Crédit Mutuel Arkéa : Julien Carmona sollicité pour succéder à Jean-Pierre Denis à la présidence

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Sur proposition de Jean-Pierre Denis, le groupe bancaire breton a sollicité l'actuel directeur général délégué du groupe immobilier Nexity et ancien directeur financier de BPCE (Caisse d'épargne), pour se porter candidat aux mandats d'administrateur puis de président du conseil d'administration.
Sur proposition de Jean-Pierre Denis, le groupe bancaire breton a sollicité l'actuel directeur général délégué du groupe immobilier Nexity et ancien directeur financier de BPCE (Caisse d'épargne), pour se porter candidat aux mandats d'administrateur puis de président du conseil d'administration. (Crédits : Nexity Christophe Rousseau)
Sur proposition de son président non exécutif, Jean-Pierre Denis, le Crédit Mutuel Arkéa a sollicité Julien Carmona, actuel directeur général délégué du groupe immobilier Nexity, pour se porter candidat à la présidence du groupe bancaire breton. Deux semaines après l’annonce de son départ, Jean-Pierre Denis propose ainsi un successeur externe qui « coche toutes les cases ». Ancien inspecteur des finances, Julien Carmona, dont le mandat chez Nexity s'achèvera en mai, peut-il porter tous les projets du plan « Transitions 2024 », y compris celui sur l’indépendance ?

C'est une candidature externe et rapide qui enterre quasiment l'hypothèse d'une candidature interne. Deux semaines après l'annonce du prochain départ de Jean-Pierre Denis, Julien Carmona sera-t-il l'idéal successeur de l'emblématique président (non-exécutif depuis l'an passé) du Crédit Mutuel Arkéa ?

Sur proposition de Jean-Pierre Denis, le groupe bancaire breton a sollicité l'actuel directeur général délégué du groupe immobilier Nexity et ancien directeur financier de BPCE (Caisse d'épargne), pour se porter candidat aux mandats d'administrateur puis de président du conseil d'administration. Cette candidature a été examinée lundi 29 mars en fin de journée par le conseil d'administration du Crédit Mutuel Arkéa. Ce mercredi 31 mars, le conseil d'administration de Nexity a fait savoir que Julien Carmona n'avait pas demandé le renouvellement de son mandat qui prendra fin en mai prochain.

Un connaisseur du secteur bancaire qui « coche toutes les cases »

Dauphin potentiel, fin connaisseur du secteur bancaire, il « coche toutes les cases » estime un observateur et présente un profil identique à celui de l'actuel président, lui-même arrivé par une candidature externe. Par ailleurs, tous deux se connaissent bien.

Normalien et inspecteur des finances, le dirigeant de 50 ans, né à Lannion, a occupé plusieurs postes dans la banque et l'assurance (BNP Paribas, BPCE, Scor). De 2004 à 2007, il a aussi été conseiller économique de Jacques Chirac à l'Élysée. Entre 1995 et 1997, Jean-Pierre Denis avait été, pour sa part, secrétaire adjoint de l'Élysée durant le premier mandat de Jacques Chirac.

Le parcours classique de Julien Carmona a donc de quoi séduire, voire rassurer, les cercles financiers, y compris la Confédération nationale du Crédit Mutuel, et politiques nationaux.

Désignation fin mai-début juin

La désignation d'un nouveau président n'interviendra cependant pas avant fin mai-début juin selon le processus de gouvernance.

Après une validation interne par le comité des nominations qui se réunira le 8 avril prochain puis, le lendemain, par le conseil d'administration du Crédit Mutuel Arkéa, le candidat désigné, s'il n'est pas administrateur du groupe, devra être élu par les présidents de caisses locales lors de l'Assemblée générale du 11 mai. A cette date, Jean-Pierre Denis ne demandera pas de renouvellement de son mandat d'administrateur et cessera de présider l'établissement bancaire qui réunit les fédérations de Bretagne (CMB) et du Sud-Ouest (CMSO) ainsi qu'une quarantaine de filiales.

