La réforme bancaire en Espagne réussira-t-elle à restaurer la confiance ?

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Luis de Guindos, le ministre espagnol de l'Economie. Copyright Reuters
Luis de Guindos, le ministre espagnol de l'Economie. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
La Tribune a recueilli des réactions à chaud auprès de banquiers et d'analystes en Espagne après l'annonce d'une réforme bancaire majeure qui prévoit une hausse des provisions de 30 milliards d'euros, la création de "bad banks" et le lancement d'audits indépendants.

Le suspens a pris fin. Le Gouvernement espagnol a levé le voile sur sa seconde réforme financière en trois mois. Vendredi 11 mai, il a d?abord annoncé que la couverture des actifs immobiliers non toxiques au bilan des banques sera de 30%, ce qui suppose une hausse de 30 milliards d?euros des provisions sur ces actifs.

Des provisions de 54 milliards d?euros sur les actifs toxiques avaient déjà été imposées en février. Après quoi, 45% des 307 milliards d?euros du portefeuille immobilier seront couverts. Ces nouvelles exigences seront difficiles à atteindre pour certaines banques, qui devront trouver le capital nécessaire ou faire appel à l?aide publique, essentiellement injectée via obligations convertibles (Cocos). Le ministre de l?Economie Luis de Guindos affirme que les fonds prêtés ne dépasseront pas 15 milliards d?euros.

Le Gouvernement a en outre confirmé l?obligation pour chaque entité de transférer tous les immeubles en sa possession à une société immobilière chargée de les revendre sur le marché. Ces actifs resteront dans le bilan des banques mais à terme des investisseurs privés pourront entrer dans ces ?bad bank?, un premier pas vers la séparation des bilans. Enfin, répondant aux demandes de l?Union Européenne, le gouvernement a annoncé que deux audits de l?ensemble du secteur seront réalisés par des organismes indépendants. La question est de savoir si la réforme atteindra son objectif : restaurer la confiance des marchés en circonscrivant au maximum le risque immobilier et en augmentant la transparence. Dans le secteur, les réactions à chaud vont du soulagement à la déception.

 

"Ces mesures vont mettre en lumière la réalité du secteur" - Francisco López Lubián, expert du secteur financier à l?IE Business School.

 "Ces mesures auraient dû être prises depuis longtemps pour éviter une telle perte de confiance. Les provisions et les audits indépendants vont clarifier une fois pour toutes la situation du secteur. Cela ne porte pas préjudice aux banques puisque cela ne fera que mettre en lumière la situation déjà dégradée de leurs bilans."

 " Bénéfices en baisse, contraction du crédit, mais soulagement pour le risque pays" - Javier Montoya, analyste chez Alpha Plus.

 "Ces mesures permettent de couvrir l?intégralité du portefeuille immobilier. C?est une grande avancée. Cela ne convaincra toutefois pas les sceptiques. De plus, elles vont entraîner une perte de compétitivité des banques espagnoles en termes de bénéfices et de dividendes entre autres. A court terme, cela va en outre freiner la relance du crédit. Mais à moyen terme, sous l?effet de la réforme, la perception du risque du secteur financier baissera et dans son sillage, la prime de risque pays également."

 " Il n?y aura pas d?autres nationalisations " - le dirigeant d?une grande banque étrangère en Espagne

 "La réforme suit le bon chemin car elle révise la valeur des actifs immobiliers. Pour autant, dans quelques mois, les doutes ressurgiront, même si aucun autre pays n?a imposé de telles exigences au secteur bancaire. Les banques ont déjà provisionné de nombreux actifs et pourtant le secteur continue d?enregistrer des bénéfices. Mais certaines entités ne pourront pas faire face à cet effort additionnel et devront faire appel aux aides publiques. Pour autant, je ne vois aucune entité susceptible d?être nationalisée après Bankia, d?autant qu?il est réclamé à quatre caisses de taille moyenne de se fusionner".

 "Des exigences excessives" - un cadre des caisses d?épargne

 "Provisionner de la sorte des actifs non problématiques est excessif car nous sommes solvables. Il est possible qu?avec ces provisions, certaines caisses enregistrent des pertes mais nos bilans sont en état d?affronter cette crise quoiqu?en pensent les marchés. La séparation de la gestion immobilière nous permettra de nous concentrer sur la finance, notre vocation première."

 

" Des bad bank au statut pas assez clair" - Soledad Pellón, stratège chez IG Markets.

 "Le terme 'sociétés immobilières' est un euphémisme. Ces sociétés créées par la réforme sont des ?bad bank? en bonne et due forme puisqu?elles sont chargées de vendre les actifs toxiques des banques aux prix du marché. La différence est qu?elles sont individuelles et non pas communes à tout le secteur. Si bien que, si finalement des fonds publics sont apportés à terme pour renflouer ces sociétés, les banques « saines » n?auront pas à assumer ces fonds. Quoiqu?il en soit, de nombreuses questions demeurent, comme le financement et la gestion de ces sociétés."

 "Cette réforme ne sera pas la dernière" - directeur chez BBVA

 "La réforme ne va pas assez loin car elle ne sépare pas les actifs immobiliers des bilans des banques ce qui est pourtant fondamental, tout comme il est essentiel que du capital soit apporté à ces sociétés? Mais par qui ? Les bad bank annoncées, quoique nécessaires, ne changent donc pas fondamentalement la donne et cette réforme ne sera par conséquent pas la dernière. Reste à savoir combien de temps nous laissent les marchés pour poursuivre les changements."

 

 

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Commentaires
a écrit le 12/05/2012 à 17:27 :
Voilà. On pille l'Espagne. Après lui avoir donné beaucoup d'argent environ 14 milliards par an durant pratiquement 15 ans par des mécanismes européens nous en retirerons pas moins de 5 fois plus ! Lorsque l'on propose un deal complexe à des partenaires non avertis, il s'agit bien d'une escroquerie dont les états se rendent complice au quotidien. L'argent "prêté" à l'époque sous forme de dons de compensation a permis une croissance complémentaire et a été tiré sur les pays émetteurs et surtout leurs habitants. L'argent récolté permettra encore la croissance des pays prédateurs mais ira directement dans la poche de.... quelques malins.. mais est-ce bien le terme ? Entretemps quelques pays seront passés d'un rythme économique moyen à un écroulement dramatique. Bientôt ces pays diront avec justesse que c'est nous, la France, L'Allemagne qui devons leur fournir du travail. Il y aura alors peut-être des emplois prioritaires en France pour les Espagnols.... Triste Europe. D'autres en rigolent encore.

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