Placements sur Internet : les publicités orientent les épargnants vers des produits spéculatifs

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L'Autorité des marchés financiers a passé au crible 3 876 publicités et 717 messages promotionnels depuis 2011. Elle constate que les particuliers sont incités sur Internet à acheter des produits spéculatifs plus proche de l'univers du jeu que de l'investissement.

Placer son argent pour épargner n'a rien à voir avec le casino. Pourtant, l'Autorité des marchés financiers (AMF) constate dans la dernière étude de son Observatoire de l'épargne qu'un nombre important de publicités "agressives" sur internet "incitent le grand public à intervenir sur le Forex (marchés des changes, ndlr) et sur les matières premières. Elles promettent des gains importants et rapides. Mais elles occultent les risques de pertes parfois ruineuses pour des apprentis trader prétendument formés en 1 heure".

Sur quoi communiquent les établissements financiers ?

Selon l'étude conduite par l'Observatoire de l'épargne, près d'une communication (lettre d'information, site internet) sur quatre concerne l'investissement en Bourse (actions, obligations, OPCVM...). De janvier à septembre 2012 : 31% des communications des établissements financiers ont porté sur les livrets d'épargne devant l'assurance vie (28%).

Un cadeau ou une incitation financière accompagne une communication sur deux , par exemple sous la forme de frais réduits à la souscription ou d'un taux de rendement bonifié. "Cette pratique est en particulier utilisée pour promouvoir les services de passation d'ordres de bourse sur internet pour lesquels la quasi-totalité des communications affichent des frais de courtage réduits ou des frais de transfert de compte-titres pris en charge", remarque l'Observatoire.

En ce qui concerne plus spécifiquement les publicités, sur les 9 premiers mois de 2012, une publicité sur deux incite au trading sur les marchés financiers (Forex, matières premières, actions...) par le biais d'instruments financiers de type risqués comme les CFD, les options,  etc. Ces publicités sont largement diffusées sur internet, précise l'Observatoire tout en soulignant qu'une "publicité diffusée sur une chaîne de télévision nationale a beaucoup plus d'impact qu'une bannière sur internet". Elles visent le grand public et occultent souvent les risques de pertes.

A l'inverse les publicités pour les produits plus "classiques comme les livrets, les comptes à terme ou l'assurance vie sont plutôt publiés dans la presse papier. Une majorité (6 sur 10) portent sur les livrets d'épargne. L'Autorité des marchés financiers a par ailleurs alerté le public sur les risques des placements "exotiques" ou atypiques comme les diamants, les manuscrits, les timbres et autres bouteilles de vins millésimées sur lesquels des offres commerciales fleurissent en particulier sur internet. Des rendements flatteurs sont souvent promis, observe l'Autorité qui recommande aux épargnants de se procurer le plus d'informations possibles sur l'intermédiaire qui propose le produit et sur la méthode de valorisation car il s'agit de placement qui ne sont pas contrôlés par le gendarme de la Bourse.

Près de 7 Français sur 10 s'estiment mal informés sur les produits boursiers


Les épargnants semblent cependant faire, pour la plupart, la distinction entre communications commerciales et informations, puisque malgré l'abondance des publicités,  66% des Français s'estiment mal informés ou même très mal informés (21%) en matières de produits financiers, selon une enquête TNS Sofres d'octobre 2012 citée par l'Obervatoire. A l'inverse, une proportion quasi équivalente (63%) s'estime bien ou très bien informée sur les produits d'épargne comme les livrets ou l'éssurance vie.

Qui investit sur Internet ?

Selon une autre étude (1) publiée en mai 2012 sur le marché du trading en ligne (actions, ETF, CFD, Forex...) et citée par l'Observatoire, la France comptait en février 2012 environ 475 000 actionnaires particuliers actifs sur internet, soit 1 % de la population française adulte. C'est nettement moins qu'en Grande-Bretagne (1,4 %) ou  en Allemagne (1,9%).
Le montant médian des portefeuilles des actionnaires actifs sur internet est de 70 000 euros environ. Et ces actionnaires actifs sont à 88 % des hommes dont la quasi-totalité (97 %) détenait des actions françaises en direct et 49 % des actions internationales. Ils étaient également  28 % à détenir des OPCVM, c'est à dire des fonds de placements collectifs. Mais, une proportion non négligeable (18 %) détenait des ETF (exchange-traded funds ou trackers : fonds indiciels cotés), soit 60 000 particuliers, qui sont aussi souvent des investisseurs en action : 86 % d'entre eux investissent en effet à la fois dans des ETF et dans des actions françaises en direct. Parmi les actionnaires actifs, 11 % investissent dans des warrants (produits dérivés) soit 31 000 investisseurs.

D'autres types d'instruments financiers à "effet de levier", c'est-à-dire permettant d'investir plus que la somme réellement misée (tels que les turbos, certificats à effet de levier, options, futures), ont été utilisés par moins de 10 % des investisseurs en actions.

Les CFD - instruments financiers qui permettent de parier sur la variation des marchés sans être propriétaire de la valeur sous-jacente négociée - sont de plus en plus utilisés : 16 000 utilisateurs avaient été recensés en février 2012 dont plus d'un quart avaient opéré pour la première fois sur ces instruments au cours de l'année précédente  et 15 000 investisseurs sur le Forex (marché des changes). Et 11 500 investisseurs ont été reconnus actifs à la fois sur les CFD et le Forex (marché des changes sur lequel les devises sont échangées).

(1) Étude réalisée en janvier et février 2012 par la société Investment Trends auprès d'un échantillon de 7 600 investisseurs français investissant via internet. Ce sont des investisseurs ayant réalisé au moins une opération d'investissement dans les 12 mois précédant l'étude.

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Commentaires
a écrit le 15/12/2012 à 1:56 :
"Les FRançais se sentent mal informés" et pour cause :-) le soit-disant conseiller financier n'est pas plus conseiller financier que mon charcutier, mais il a un point commun avec ce dernier: il vante et vend les produits de son entreprise :-) mais contrairement à mon charcutier, il fait preuve de psittacisme plutôt que de connaissances réelles du produit qu'il vend.

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