Capital-investissement: l'activité continue de rebondir après la crise
latribune.fr

La France tire son épingle du jeu à l’échelle européenne en se positionnant deuxième sur le plan des investissements, derrière le Royaume-Uni.
Reuters
latribune.fr

La France tire son épingle du jeu à l’échelle européenne en se positionnant deuxième sur le plan des investissements, derrière le Royaume-Uni.
Reuters
Le capital-investissement est revenu dans le vert en 2024. La « private equity », de son nom anglais, consiste à investir dans des entreprises qui ne sont pas cotées en Bourse et à accompagner leur développement sur plusieurs années. Ces investissements ont bondi de 37 % en valeur (hors opérations complémentaires) en 2024, à 602 milliards de dollars (environ 574 milliards d'euros) et de plus de 10 % en nombre, à 3 000 opérations réalisées, selon le 16ème rapport de Bain & Company publié ce lundi.
Ce bon résultat fait de 2024 la troisième meilleure année de la décennie. Une situation qui tranche avec la précédente, qui avait enregistré la plus forte baisse du capital-investissement depuis la crise financière mondiale de 2008-2009. « L'industrie a repris son souffle après une année 2023 compliquée », a souligné Guillaume Tobler, associé du cabinet à Paris, lors d'une conférence de presse. Le secteur avait alors pâti de la forte et rapide hausse des taux d'intérêt. C'est justement leur normalisation courant 2024 qui a porté les investissements, couplé aux opérations de sortie de cote par des acteurs privés (« take private »). « L'argent coûtant moins cher, ça facilite les transactions », a-t-il expliqué.
Concernant le cas de la France, le pays tire son épingle du jeu à l'échelle européenne en se positionnant deuxième sur le plan des investissements, derrière le Royaume-Uni. Au total, 47 milliards de dollars (environ 44,8 milliards d'euros) ont été investis l'an dernier dans des entreprises françaises par des fonds de capital-investissement, soit près de trois fois plus qu'en 2023.
Le nombre de cessions de sociétés en portefeuille au niveau mondial a aussi augmenté de 34 % en valeur à 468 milliards de dollars, et de 22 % en nombre à 1 470. Elles ont été tirées par les ventes entre fonds de capital-investissement qui représentent un total de 181 milliards de dollars. Elles restent toutefois en dessous de leur moyenne sur les cinq dernières années.
Reste que l'amélioration sur le front des transactions n'a pas résolu le problème de liquidité pour les investisseurs (« LPs ») au sein des fonds de capital-investissement (« GPs »). Les distributions en proportion de la valeur liquidative des fonds de capital-investissement ont en effet chuté à 11 %, le plus faible pourcentage des dix dernières années, contre une moyenne de 29 % entre 2014 et 2017, a souligné Bain.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

« L'urgence pour les GPs de faire remonter de l'argent vers les LPs augmente de façon importante, il y a une pression à la sortie qui grimpe. En d'autres termes, tout le monde a intérêt à ce que l'industrie reprenne sa rotation », a déclaré Guillaume Tobler.
La faiblesse des sorties pèse aussi déjà sur les levées de fonds, qui accusent une troisième année de baisse. Elles ont chuté de -24 % en valeur, à 1 100 milliards de dollars, entraînant plus de sélectivité (« flight to quality ») et un allongement des délais de levées. En nombre, elles ont dégringolé de -28 %, avec 3 000 opérations clôturées sur l'année. « Soit environ la moitié du rythme annuel que le secteur affichait avant la pandémie de Covid-19 », précise le rapport.
Cette reprise du secteur pourrait se confirmer dans les mois à venir. « L'année 2024 annonce une année 2025 qui pourrait être un bon millésime avec un environnement général qui reprend des couleurs », estime Guillaume Tobler, ajoutant que le marché se trouve « plutôt dans un momentum positif tiré par davantage de transactions ». L'année 2025 a en tout cas commencé sous de bons auspices avec l'annonce, en janvier par Ardian, d'une levée record de 30 milliards de dollars pour un fonds d'investissement destiné au marché « secondaire », c'est-à-dire la prise de participation dans des fonds déjà constitués.
À lire également
Reste que le maintien de la dynamique des transactions en 2025 repose en grande partie sur les conditions macroéconomiques et les droits de douane, indique le rapport. Et sur ce dernier point, le flou plane tant le président américain Donald Trump multiplie les menaces et annonces d'augmentation depuis sa prise de fonction il y a seulement plus d'un mois. Un sujet dont les acteurs de la private equity vont suivre avec intérêt les évolutions.
(Avec agences)
latribune.fr