Epargne : les gestionnaires défendent "madame Michu" et... leurs intérêts

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L'épargne salariale est investie à hauteur de 60% en actions. Copyright Reuters
L'épargne salariale est investie à hauteur de 60% en actions. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
L'Association française de la gestion (AFG) a présenté mardi des propositions pour mieux orienter l'épargne longue vers le financement de l'économie, qui va subir un désengagement des banques. En ligne de mire : les projets fiscaux du gouvernement. Indirectement, ce sont aussi ses 83.000 emplois que l'industrie française de la gestion défend.

François Hollande ne compte sans doute plus les actions de lobbying du secteur financier. Après Paris Europlace et l'Afic (Association française des investisseurs pour la croissance) au printemps, c'est au tour de l'Association française de la gestion financière (AFG) de pousser un cri d'alarme au sujet de la fiscalité de l'épargne, et de ses conséquences sur le financement de l'économie. En raison de la future réglementation dite de Bâle III, et de son impact sur les ratios de liquidité des banques, celles-ci financeront moins les entreprises, à l'avenir. « Il faut donc orienter l'épargne longue [par opposition à l'épargne liquide, qui répond à des besoins de consommation ponctuels ; Ndlr] vers les PME, afin de pallier le désengagement des banques », estime Paul-Henri de La Porte du Theil, président de l'AFG. Mais, pour ce faire, « la fiscalité doit sourire un peu à l'épargne, or les mesures décidées (par le gouvernement) ne vont pas dans ce sens », s'agace le patron de l'AFG.

La taxe sur les transactions financières « cible la mère Michu qui épargne »

A commencer par la taxe sur les transactions financières, qui sera appliquée à partir d'août sur l'acquisition de titres de sociétés françaises pesant au moins un milliard d'euros en Bourse. « Cette taxe ne cible pas les spéculateurs mais l'épargnant de base, la mère Michu qui épargne », s'indigne Paul-Henri de La Porte du Theil. Autre objet de son courroux : le maintien à 15,5% des prélèvements sociaux appliqués aux revenus de l'épargne, alors que « le minimum serait d'ôter cette surtaxation. » « Cette fiscalité décourage les épargnants de privilégier l'épargne longue, la plus utile au financement de l'économie », met en garde le président de l'AFG.

Augmenter l'avantage fiscal lié au dispositif FIP-FCPI

Cette dernière a ainsi publié mardi une douzaine de propositions destinées à mieux orienter l'épargne des Français vers le financement des entreprises et, en particulier des PME. Car celles-ci se financent à hauteur de 92% auprès des banques et auront plus de mal que les grands groupes à recourir au marché obligataire pour contrebalancer la diminution des crédits bancaires. L'épargne salariale étant un bon contributeur au financement des entreprises, puisqu'elle est investie à 60% en actions, l'AFG suggère de garder à 8% le taux du forfait social appliqué au PERCO (Plan d'épargne pour la retraite collectif), au lieu de le propulser à 20%, comme prévu par le gouvernement.

Dans la même optique de drainer l'épargne des français vers les PME, l'AFG milite en faveur d'une hausse de l'avantage fiscal auquel donnent droit des placements dans les FIP (fonds d'investissement de proximité) et dans les FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation). Ramenée de 25% des versements effectués à 22%, puis à 18% l'an dernier, la réduction d'impôt sur le revenu devrait être relevée à 30%, estime l'AFG. Sinon, la collecte de ces fonds qui investissent dans des PME régionales ou innovantes, et qui a plongé de 12% en 2011, à 736 millions d'euros, « chutera encore davantage. »

La fiscalité a sonné le glas de l'industrie de la gestion en Espagne et en Italie

Le financement des PME, bien sûr, mais aussi les propres intérêts de l'AFG. Ou plus exactement ceux de ses adhérents, les sociétés de gestion financière et leurs 83.000 emplois en France. Car qui dit fiscalité défavorable de l'épargne dit moins de travail pour ces sociétés, dont le métier consiste à créer des produits de placement. « L'industrie de la gestion a quasiment disparu en Italie et en Espagne, du fait de mesures fiscales mal faites », rappelle Paul-Henri de La Porte du Theil, qui n'hésite donc pas à « pousser un cri » quant à l'avenir de la gestion financière française. Exactement comme le lobby du capital-investissement l'avait fait quelques mois plus tôt pour son propre compte.
 

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Commentaires
a écrit le 11/07/2012 à 13:40 :
Historique des prélèvements "sociaux" sur l?épargne :

1996 : 0,5%
aujourd'hui : 15,5 % !!!!
a écrit le 10/07/2012 à 18:31 :
Les banques ne financent plus depuis longtemps l'economie reelle,alors arretez de nous faire croire n'importe quoi. Taxons ces parasites et basta

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