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Entreprises & FinanceIndustrie financière

Du rififi à la foncière Gecina

Pascale Besses-Boumard

Publié le 28 mars 2012 à 11:32 - Mis à jour le 28 mars 2012 à 11:54

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L'actuel P-DG, Bernard Michel, a découvert que l'un des anciens dirigeants, Joaquin Rivero, avait engagé des garanties auprès de deux banques sans en avoir averti le conseil d'administration. Il lui a demandé de démissionner de son poste d'administrateur. Et envisage des poursuites judiciaires alors qu'il est déjà partie civile dans une première procédure pour abus de biens sociaux à l'encontre du même dirigeant.

Nouveau changement au sein des organes de direction de la foncière Gecina : Joaquin Rivero, l'un des deux fondateurs du groupe espagnol Metrovacesa, parti à l'assaut de Gécina voici sept ans, vient de démissionner du conseil d'administration du groupe. Après de multiples rebondissements, dont une bataille mémorables entre les fondateurs de Metrovacesa, une restructuration tellement compliquée qu'elle n'a pu aboutir, une fronde des actionnaires minoritaires français contre la direction espagnole de Gécina supposée faire des indélicatesses, et de sérieux problèmes financiers de l'actionnaire de référence, Joaquin Rivero tire donc sa révérence. Sans que le conseil d'administration de la société devienne toutefois complètement franco français, de nombreuses personnalités espagnoles y demeurant. Dont Elena Rivero, Victoria Soler ou Antonio Trueba. Metrovacesa est représenté par Eduardo Paraja.

Joaquin Rivero est déjà dans le collimateur de la justice française

Dans son communiqué laconique, Gécina précise que le remplaçant de Joaquin Rivero n'a pas encore été trouvé. Et pour cause : son départ s'est fait dans la précipitation. Bernard Michel, président directeur général de la société s'est rendu compte peu de temps avant la clôture de l'exercice que plusieurs garanties avaient été accordées par l'ancien homme fort du groupe, en 2009 et 2010, via une des filiales espagnoles de Gécina à la Bami auprès de deux banques : Santander et Banco Populor.

La Bami est déjà au centre d'une procédure judiciaire. Joaquin Rivero a effectivement été mis en examen par le juge Renaud Van Ruymbeke en avril 2010 pour abus de biens sociaux, présentation de comptes inexacts, diffusion de fausses informations et non déclaration de franchissement de seuil dans le cadre d'une enquête sur des opérations financières douteuses. Enquête qui suit son cours.
La première garantie se monte à 4,7 millions d'euros et la seconde à 4,8 millions d'euros. Pour l'heure, celles-ci n'ont pas été activées par les banques. Bernard Michel qui ne remet pas en cause la légitimité de ces opérations, reproche en revanche à Rivero de ne pas en avoir averti le conseil d'administration qu'il présidait. Il envisage une nouvelle procédure judiciaire alors qu'il est déjà partie civile dans la première.

Le nom du successeur n'est pas encore connu

Que va faire maintenant Joaquin Rivero ? Encore actionnaire du groupe, il est en droit de proposer le nom de son successeur au conseil d'administration. Mais Bernard Michel ne semble pas disposé à accepter n'importe quoi ni n'importe qui. C'est d'abord le comité de gouvernance qui sera en charge de valider toute proposition. Proposition qu'il soumettra au vote du conseil d'administration. Reste aussi à savoir quelles sont aujourd'hui les intentions de l'homme d'affaires espagnol. Rivero a-t-il d'autres projets?

Le management de Gécina a déjà été largement remodelé ces dernières années avec une reprise en mains de l'opérationnel par des responsables français. Cette reprise en mains a d'abord commencé par la nomination de Christophe Clamageran à la tête de l'entreprise. Celui-ci n'a pourtant pas réussi à convaincre le conseil d'administration qui l'a révoqué l'an passé. Au profit de Bernard Michel, aujourd'hui président directeur général. Parmi les forces en présence, la suprématie espagnole n'est pas si évidente. Sur le papier, Metrovacesa détient en direct 26,8% de Gécina. Joaquin Rivero possède par ailleurs personnellement 16,11%, son associé Bautista Soler en totalisant 15,3%. Les actionnaires non résidents sont, pour leur part, à la tête de 21,9%.

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Il faut rappeler qu'après avoir déposé le bilan, Metrovacesa est entre les mains de banques espagnoles qui n'ont plus rien à voir avec les deux fondateurs Rivero/Soler. Et ces banques n'ont peut-être pas envie d'être partie liée avec des personnalités poursuivies par la justice. Dès que Rivero aura présenté le nom d'un éventuel successeur, le comité de gouvernance pourra se réunir. Le débat risque d'être houleux. D'autant que Bernard Michel va sans doute vouloir accélérer le processus dans la perspective de l'assemblée générale, prévue le 17 avril prochain.

Un tour de table qui pourrait évoluer ces prochains mois

Les spécialistes de l'immobilier coté estiment que le tour de table de la foncière est forcément appelé à évoluer. Oui, mais quand ? L'arrivée des actionnaires espagnols est intervenue en haut de cycle et leur prix de revient est nettement supérieur au cours de Bourse actuel de la valeur. Un argument de poids pour les dissuader de vendre aujourd'hui leur participation. Cela étant, on sait que ces mêmes actionnaires ont par ailleurs de sérieuses difficultés financières sur d'autres actifs espagnols et peut-être auront-ils besoin de disposer d'une manne rapidement cessible.

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En attendant, Gécina profite en Bourse d'un certain regain d'intérêt de la part des investisseurs. La société a accéléré son processus de cession d'actifs et s'est mise en ordre de bataille pour saisir de belles opportunités. La valeur gagne un peu plus de 22% depuis le 1er janvier. Il ne faudrait pas, toutefois, que ces questions judiciaires ne viennent à nouveau faire de l'ombre à l'image du groupe, celle-ci ayant été largement fragilisée ces dernières années par les pratiques de ses actionnaires hispaniques. L'action cède d'ailleurs aujourd'hui plus de 1%.

Pascale Besses-Boumard

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