Gestion d'actifs : les assureurs-vie cherchent des voies de diversification

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Dans un contexte de baisse des taux et de hausse du coût de la prise de risque avec Solvabilité 2, les gérants doivent faire preuve d'imagination pour diversifier leurs investissements. Entretien avec Pascal Heurtault, responsable des investissements d'Aviva Investors, qui pilote le fonds général des contrats d'Aviva Vie et celui de l'AFER.

L'allocation d'actifs est un véritable casse-tête pour les gérants de fonds général d'assurance vie : l'OAT est au plus bas, les actions coûtent cher dans le cadre de Solvabilité 2, le monétaire ne rapporte quasiment plus rien... Dans ce contexte, quelle stratégie d'investissement peuvent poursuivre les gérants pour servir le taux de rendement promis sur l'assurance vie cette année (en moyenne 3%) ? Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet Facts & Figures, affirmait cependant qu'une baisse de collecte dans le contexte actuel pourrait bien arranger les assureurs : "Cela n'est peut-être pas plus mal que les compagnies n'aient pas trop de collecte à investir pour l'instant. L'investissement des flux de collecte est extrêmement complexe, compte tenu de la baisse de l'OAT, de la baisse des marchés actions et du niveau élevé des prix de l'immobilier".
Pascal Heurtault, responsable des investissements chez Aviva Investors, nous livre ses préconisations.

Dans le contexte actuel, où allez-vous chercher du rendement ?

Si vous disposez d'obligations avec des maturités assez longues en portefeuille, et que vous avez peu de remboursement et de réinvestissement à effectuer aujourd'hui, cela n'est pas véritablement un problème. D'autant plus que, chez Aviva Investors France, nous avions acheté des signatures privées qui affichaient des rendements élevés pendant la crise 2008-2009, et nous les avons conservées, la gestion d'un fonds en euros ne s'apparentant pas à celle d'un OPCVM benchmarké. Par ailleurs, même si nous n'avions pas anticipé l'intensité
de la crise des dettes souveraines, nous l'avons néanmoins abordée avec très peu d'obligations d'Etat et surtout très peu d'obligations des "PIIGS", jugeant leurs rémunérations trop faibles par rapport à celles offertes sur les signatures privées.

Et pour les obligations arrivées à maturité, sur quoi avez-vous réinvesti ?

Nous avons investi sur les obligations de l'Etat italien en 2011 et avons continué à acheter des signatures privées. Les niveaux de taux nous ont également fait réfléchir à une diversification internationale. Nous avons par exemple investi sur des obligations "High Yield" aux Etats-Unis, couvertes en euros, et avons continué à investir dans les obligations des pays émergents, là aussi avec une couverture en euros. L'implantation internationale d'Aviva Investors a par ailleurs facilité cette diversification
Par contre, pour éviter de subir une trop grande volatilité, nous ne revenons pas sur les "PIIGS". Sur l'Espagne, où les obligations d'Etats sont très volatiles, nous préférons nous priver de rendement élevés, plutôt que de prendre le risque d'une décote de 30%.
La gestion d'un fonds en euros doit se faire dans une approche patrimoniale. Il ne faut pas risquer de mettre en danger l'épargne du souscripteur. C'est pourquoi nous ne voulons abîmer le profil de risque du "produit". A côté du fonds en euros, les épargnants ont en effet les unités de compte s'ils souhaitent prendre du risque.

Où allez-vous chercher de la diversification ?

Les Etats ont de moins en moins d'argent pour financer leurs grands projets. Nous allons donc souscrire à des produits liés au financement d'infrastructures, qui offrent un rendement bien supérieur à celui que vous pouvez obtenir avec des obligations de l'Etat français.
En outre, les banques sont dans une démarche de "deleveraging" et commencent à recycler leurs créances auprès des sociétés d'assurance. En souscrivant à ce type d'investissement, le taux de rendement est également beaucoup plus attractif que celui des états "core" de la zone Euro.
Il y a enfin un besoin de financement du côté des entreprises non notées, qui ont de plus en plus de difficultés à se financer via le système bancaire traditionnel et qui vont de plus en plus se financer via des émissions obligataires. C'est un marché intéressant avec, là aussi, des rémunérations attrayantes.

