Le groupe Natixis a décidé de dénouer son partenariat avec H2O AM, une société de gestion qui fut longtemps la poule aux œufs d'or du groupe bancaire.
CHARLES PLATIAU
La filiale cotée du groupe BPCE va céder ses 50% à la direction d’H2O AM, menée par les cofondateurs Bruno Crastes et Vincent Chailley. La société de gestion, spécialisée dans des fonds dits de « performance absolue » est en pleine tourmente depuis un an et demi.
Natixis va finalement céder sa participation de 50,01% dans H2O AM aux dirigeants de cette société de gestion, basée à Londres, dans la tourmente depuis un an et demi. « Nous avons convenu avec la direction de H2O que nous nous séparions à l'amiable, en accord total, la direction achetant notre participation », a ainsi déclaré ce lundi, à l'antenne de Bloomberg TV, Jean Raby, directeur général de Natixis IM, la branche gestion d'actifs de la banque. Cette opération est soumise « à l'approbation du régulateur », a précisé le dirigeant, ajoutant « que Natixis ne cherchait pas d'autre acheteur potentiel ». Ni Natixis, ni H2O AM n'ont souhaité faire plus de commentaires.
Le nouveau patron de la filiale cotée du groupe BPCE, Nicolas Namias, avait déjà indiqué, début novembre, son souhait de se désengager de son partenariat avec H2O AM. Le pacte d'actionnaires, noué en 2010 lors de l'entrée de Natixis au capital de H2O AM, prévoyait d'ailleurs une clause de sortie en 2020.
Et Natixis a finalement décidé d'exercer cette clause pour réduire le profil de risque de la banque, un nouvel axe stratégique qui concerne également les activités de marchés, notamment sur les dérivés, mais aussi pour éviter un risque réputationnel « bien réel », selon les propos de Nicolas Namias.
Un an et demi de déboires
De fait, depuis la publication d'un article du Financial Times, le 18 juin 2019, sur des investissements dans des obligations non cotées de la galaxie du financier allemand Lars Windhorst, H2O AM est dans l'œil des régulateurs, sinon du cyclone : retraits massifs durant l'été 2019, stratégie de gestion prise à rebours par la crise sanitaire du printemps, suspension de trois fonds le 28 août dernier par l'Autorité des marchés financiers (mesure étendue à cinq autres fonds à l'initiative de la société de gestion).
Cerise sur le gâteau (et sans doute la goutte d'eau qui a fait déborder le vase) : la scission de chacun des huit fonds en deux parties avec d'une part, les actifs « liquides » et d'autre part, les actifs « illiquides », regroupés dans un fonds side-pocket (SP), a provoqué pendant plus d'un mois une crise de liquidité sur de très nombreux contrats d'assurance-vie investis dans ces fonds et d'innombrables problèmes de gestion administrative, de valorisation et de suivi de la performance (le régulateur a interdit toute reprise historique de la performance cumulée avant la scission). Sans compter les menaces de contentieux brandies par une poignée de conseillers en gestion de patrimoine (CGP), pourtant très friands de ces produits performants pendant des années.
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