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Assurance vie : le "je t'aime, moi non plus" des épargnants

Laura Fort

Publié le 12 avril 2012 à 17:02 - Mis à jour le 12 avril 2012 à 17:12

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Revue de détails des raisons pour lesquelles ce produit fétiche des Français a subi depuis plusieurs mois des contrecoups importants qui pourraient nuire à son image.

L'épargnant est opportuniste et versatile. Il sait donc faire preuve de défiance envers tel ou tel placement selon ses besoins de consommation, la rémunération de l'épargne ou l'environnement politique et fiscal. Et avec l'assurance vie, depuis l'été dernier, c'est l'amour vache... Pendant six mois consécutifs, d'août 2011 à janvier 2012, la collecte nette d'assurance vie (versements moins retraits) a été négative, c'est-à-dire que les retraits effectués sur les contrats n'ont pas été compensés par les versements. Décembre a enregistré la plus forte décollecte, de 3.8 milliards d'euros. En février, la collecte nette est revenue timidement dans le vert, positive de 300 millions d'euros.

Une débâcle aux multiples visages

"Nous sommes dans une phase où l'assurance vie a atteint un niveau mature. Et il va falloir s'habituer à des périodes de fluctuations de collecte", a déclaré Daniel Collignon, directeur général de Spirica (compagnie d'assurance du Crédit Agricole) lors d'une conférence du Laboratoire Assurance Banque (LAB) mercredi 11 avril.
Il y a de multiples raisons à cette mauvaise passe que l'assurance vie a connu ces derniers mois : crise des dettes souveraines, chute des marchés actions, baisse du pouvoir d'achat, diminution des taux de rendement, arbitrages vers l'épargne bancaire ou vers l'immobilier, annonce sur des changements de fiscalité, ou encore exil sous de meilleurs auspices au Luxembourg... Si les épargnants semblent désenchantés par l'assurance vie, ils sont aussi désargentés, et ont puisé dans leur contrat pour satisfaire des besoins de consommation courante, éviter de recourir au crédit ou gonfler l'apport personnel d'un crédit immobilier. Enfin, les versements sur les contrats en unités de compte suivent quant à eux de près les performances du Cac 40.

Le couteau suisse des épargnants

Sur le site de la FFSA, Nicolas Moreau, directeur général d'Axa France, affirme : "Si l'assurance vie concerne tout le monde, c'est parce qu'elle permet de poursuivre des objectifs différents et donc de répondre aux besoins de chacun : épargne de précaution, prévoyance, complément de revenus pour la retraite. [...] Elle reste le couteau suisse des investisseurs épargnants". Et justement, le couteau suisse s'ouvre et se referme au gré des besoins, et l'épargnant en utilise les différents accessoires à sa guise, pratiquant des arbitrages, des retraits totaux ou partiels, des versements libres ou programmés, ou investissant à l'envi sur le fonds en euros ou sur des unités de compte.
Les épargnants font aussi jouer les générations de contrats, les taux de rendement... et la concurrence ! Bernard Le Bras a remarqué lors de la conférence du LAB que "dans la banque en ligne, il y a eu très peu de sorties. Les contrats sont plus jeunes et comportent encore un frein fiscal. Et les assurés en ligne sont généralement multidétenteurs de contrats : ils ponctionnent donc davantage leurs contrats arrivés à maturité ou ceux qui servent un rendement inférieur". Avant d'ajouter que  "dans la banque privée, les niveaux de rachat sont plus élevés et correspondent à des arbitrages vers l'immobilier, vers le Luxembourg ou à une stratégie de répartition entre différentes compagnies".

Attentisme pré-électoral

En ce début d'année, les épargnants ont moins ponctionné leur contrat. "Après une panique à l'automne sur la restructuration des dettes souveraines, l'assurance vie a quand même rassuré en servant un taux moyen de 3%. S'il n'est pas exceptionnel, il montre que le choc a pu être absorbé par les compagnies", explique Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet Facts & Figures. Par contre, les épargnants ont moins versé d'argent sur leurs contrats, adoptant une posture d'attentisme, comme souvent en période pré-électorale. Daniel Collignon confirme : "Nous sommes souvent interrogés sur des stratégies de placements importants, qui, finalement, ne se font pas. La période pré-électorale engendre peu de passage à l'acte".

En creux et en pics

Des périodes de "creux" ont déjà été observés : décembre 2010 affichait par exemple une collecte nette proche de zéro, décembre 2008 une décollecte de 300 millions d'euros et octobre 2008 une décollecte de 3.1 milliards en octobre 2008. Mais l'assurance vie n'a pas toujours été boudée par les Français, loin s'en faut. En juillet dernier, juste avant la période de décollecte, l'assurance affichait encore une collecte nette de 2.7 milliards d'euros. Loin des pics enregistrés par le passé. A titre d'exemple : 6.9 milliards d'euros en juillet 2010 et en juillet 2009, 7.8 milliards d'euros en janvier 2007, 9.3 milliards d'euros en janvier 2006, ou encore 8.7 milliards d'euros en décembre 2001.

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Des infidélités aux livrets d'épargne

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Les épargnants sont également inconstants avec le livret A : il atteint aujourd'hui des records de collecte malgré un gel de son taux à 2.25% en février, à mettre sur le compte d'un effet de vase communicant avec l'assurance vie et d'un attrait pour les produits d'épargne, perçus comme plus sécurisant en temps de crise. Cela n'a pas toujours été le cas. Il est arrivé à plusieurs reprises aux livrets d'épargne réglementés de décollecter : au mois de novembre 2011, les retraits ont ainsi dépassé les dépôts, générant une collecte nette négative de 40 millions d'euros pour le livret A et de 430 millions d'euros pour le LDD. Les professionnels évoquaient alors des retraits liés à la période des achats de Noël et de paiement des impôts. Dans un passé récent, le phénomène s'est reproduit pour le livret A en juin, octobre et novembre 2010. Quant au LDD, il a affiché 7 mois de collecte nette négative en 2011 et 7 mois en 2010.

Laura Fort

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