peut pas être une grande banque européenne sans des positions fortes en Allemagne », le premier marché du continent, fait valoir cet expert du Mittelstand, le tissu économique de grosses PME allemandes exportatrices. Sa mission est de faire grandir l'activité encore modeste de BNP Paribas outre-Rhin : de l'ordre de 1,7 milliard d'euros de produit net bancaire en 2017 (deux fois moins qu'en Belgique), à travers une douzaine d'activités, principalement la banque de détail en ligne Consorsbank, le crédit à la consommation Consors Finanz et la banque de financement et d'investissement (prêts aux entreprises, gestion de trésorerie, activités de marchés, affacturage, etc).
Il classe à part son ex-employeur HVB, qu'il définit comme « une banque allemande avec un actionnaire étranger » (l'italien UniCredit). HVB est numéro deux derrière Commerzbank sur la clientèle très convoitée du Mittelstand.
[Les tours jumelles de Deutsche Bank à Francfort, surnommées Débit et Crédit. Crédits: Deutsche Bank]
[Poids des grands pays européens dans le PIB de l'Europe et leur part dans les revenus de BNP Paribas en Europe. Cliquez sur la photo pour l'agrandir. Crédits : BNP Paribas]
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L'objectif est de dépasser 2 milliards d'euros de revenus en 2020, en maintenant un rythme de croissance de l'ordre de 8% par an, et de passer de 3.000 entreprises clientes à 5.000. Et à long terme de se hisser « dans le top trois des banques allemandes du Mittelstand international » (et non les entreprises purement nationales).
Dans un paysage bancaire allemand très fragmenté, comptant plus de 1.800 établissements, dont de nombreuses petites caisses d'épargne et coopératives régionales, affaiblies par des taux d'intérêt très bas, BNP Paribas est convaincu de pouvoir grignoter des parts de marché en allant en-deçà de sa clientèle habituelle des grands groupes du DAX (l'indice de la Bourse de Francfort), auprès des entreprises familiales non cotées en Bourse et celles de moins d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires. Un gisement encore peu exploité où il pense tirer profit de son implantation dans chaque Land, calée sur le fonctionnement décentralisé de la République fédérale.
La première banque de la zone euro en termes d'actifs, qui se revendique leader en gestion de patrimoine dans la zone, veut aussi monter en puissance en banque privée en s'attaquant aux grandes fortunes de Bavière ou de Rhénanie-du-nord-Westphalie, les familles propriétaires de ces entreprises : elle va muscler ses équipes (de 40 à 240 personnes) et espère quadrupler ses encours sous gestion, de quelques milliards d'euros à une dizaine de milliards d'euros d'ici à 2020.
Et de justifier :
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Il ne croit guère que l'État allemand soit d'ailleurs vendeur de sa participation de 15% dans Commerzbank. Un tel rachat serait pourtant un coup de pouce déterminant pour devenir un acteur significatif sur le marché allemand.
Delphine Cuny, à Francfort