Du coup, votre métier est-il en train d'évoluer ?

Le fait d'aller "prospecter" de nouvelles sources de diversifications le rend encore plus intéressant. Par exemple, concernant les entreprises non notées, nos analystes crédit sont d'une aide précieuse sur ce sujet pour évaluer la signature d'une société. Sur le non noté, nous allons par conséquent être capable de porter un regard critique sur un "club deal" proposé par une institution.


Retrouvez les derniers chiffres de l'assurance vie pour le premier semestre 2012
 

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a écrit le 26/07/2012 à 13:12 :
Les assureurs font tous la même chose au même moment : financement des infrastructures, cessionnaire des créances détenues par les banques sur des corporates, banques qui sont contraintes par Basel III.

Cet "arbitrage" réglementaire qui fait que l'assureur dont la régulation ne capte pas encore bien ces risques se permet de s'aventurer sur un terrain ou les banques et leurs super modèles de risques se retirent vont être la source de la prochaine crise "à la subprime".

Ce n'est pas parce que Solvency II ne capte pas aussi bien les risques que la dette des corporates que Basel III qu'ils faut les assureurs tombent comme des moutons sur ces actifs.

Après tout Solvency II ne demandait aucun capital a détenir pour des placements en emprunts d'Etat même grecs, et ça jusqu'en 2009/2010.

La réglementation des placements d'assurances même Solvency II est en retard sur celle des banques. Et si les banques ne veulent plus prêter à ces entreprises, faut bien se dire qu'il y a une bonne raison.

No free lunch.
* Rien ne remplace une réelle analyse de risque "indépendante".
* Et il faut peut être penser à baisser les rendements servis sur les fonds en euros.
* et gagner de l'argent en assurant de vrais risques et en revenant à leur vrai métier qui est le seul à ne pas subir les affres des marchés financiers, le risque d'assurance (accidents, décès, dépendance, maladie, changement climatique etc...).

Un assureur !



Réponse de le 26/07/2012 à 13:37 :
Petite correction :

Ce n'est pas parce que Solvency II ne capte pas aussi bien les risques sur la dette des corporates que Basel III qu'il faut les assureurs tombent comme des moutons sur ces actifs...
Réponse de le 01/08/2012 à 11:00 :
Je pense que dire que Solvency II capte moins bien les risques que Bales III est une vision simpliste et erronée : ces législations captent les risques de chaque industrie, qui ne sont pas les mêmes. Par ailleurs, il ne faut pas diaboliser les prêt infrastructures qui sont certes moins liquides que des obligations traditionnelles (et encore, faut-il que les obligations le soient !!!) mais pas nécessairement plus risqué d?un point de vue crédit (à titre d'exemple des études S&P montrent que les défauts sont en moyenne moins élevés sur des prêts infrastructures que sur des corporate !).Enfin, Solvabilité II capte bien le risque de crédit de ces investissements. Je pense simplement que les banques et les assureurs on des intérêts divergeants : une banque est de plus en plus en recherche de liquidité et a tendance à se déleverager alors que l'assureur conserve une forte capacité à utiliser l'illiquidité de son passif (qui reste forte malgrès les rachats connus récemment). Je pense que le vrai risque pour un assureur est de rester sur des classes d'actifs aux rendements moribonds (OAT, euro corporate investissement grade etc...) ou les risques sont bien réels mais souvent ignoré par des comportements de marché moutonniés (par exemple le fait de croire qu?à hordzon 10 ans nous pas de risque de hausse de taux et investir sur des maturités 30 ans sur des actifs soit-disant sans risque).
Réponse de le 01/08/2012 à 23:57 :
...simpliste et erronnée ? Ou la, vous y allez un peu fort...
Je n'ai pas dit que Solvency II capte moins bien les risques partout, mais il capte certainement moins bien les risques sur certaines classes de risques notamment les actifs...

