Lehman un an après - La Chinamérique, clé de la croissance

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La relation entre les deux géants économiques est l'une des cause de la crise financière. demain, si elle se transforme, elle permettra une croissance forte et durable de l'activité mondiale grâce à la consommation des chinois.

Dans l'emballement qui a conduit à la crise, les relations commerciales et financières établies entre les États-Unis et la Chine ont joué un rôle moteur. Engagés dans une spirale de consommation et d'endettement, les Américains ont ouvert largement les vannes des importations, creusant un déficit extérieur abyssal. Dans un parfait effet de miroir, la Chine a tiré parti de la boulimie américaine pour déverser sur le marché américain ses produits bon marché, accumulant des réserves de changes faramineuses avec lesquelles elle achetait des dollars, maintenait une parité avantageuse avec sa monnaie, le yuan, et refinançait l'Amérique. Les économistes avaient beau crier au casse-cou, les deux pays trouvaient leur compte dans ce jeu source de déséquilibres, de surliquidité et de bulles spéculatives.

Qu'en est-il aujourd'hui ? En apparence, les choses changent. Les Américains se mettent à épargner, leur taux d'épargne passant de presque zéro à environ 5 %. Ils importent moins et ralentissent le creusement de leur déficit commercial. De leur côté, les Chinois se mettent à consommer davantage (voir article ci-dessous). « À première vue, la dynamique qu'on attendait est là », observe Patrick Artus, responsable de la recherche économique chez Natixis. Une étude de Bank of America estime même que « conduite par la Chine, l'Asie émergente tire la reprise mondiale ». Mais, pour Patrick Artus, « le supplément de demande intérieure qui se manifeste en Chine n'est pas satisfait par un surcroit d'importations de produits venus des États-Unis ou d'Europe, mais par de la production intérieure ». La demande intérieure chinoise est encore peu sophistiquée et les industriels locaux n'ont pas besoin, comme pour les biens qu'ils exportent, d'investir dans des machines-outils ultramodernes généralement fabriquées par les pays riches, poursuit l'économiste. Résultat, « ni les États-Unis ni les Européens ne profitent du supplément de demande chinoise. Et les grands déséquilibres demeurent », conclut-il.

Inquiétude
Plus inquiétant, en Chine, « les réserves augmentent plus vite qu'avant la crise, à un rythme de 60 milliards à 70 milliards de dollars par mois », rapporte Patrick Artus. « Le redémarrage rapide des économies émergentes attire les investissements internationaux, qui recommencent à alimenter la surliquidité mondiale », ajoute-t-il. En témoigne la vigueur du prix du pétrole et autres matières premières. Difficile d'imaginer que les nouveaux consommateurs chinois vont relayer à court terme les consommateurs américains dont les dépenses ont atteint jusqu'à 10.000 milliards de dollars par an, contre 10 % à 20 % pour les premiers. Il faut attendre que les émergents améliorent leur niveau de vie.

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