Euronext conforte sa position de leader sur les marchés actions en Europe

 |  | 961 mots
Lecture 5 min.
La place de marchés paneuropéenne Euronext réalise désormais 34% de son chiffre d'affaires en Italie et 28% en France. « Nous sommes passés du statut d'entreprise fragile, plutôt perçue comme une proie, à un statut de consolidateur du secteur », se félicite Stéphane Boujnah, président du directoire.
La place de marchés paneuropéenne Euronext réalise désormais 34% de son chiffre d'affaires en Italie et 28% en France. « Nous sommes passés du statut d'entreprise fragile, plutôt perçue comme une proie, à un statut de consolidateur du secteur », se félicite Stéphane Boujnah, président du directoire. (Crédits : CHARLES PLATIAU)
L’opérateur bousier paneuropéen vient de finaliser l’acquisition de la Bourse de Milan et de ses filiales pour un montant de 4,4 milliards d’euros. Une augmentation de capital de 1,8 milliard d’euros a été lancée pour financer l’opération. Après l’intégration de la Bourse italienne, Euronext n’exclut pas de nouvelles acquisitions.

C'est un nouveau changement de dimension pour Euronext, fédération de Bourses européennes. L'opérateur de marchés paneuropéen vient en effet de finaliser, jeudi, le rachat de Borsa Italiana (Milan), pour un montant de 4 milliards d'euros et donner ainsi naissance au leader européen des marchés actions.

Le nouvel ensemble pro forma représente 1,4 milliard d'euros de chiffres d'affaires, près de 800 millions de résultat opérationnel et une capitalisation quatre fois supérieure à celle de l'introduction en Bourse en 2014.

« Nous sommes passés de statut d'entreprise fragile, plutôt perçue comme une proie, à un statut de consolidateur du secteur », se félicite Stéphane Boujnah, président du directoire d'Euronext.

Il précise : « L'histoire d'Euronext est celle d'une profonde transformation à la fois de son empreinte géographique et de son modèle de revenus, plus diversifiés et moins corrélés aux volumes de transactions. »

Le chemin parcouru est en effet impressionnant depuis le choc de l'annonce, en 2016, d'un projet de fusion entre le London Stock Exchange et Deutsche Börse - qui finalement échouera face au veto de la Commission européenne.

L'Italie devient le premier contributeur de l'activité

En 2018, Euronext rachète la Bourse de Dublin, puis en 2019, la Bourse d'Oslo au terme d'une bataille avec le Nasdaq. En 2020, c'est au tour du dépositaire danois CSD d'être racheté, puis en 2021, la Bourse de Milan, une compétition remportée face à Deutsche Börse ou à l'opérateur suisse Six Group (qui vient de racheter la Bourse de Madrid). Aujourd'hui, Euronext occupe la première place en Europe pour les transactions sur les actions et les fonds indiciels (ETF) et devient l'un des principaux dépositaires (activités post-marché), avec 6.000 milliards d'euros actifs sous conservation. Enfin, grâce à la Bourse de Milan, Euronext prend pied dans la négociation des obligations.

L'Italie devient donc le premier contributeur au chiffre d'affaires du nouveau groupe (34%), devant la France (28%), les Pays-Bas (17%) et la Norvège (11%). Pour mémoire, en 2015, la Bourse de Paris représentait 60% du chiffre d'affaires d'Euronext ! Mieux, près de la moitié du chiffre d'affaires est désormais décorrélé des volumes de transactions - un point important pour les actionnaires d'Euronext, longtemps considéré comme un simple proxy des actions, exposé aux variations de la Bourse.

Pour financer cette acquisition, Euronext a lancé une augmentation de capital, d'un montant de 1,8 milliard d'euros, auxquels viendront s'ajouter 600 millions d'euros d'actions nouvelles avec l'entrée au capital de la Caisse des dépôts italienne et de la banque Intensa Sanpaolo, soit au total 40% de la capitalisation actuelle d'Euronext. Pour compléter le financement, Euronext va également émettre 1,8 milliard d'euros d'obligations.

Un univers concurrentiel européen transformé

Ce nouveau poids actionnarial va bien évidemment se traduire par un changement dans la gouvernance et le prochain chairman du groupe sera italien. Par construction, Euronext est un animal européen où la gouvernance est fédérale, soigneusement équilibrée entre les différentes places, avec un conseil d'administration qui regroupe 8 nationalités, même si le chiffre d'affaires est consolidé au niveau européen, et non par places de marché.

« La compétition des places du groupe d'Euronext n'existe plus. En réalité, il est extrêmement rare qu'une entreprise se pose la question de la place de cotation, du moins en Europe. En général, les entreprises choisissent la proximité, même si certaines places peuvent se prévaloir de spécificités. Ainsi, Olso concentre davantage les entreprises dans le domaine de la mer ou du pétrole alors qu'Amsterdam est perçue comme une place plus internationale et anglophone, qui attire actuellement de nombreux SPAC», observe Stéphane Boujnah.

En quelques années, l'univers concurrentiel des Bourses en Europe a été profondément bousculé et, finalement, les principaux acteurs européens affichent désormais des ambitions divergentes et s'affrontent de moins en moins directement.

Alors qu'Euronext revendique un leadership dans les activités de listing et de trading sur les actions, Deustche Börse, pourtant candidat malheureux à la reprise de la Bourse italienne, se recentre sur son marché domestique pour les actions mais se développe sur les dérivés, les indices et les services aux émetteurs, comme en témoigne l'acquisition de l'agence américaine de conseil aux actionnaires ISS.

Quant au London Securities Exchange (LSE), « il est de moins en moins London, de moins en moins Securities et de moins en moins Exchange », s'amuse un observateur. Avec le rachat, pour 27 milliards de dollars du géant des données de marché Refinitiv en 2019 (et la mise en vente de la Bourse de Milan pour financer en partie l'acquisition), le LSE est devenu un groupe mondial, dont l'essentiel des activités se trouvent désormais aux États-Unis et en Asie.

Une compétition mondialisée

Le terrain de la compétition entre les places de marchés devient ainsi mondialisé. Wall Street reste le leader et accroît son avance sur la City à Londres qui pâtit du Brexit, même si sa suprématie sur les changes n'est guère contestée. Francfort est désormais distancé par Euronext, mais c'est en Asie que se jouent les cartes de demain.

Shanghai monte en puissance, grâce notamment aux valeurs technologiques, mais tout comme Séoul. La Chine a placé le leadership en matière de listing au cœur de sa compétition avec les États-Unis.

Pour Euronext, « la priorité est d'intégrer la Bourse italienne et ses filiales, et d'extraire les 60 millions de synergies prévues. Demain, Euronext poursuivra son projet de maison commune des marchés européens et continuera à faire des acquisitions pour diversifier et stabiliser ses revenus », indique Stéphane Boujnah.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/04/2021 à 13:10 :
Comme prévu donc, après Dublin, Oslo (dommage pour le Nasdaq) et Milan, pourquoi ne pas continuer sur la lancée ?
Merci le Brexit.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :