Le groupe bancaire français et l'assureur italien se rapprochent pour créer le numéro un européen de la gestion d'actifs en termes de revenus et parmi les dix plus gros mondiaux en termes d'encours.
L'information circulait depuis plusieurs mois. Et c'est désormais officiel. Le groupe bancaire BPCE et l'assureur italien Generali ont signé mardi 21 janvier un protocole d'accord pour rapprocher, au sein d'une nouvelle société détenue à parts égales, les activités de gestion d'actifs de Natixis Investment Managers et celles de Generali Investment Holding. Le closing (finalisation) de cette opération majeure dans le secteur de la gestion d'actifs est prévue pour le premier semestre 2026. Au total, ce nouveau poids lourd pèsera 1 900 milliards d'encours d'actifs gérés, dont près de 1 000 milliards d'actifs assurantiels, pour plus de 4 milliards d'euros de revenus.
L'équilibre capitalistique du nouvel ensemble est fondé sur la valeur des actifs apportés, mais aussi sur l'engagement de Generali d'apporter, sur son fonds général, 15 milliards d'euros de seed money (capital d'amorçage)pour développer les actifs privés et enfin sur un dividende préférentiel pour BPCE sur les deux premiers exercices.
« Ce projet est né d'une formidable convergence d'intérêts entre BPCE et Generali, qui souhaitent tous les deux faire croître leurs gestions d'actifs. Mais l'un comme l'autre savait qu'il ne pouvait être durablement des champions mondiaux seuls », explique Nicolas Namias, président du directoire de BPCE, lors d'une conférence de presse.
Une nouvelle gouvernance : le « co-contrôle »
Dans un communiqué, BPCE confirme que les maisons mères des deux filiales « détiendraient chacun 50 % des activités » de la nouvelle entité « avec une gouvernance et un contrôle équilibré ». Les deux partenaires ont souhaité en effet conserver le contrôle de leurs activités de gestion d'actifs et c'est pourquoi ils ont inventé une nouvelle approche de la gouvernance, le « co-contrôle ».
Ce rapprochement entre égaux — inédit dans cette forme dans le monde de la gestion d'actifs — est en soi un pari. Mais, un pari qui devrait être gagnant, selon Nicolas Namias, en raison de cet alignement d'intérêt, de la grande complémentarité des expertises et des accords de distribution avec BPCE et Generali d'une période de quinze années, ce qui est un temps long dans ce domaine.
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Concernant la gouvernance de la future structure, Woody Bradford, PDG de Generali Investments et ancien patron de Conning, devrait être nommé directeur général de la coentreprise pour une durée de cinq ans, alors que la présidence reviendrait à Natixis, selon une source financière.
Des actionnaires italiens soucieux
L'accord entre Generali et Natixis est cependant vu d'un mauvais œil par deux actionnaires importants de l'assureur italien, le magnat de la construction Francesco Gaetano Caltagirone (6,92%) et Delfin, la holding de la famille Del Vecchio (9,93%).
Ces deux investisseurs redoutent une perte de contrôle de Generali sur l'épargne nationale en cas de fusion avec des actifs français et pourraient demander la convocation d'une assemblée générale extraordinaire des actionnaires pour examiner l'accord.
Le gouvernement de droite et d'extrême droite de Giorgia Meloni suit également cet accord franco-italien de très près et pourrait avoir recours au « golden power », qui lui confère des pouvoirs spéciaux dans des secteurs considérés comme stratégiques pour le pays.
Pour le président du directoire de BPCE, l'Europe devrait se réjouir de voir la naissance d'un nouveau champion mondial dans la gestion d'actifs, à l'heure où les pays européens veulent drainer l'épargne des Européens vers le financement de la transition. Et de rappeler que la décision stratégique de l'allocation des actifs revient toujours à l'assureur, donc BPCE et Generali, et non à l'asset manager.
Un secteur en transformation
Le secteur de la gestion d'actifs est en ébullition depuis l'annonce l'été dernier de la reprise par BNP Paribas de la filiale de gestion d'actifs de son compatriote Axa, pour 5,4 milliards d'euros. L'acquisition devrait être achevée mi-2025. Cette alliance doit donner naissance à un acteur européen de la gestion d'actifs de premier plan avec des actifs sous gestion totalisant 1 500 milliards d'euros, dont 850 milliards pour Axa IM.
Plus généralement, les acteurs européens ne veulent pas être en reste face aux mastodontes américains, dans un marché qui reste dominé par des groupes américains comme BlackRock (11 475 milliards de dollars sous gestion à fin septembre), JP Morgan ou Goldman Sachs.
Ces mouvements de consolidation s'expliquent par trois facteurs principaux : une nouvelle attente des clients pour des solutions complètes, y compris dans les actifs privés ; des marges de plus en plus sous pression et des besoins d'investissements croissants ; et, ce qui est l'élément le plus nouveau, des besoins en capitaux propres pour développer des offres dans le domaine des actifs privés. « C'est l'un des principaux game changer de l'industrie », souligne Nicolas Namias.