Le temps que le conseil d'administration valide la nomination et que la Confédération nationale du Crédit Mutuel transmette une demande d'agrément à la Banque de France, Jean-Pierre Denis, s'est dit prêt, au-delà du 11 mais, à demeurer « à  accompagner son successeur dans la période de transition ».

 Quid du projet d'indépendance?

Julien Carmona n'est pas issu du Crédit Mutuel de Bretagne ni Finistérien. Pour le groupe basé au Relecq-Kerhuon (29), et dont la croissance s'est construite en proximité avec le territoire breton, son profil ne sera-t-il pas jugé très (trop) parisien ? De même, le projet d'indépendance vis-à-vis de la Confédération nationale du Crédit Mutuel porté depuis plusieurs années par Jean-Pierre Denis (mais sans aboutissement concret car retoqué en novembre 2019 par la justice européenne) peut-il survivre au départ de son promoteur ?

Depuis un an et dans la foulée du départ de l'ancien directeur général Ronan Le Moal, la direction exécutive de la banque est co-pilotée par Hélène Bernicot, directrice générale, et Anne Le Goff, directrice générale déléguée. A la barre du paquebot de 10 500 salariés (4,2 millions de clients, 356 M€ de résultat net en 2020, 510 M€ en 2019), elles se chargent de dessiner l'avenir et les projets du groupe bancaire mutualiste en termes de croissance, de services financiers et de développement d'un modèle singulier.

Le plan « Transitions 2024 » qu'elles soutiennent prévoit de poursuivre l'objectif d'indépendance vis-à-vis de l'organe central, mis en pause l'an passé en raison de la crise du Covid-19. La feuille de route « réaffirme l'inscription de la trajectoire de croissance du Crédit Mutuel Arkéa dans le cadre de son projet d'indépendance, que le groupe est résolument déterminé à obtenir » insiste la direction du groupe. Lors d'une conférence de presse début mars, Jean-Pierre Denis et les deux directrices générales avaient indiqué que la préservation d'une autonomie passait par la désaffiliation.

« Unité, subsidiarité et solidarité »

Jean-Pierre Denis, cité dans un communiqué publié hier soir, voit en Julien Carmona, « un homme dont les valeurs personnelles son en total alignement avec ce qu'est et veut rester le Crédit Mutuel Arkéa : une banque territoriale er coopérative émancipée, libre de poursuivre ses ambitions stratégiques en complète autonomie ».

En février, une passe d'armes avec la Confédération nationale avait été déclenchée par l'adoption à Paris d'une « décision à caractère général relative au renforcement de la cohésion du groupe Crédit Mutuel ». L'organe central envisageait d'interdire l'utilisation seule de la dénomination Arkéa ou groupe Arkéa et d'imposer une charte graphique pour les activités commerciales et non-commerciales.

Depuis, la Confédération présidée par Nicolas Théry joue la conciliation, notamment sur le maintien des centres de décision et de l'emploi en région. Diplomatiquement, elle a  pris acte du départ de Jean-Pierre Denis en restant claire sur la finalité, saluant « l'artisan du développement du Crédit Mutuel Arkéa dans ses territoires de Bretagne et du Sud-Ouest et à travers ses filiales, dans le cadre protecteur et durable du Crédit Mutuel ».

Respect « des principes d'unité, de subsidiarité et de solidarité » : la Confédération nationale n'entend pas lâcher sur ce point. Julien Carmona, qui ira, dans les prochaines semaines à la rencontre des administrateurs et des salariés du groupe, aura sans doute pour mission d'apaiser la maison commune.

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Commentaires
a écrit le 30/03/2021 à 8:54 :
Julien Carmona est quelqu'un de remarquable que BPCE aurait du garder plutôt que de l'écarter comme François Pérol le fit en 2009. Il est collectif, apaisant, visionnaire et surtout intègre et digne. Profil rare parmi les énarques de la banque.

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