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Solvabilité 2 révolutionne déjà le métier des sociétés de gestion

Laura Fort

Publié le 07 décembre 2012 à 14:34

Le Quotidien Numérique

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Solvabilité 2 n'est pas encore entrée en vigueur qu'elle chamboule déjà le quotidien des sociétés de gestion, aussi bien en terme d'allocation d'actifs conseillée à leurs clientèle d'assureurs, que d'évolution de leur métier.

Institutionnels, politiques, assureurs, banquiers : tous seront réunis ce vendredi 7 décembre pour la conférence annuelle dédiée à Solvabilité 2 organisée dans les murs de la Fédération française des sociétés d'assurance. Et le sujet ne manquera pas d'être évoqué : comment les assureurs placent-ils leurs actifs sous la contrainte de gestion actif-passif imposée par Solvabilité 2 ? En effet, les assureurs doivent désormais placer leurs actifs, non pas seulement en fonction du rapport rendement / risque, mais aussi de la relation risque / consommation de fonds propres.
Les sociétés de gestion ont donc dû s'adapter pour faire face à de nouvelles demandes de leurs clients assureurs, liées à ces évolutions réglementaires.

Pouvoir proposer du sur-mesure

L'échéance de l'entrée en vigueur de Solvabilité 2 a beau être repoussée aux calendes grecques (voir ci-dessous), cela fait déjà plusieurs années que les assureurs font évoluer leur stratégie d'allocation d'actifs.
Un phénomène qui génère des changements au sein même des sociétés de gestion. "Solvabilité 2 nous oblige à avoir une compréhension beaucoup plus fine de nos clients. Avant, nous proposions des solutions standardisées ou optimisées. Aujourd'hui, nous proposons des solutions sur-mesure qui correspondent à la gestion actif-passif de chaque compagnie d'assurance", indique Vincent Cornet, directeur de la gestion de La Banque Postale Asset Management.
Les sociétés de gestion doivent donc investir sur les ressources humaines et les systèmes d'information. "Nous devons nous adapter en termes d'effectifs et de développement informatiques. En effet, nous étions auparavant de purs asset managers, et nous devons aujourd'hui pouvoir délivrer des solutions qui ne sont pas toutes exclusivement liées aux actifs. A court terme, cela représente des investissements et des coûts", confirme Vincent Cornet.

Risques opérationnels, mais opportunités de croissance

Le premier baromètre sur l'état de préparation des sociétés de gestion à Solvabilité 2, réalisé par l'Association française de gestion (AFG) avec le cabinet Kurt Salmon, relève que des contraintes liées aux reportings adressés à leurs clients assureurs ont émergé. 70% des sociétés de gestion doivent par exemple anticiper l'intégration des calculs de SCR (Solvency Capital Requirement) à leurs reportings. Globalement, le baromètre estime que "l'arrivée de la réforme est perçue comme génératrice de risques, plus particulièrement de surcharge de travail mais aussi de déstabilisation de la production des reportings et également de risques opérationnels pour les plus grosses sociétés de gestion interrogées".
Solvabilité 2 recèle cependant des opportunités en matière de développement du "business" et donc, de croissance. D'ailleurs, le même baromètre révèle que 92% des sociétés de gestion considèrent l'arrivée de Solvabilité 2 comme structurante, et que 88% d'entre elles estiment que la régulation à venir est une opportunité de croissance et de repositionnement.
Jean-François Boulier, responsable des investissements chez Aviva Investors, identifiait ainsi certains points positifs : "Le fait d'aller prospecter de nouvelles sources de diversifications rend le métier encore plus intéressant. Par exemple, concernant les entreprises non cotées, nos analystes crédit sont d'une aide précieuse pour évaluer la signature d'une société. Sur le non coté, nous allons par conséquent être capables de porter un regard critique sur un "club deal" proposé par une institution."