Je n'ai pas en tête des besoins en fonds propres demandés par Basel III sur les prêts d'infrastructures ou les Loans mais je sais que cet exigence de ratio de liquidité en Basel III n'existe pas dans Solvency II. Et surtout, le modèle standard de Solvanecy III ne reclamait aucun besoin en fonds propres pour la détention des emprunts d'Etat grecs même dans des spécifications sorties en Juillet 2010 !!
Si ce n'est pas louper des risques majeurs dans une régulation qui est avant-gardiste, je ne sais pas ce que c'est...
En tous cas, j'ai souvenir des super produits structurés vendus par les banques en 2004-2005 qui se sont révélés être des attrape-nigauds...
La hausse des taux ? On l'attend depuis 10 ans.... au prix de la souscription de dérivés vendus encore par les banques (avec bien sûr un LIBOR/EURIBOR arrangé pour ne rien payer)...
Dans 10 ans, les taux d'Etat Euro core peuvent plutôt se retrouver à 0.25%....
Réponse de le 02/08/2012 à 0:04 :
En plus, pour les assureurs, mettre ces prêts d'infrastructures, loans à je ne sais quel corporate avec l'argent d'assurés qui est censé être racheté à tout moment, je pense que le bon sens commanderait de ne pas rajouter des risques inutiles à l'actif à des risques déjà existants au passif...

Si le corporate ne peut pas convaincre une communauté d'investisseurs, le fameux marché ou si la régulation bancaire limite les prêts aux entreprises, ça veut dire qu'il faut refourguer cela aux assureurs...
Je ne sais pas s'il existe un "illiquidity inadequacy risk" en Solvabilité II mais il devrait...car ne pas être remboursé de loans importants au moment où on a des rachats important, c'est sans doute pire que détenir des obligations cotés en moins-values dont on peut toujours se défaire... les loans, pour en sortir en cas de défaut du coroprate, bonjour....
Réponse de le 02/08/2012 à 0:11 :
Last, je me souviens d'un Directeur Financier qui ne démordit pas devant un consultant et vira une bonne partie de ses actifs pour se mettre sur des Emprunts d'Etat à 30 ans à 6%...
Ca répondait à ses besoins de passif, et il ne voulait pas s'encombrer de trucs exotiques, bizarres et à la mode que lui proposait le consultant...
C'était en...1998 et c'est sans doute l'une des meilleures décisions financières prises, d'autant plus que ça répondait à des besoins de passif et que les taux ont depuis bien bien baissé...

Un bon assureur ne devrait jamais suivre les modes...
Loans à la place des banquiers, infrastructures, tout çà, c'est des modes (Solvency II ou pas...) comme l'étaient les produits structurés des années 2004-2005 !
Contracyclicity, le bon sens, contracyclicity is the key for long term management !

Intéressant débat le bon sens, au plaisir...
Réponse de le 02/08/2012 à 0:19 :
"une banque est de plus en plus en recherche de liquidité...."

Le métier d'une banque est de prêter pour financer l'économie, pas de rechercher des liquidités et garder un magot d'or à la Picsou...

Le métier d'un assureur est d'assurer, pas de jouer à l'investisseur de génie.
Si les vrais produits d'assurance (les vrais produits de risques) rapportent déjà qqe chose, l'assureur peut s'en foutre du résultat financier....
Mais comme l'assurance vie est devenu un produit d'épargne défiscalisée (et que le taux de rendement est l'argument de choc pour des assureurs en manque d'imagination de vrais garanties de risques), et bien les assureurs sont bien dans la mouise...



;-))))))))))))))))))))))))))))))))))
Réponse de le 02/08/2012 à 2:10 :
"à titre d'exemple des études S&P montrent que les défauts sont en moyenne moins élevés sur des prêts infrastructures que sur des corporate !"

S&P ratait bien les CDO de subprime AAA avec des modèles de risques et des analyses de défaut précises n'est-ce pas ? Qu'est-ce qui est arrivé ?
Ah non, ce n'est pas la même chose, ben voyons...

C'est toujours la même histoire, toujours...Et ce sera la même chose...
Moutons que sont les zinzins...

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