Pourquoi l'assurance vie fait le yo-yo

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Après un mois de mars en collecte nette négative de 1.2 milliard d'euros, l'assurance vie remonte la pente et n'est plus négative que de 100 millions d'euros. Depuis plusieurs mois, la collecte nette fluctue à la hausse puis à la baisse, et cette instabilité pourrait encore durer.

L'assurance vie semble entrer dans une phase d'instabilité.  Alors que  d'août 2011 à janvier 2012, la collecte était négative ( les versements ne compensaient pas les retraits),  elle est repassée timidement dans le vert de 300 millions d'euros en février, puis a rechuté dans le rouge de 1.2 milliard d'euros en mars, et est restée légèrement en dessous de zéro, à -100 millions d'euros fin avril, selon les chiffres de la profession.
"Nous sommes dans une phase où l'assurance vie a atteint un niveau mature. Et il va falloir s'habituer à des périodes de fluctuations de collecte", avait déclaré Daniel Collignon, directeur général de Spirica (compagnie d'assurance du Crédit Agricole) lors d'une conférence du Laboratoire Assurance Banque mercredi 11 avril.

Entre retraits et versements

En février, le tassement des retraits avait freiné la baisse de la collecte nette, en partie lié à de moindres investissements dans l'immobilier, qui avaient poussé les assurés vie à ponctionner leurs contrats fin 2011. Dans le même temps, les épargnants continuaient néanmoins à diminuer leurs versements (-14.3%), un comportement inhérent à l'attentisme préélectoral.  En mars pourtant, la collecte nette avait replongé de manière importante, sous le coup à la fois d'une baisse des versements et d'une augmentation des rachats. Quant à la remontée de la collecte nette au mois d'avril, elle a été portée par une baisse des retraits (-9.5%) et par une stabilité des versements.


Taquin, Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet Facts & Figures, va jusqu'à dire qu'une baisse de collecte dans le contexte actuel pourrait bien arranger les assureurs... "Cela n'est peut-être pas plus mal que les compagnies n'aient pas trop de collecte à investir pour l'instant. L'investissement des flux de collecte est extrêmement complexe, compte tenu de la baisse de l'OAT [obligation assimilable du trésor, NDLR], de la baisse des marchés actions et du niveau élevé des prix de l'immobilier".

Attentisme post-électoral

les raison de la moindre attractivité de ce placement  ne manquent pas :  concurrence de l'épargne bancaire,  morosité des marchés boursiers, baisse du pouvoir d'achat, diminution des taux de rendement, ou encore les annonces sur les changements de sa fiscalité. Sans compter l'impact psychologique de la crise des dettes souveraines dans la zone euro et des inquiétudes particulières concernant la Grèce ces dernières semaines.
"La situation restera instable pour l'assurance vie tant que le gouvernement Hollande ne se sera pas positionné", affirme Cyrille Chartier-Kastler.
Car il existe désormais un attentisme, cette fois post-électoral, concernant les mesures annoncées par François Hollande, et notamment celle sur le doublement du plafond du livret A, porté de 15 300 euros à 30 600 euros. Une réforme qui pourrait cannibaliser l'assurance vie...
Ce contexte particulièrement néfaste à l'assurance vie pourrait peser sur l'ouverture de nouveaux contrats ou reporter la décision des épargnants qui auraient l'intention d'en ouvrir un, et continuer à freiner les versements.

Un encours également instable

Fonds de commerce des assureurs, l'encours (stock total d'épargne) atteint 1376 milliards d'euros, en légère baisse par rapport au mois de mars (1379 milliards d'euros). "Une baisse très forte de l'encours placerait les assureurs dans une situation délicate et poserait un problème systémique. Mais nous ne sommes pas aujourd'hui dans cette situation", explique Cyrille Chartier-Kastler. L'encours avait également diminué en août, en novembre et en décembre dernier. L'an dernier, Jérôme Cornu, directeur des études et des statistiques à la Fédération française des sociétés d'assurance, expliquait cette diminution : "L'encours mensuel baisse. Cela s'explique par le fait que ce mois-ci [août], la baisse de la collecte nette n'a pas été compensée par la valorisation des placements en unités de compte."
La rechute des marchés mi-avril, à la suite  des élections législatives en Grèce, pourrait donc ne pas être étrangère à cette nouvelle fluctuation de l'encours à la baisse.
 

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Commentaires
a écrit le 25/05/2012 à 13:26 :
Contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, l'assurance-vie est aujourd'hui un placement qui rapporte peu et dont les revenus sont fortement taxés si l'on ne conserve pas son contrat pendant au moins 8 ans.
La plupart des assureurs prélèvent des frais sur les versements qui sont, en moyenne de l'ordre de 4%. Compte-tenu que les rendements actuels (contrats avec fonds en euros) tournent autour de 3%, il faut déjà presque 16 mois pour que le contrat commence à rapporter !
Et si vous racheter votre contrat moins de 4 ans après sa souscription, le fisc vous prend près de la moitié de vos plus-values (près d'un quart entre 4 et 8 ans, 7,5 % après 8 ans).
En résumé, si vous rachetez votre contrat juste avant les 4 ans fatidiques, votre contrat vous aura rapporté un peu plus de 4 % soit un peu plus de 1 % par an (avec une inflation à 2 % par an, vous aurez perdu -en pouvoir d'achat- 1 % par an.
Si vous rachetez votre contrat entre ces 4 ans et avant les 8 ans, vous êtes un petit chanceux puisque votre pouvoir d'achat n'a pratiquement pas bougé !
a écrit le 24/05/2012 à 22:59 :
A signaler toutefois que la collecte des contrats à frais réduits gérables sur internet type Abivie, Linxea, Darjeeling etc augmentent donc les clients sont désormais plus vigilants sur les excès de certains assureurs.

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