Condamnées à innover

Les sociétés de gestion sont par ailleurs "condamnées" à innover, puisque ce ne sont pas sur les produits à faible risque qu'elles pourront se rémunérer au mieux... Selon le baromètre de l'AFG, 62% des sociétés de gestion souhaitent proposer des produits et des services spécifiques à Solvabilité 2 ou « solvency compliant ». Une majorité de sociétés de gestion compte ainsi proposer des mandats de gestion optimisés dans le cadre de Solvabilité 2 ou livrer un calcul de SCR de marché pour les OPCVM.
"Sous la contrainte du marché ou des agences de notation, certains assureurs ont dû revoir leur allocation en cédant certains actifs risqués. Nos solutions doivent être aujourd'hui à l'intersection des taux bas et des contraintes imposées par Solvabilité 2", explique Vincent Cornet. Avant d'ajouter : "Nous sommes en train de lancer un fonds pour répondre aux contraintes de Solvabilité 2 et à la nécessité de rendement. Ce sera un fonds cross-over entre du crédit investment grade et du crédit speculative grade."

Les masses bougent

Par ailleurs, en terme d'allocation d'actifs, les masses bougent. Mécaniquement, les assureurs se désengagent des actions, trop gourmandes en capital, et se positionnent de manière plus importante sur le crédit et les obligations d'Etat. Ce phénomène n'est pas neutre : selon une étude d'Axa IM, ce désengagement a induit "une réduction d'un quart de la rentabilité totale des actions européennes depuis 2009, et exercé une pression importante sur les spreads des obligations d'entreprise (jusqu'à 80 points de base)". En moyenne, Axa IM a observé une baisse de détention d'actions de 15% à 10%, une augmentation de détention de dette souveraine de 32% à 34% et une hausse du crédit de 30% à 33% entre 2009 et 2012. La société de gestion estime que ces mouvements de réallocation d'actifs devraient perdurer encore cinq ans. "Nos résultats suggèrent que Solvabilité 2 devrait continuer à coûter aux actions 2% de rentabilité annualisée. [...] Concernant les obligations d'entreprise, Solvabilité 2 pourrait potentiellement provoquer une baisse supplémentaire des spreads de 60 points de base par rapport aux niveaux actuels", indique Axa IM. Les sociétés de gestion n'ont donc pas fini de se réinventer...

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Solvabilité 2 sera-t-elle vraiment appliquée un jour ? Sans cesse repoussée, son entrée en vigueur est désormais attendue pour 2016 suite aux dernières déclarations de Gabriel Bernardino, le superviseur européen de l'assurance. Dans une interview au Wall Streeet Journal Deutschland, il affirmait ainsi que "dans le meilleur des cas, Solvabilité 2 pourrait entrer en vigueur en 2015 ou 2016, cela dépend de la longueur du processus législatif et politique", puis, louvoyant, ajoutait qu' "au final ce sera plutôt 2016 mais nous allons voir".
Le projet de directive Omnibus 2, qui vient modifier la directive Solvabilité 2 adoptée en 2009, est en effet toujours en débat au sein du trilogue (Parlement, Commission, Conseil). Mais au-delà des discussions sur la localisation du curseur dans le calcul des fonds propres requis en face de tel ou tel risque ou des discussions pour savoir quelle institution aura le pouvoir de veiller à la bonne application de Solvabilité 2, le c?ur du problème est politique.
Les intérêts divergent d'abord entre Etats-membres : "Le Conseil des Etats membres est divisé (ce qui n'étonnera personne) entre des gouvernements qui souhaitent l'entrée en vigueur rapide de Solvabilité 2 comme le Royaume-Uni, les pays nordiques, les Pays-Bas, et d'autres qui n'en veulent pas ou plus (au premier rang desquels, l'Allemagne)", explique le Groupement des entreprises mutuelles d'assurance (GEMA) dans sa dernière lettre.
Certains auraient même tout intérêt à faire durer les débats jusqu'en mai 2014, date à laquelle les mandats du Parlement et de la Commission arrivent à échéance : "Ceux qui soutiennent Solvabilité 2 veulent boucler les débats avant mai 2014, alors que les autres comptent faire durer les études et les discussions au-delà de cette date, avec l'espoir que le nouveau Parlement et la nouvelle Commission renonceront à reprendre un dossier aussi complexe", ajoute le GEMA.
Le cas échéant, 2016 paraîtrait alors déjà obsolète... Pour autant, le GEMA estime qu' "on ne voit pas comment l'Europe pourrait s'exonérer d'appliquer un jour la directive du 25 novembre 2009, qui a été formellement approuvée par le Conseil et le Parlement européens".

Laura Fort

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