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« La Banque des Territoires sera au plus près du terrain » Olivier Sichel (CDC)

Delphine Cuny, Philippe Mabille et Dominique Pialot

Publié le 31 mai 2018 à 04:15 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:55

Olivier Sichel

Olivier Sichel

CC

Le Quotidien Numérique

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Venu du numérique, Olivier Sichel est le directeur général de la Banque des territoires, lancée cette semaine par la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Son but : rassembler les outils de financement et d'investissement de la CDC à destination du logement social et des collectivités pour mieux répondre aux besoins des élus et réduire la fracture territoriale avec une enveloppe de 20 milliards d'euros par an. Propos recueillis par Delphine Cuny, Philippe Mabille et Dominique Pialot

LA TRIBUNE - Vous lancez cette semaine la Banque des territoires. Après Bpifrance qui s'adresse aux entreprises, il s'agit de faire la même chose à destination des collectivités locales ?

OLIVIER SICHEL - Les deux approches sont différentes. Bpifrance était une promesse politique du président Hollande en 2012 et correspondait à l'urgence de l'époque. En pleine crise économique, il fallait un outil public pour aider les entreprises à affronter la tempête, un financeur du long terme pour prêter aux entrepreneurs, relancer l'investissement privé, redonner de l'optimisme. En rassemblant CDC Entreprises, le Fonds stratégique d'investissement, FSI Régions et Oséo, Bpifrance est une vraie banque, détenu à 50/50 par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et l'État.

La Banque des territoires procède de la même démarche, mais c'est un projet différent. Ce n'est pas une banque, mais une marque installée au cœur de l'établissement public, qui correspond à la volonté portée par le directeur général de la CDC, Éric Lombard, de répondre à l'urgence actuelle, la lutte contre les fractures territoriales. Ce n'est donc pas une nouvelle entité autonome, mais le regroupement sous une bannière unique de quatre directions et de deux filiales de la CDC : la direction des prêts du fonds d'épargne, qui centralise le Livret A et prête 15 milliards d'euros par an aux organismes HLM ; la direction des investissements et du développement local, qui investit 1 milliard par an dans des projets de développement ; la direction des clientèles bancaires, qui gère entre autres les dépôts des notaires ; enfin, la direction du réseau, qui pilote les directions régionales placées au cœur des territoires.

À cela nous avons ajouté deux filiales, la SCET, qui fait du conseil en ingénierie, et CDC Habitat, anciennement la SNI, qui gère notre parc de logements. Lisible, agile, numérique, nous constituons ainsi une vraie force de frappe au service de nos clients, élus, collectivités, organismes de logement social ou notaires, dans une logique de guichet unique. Avec 20 milliards d'euros par an en moyenne, dont 15 milliards de prêts au logement social, 1,5 milliard de prêts aux collectivités territoriales et 1,5 milliard d'investissements sur fonds propres. Souvent, nos clients ne savent pas vers qui se tourner : avec la Banque des territoires, qui aura son site Internet dédié (banquedesterritoires.fr), nous pourrons leur proposer une palette complète d'outils qui vont de l'amont à l'aval, du conseil en ingénierie jusqu'à la livraison des projets, en passant par leur financement.


En quoi la Banque des territoires peut-elle aider à réduire la fracture territoriale ?

Le socle fondateur de la CDC, c'est l'intérêt général. Avec cette réorganisation, le message que nous voulons faire passer, c'est que « l'intérêt général a choisi sa banque ». C'est cette « raison d'être » qui guidera nos choix. Dans un contexte de baisse des dotations de l'État aux collectivités locales, de montée en puissance de quelques grandes métropoles, il y a une prise de conscience générale que la cohésion sociale repose sur un développement territorial plus équilibré. La Banque des territoires affiche clairement cette priorité. Contribuer au développement économique sur tous les territoires de la République, financer le logement - l'État nous a confié, en avril, le plan de 10 milliards d'euros en faveur du logement social - et des projets d'investissement pour réduire les fractures territoriales : le numérique, les nouvelles mobilités...

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D'une certaine manière, n'êtes-vous pas en train de recréer la Caisse d'aide à l'équipement des collectivités locales (CAECL), qui finançait le secteur dans les années 1980 avant de mal finir avec Dexia ?

Non, pas du tout. La CAECL, devenue Crédit local de France puis Dexia, était une banque commerciale qui se finançait et prêtait à des taux de marché en concurrence avec les banques traditionnelles. Et, en effet, cela s'est terminé par la chute de Dexia lors de la crise financière. La Banque des territoires n'opérera pas dans le marché et ne concurrencera pas les banques traditionnelles. Nous répondrons uniquement à des besoins spécifiques, avec des financements longs adossés sur le livret A, à des taux réglementairement fixés par Bercy. Il ne s'agit ni de refaire Dexia, ni d'exercer un quelconque effet d'éviction dans le marché. Nous avons écrit une doctrine et des principes d'intervention qui seront transparents : la Banque des territoires interviendra toujours aux côtés de ses clients, en accompagnement de leurs projets, par des financements à long terme et/ou par des investissements minoritaires, en direct, sans passer par des fonds. Il ne s'agit pas d'aller là où l'on n'a pas besoin de nous, mais là où on nous attend.


Aurez-vous des objectifs de rentabilité ?

Comme banque de l'intérêt général, nous assumerons une rentabilité inférieure à celle du marché. Notre TRI [taux de rentabilité interne, Ndlr] intégrera aussi des critères extra-financiers compatibles avec les objectifs de développement durable de l'ONU. Les objectifs de rendement seront évidemment différents selon les secteurs ou les territoires concernés. Un projet ne s'apprécie pas de la même façon à Mayotte, où nous venons de renforcer notre présence, qu'en région parisienne.


Concrètement, comment va fonctionner la Banque des territoires ?

Pour nos clients, les élus, les cadres des collectivités, les notaires, le point d'entrée se fera désormais dans notre réseau, déployé dans les 16 directions régionales et 35 implantations territoriales. C'est un changement culturel pour les équipes, que nous allons former pour l'ensemble de nos métiers. Au lieu que tout remonte en silos vers les experts à Paris, nos ­compétences vont aller au plus près du terrain, afin que les 800 collaborateurs du réseau deviennent les interlocuteurs uniques des élus.

L'autre grand défi est celui de la communication, pour imposer la marque Banque des territoires dans toute la France, au travers de nos directions régionales et territoriales. Nous allons également lancer, dès l'automne prochain, une plateforme digitale ouverte pour présenter notre offre, permettre à terme de faire du transactionnel - comme la gestion des prêts des organismes HLM -, mais aussi proposer des expertises, celles de la CDC et celles de partenaires de la Banque des territoires.

Enfin, nous voudrions fournir de la data et des services d'intelligence artificielle. Par exemple, nous travaillons sur un projet innovant, un « Airbnb du logement social », pour mieux rapprocher les offres et les demandes, entre les territoires sous tension, comme l'Île-de-France, et d'autres où il y a un taux élevé de logements HLM inoccupés. Par une plus grande transparence de cette information, en lien avec les opportunités d'emplois, il pourrait y avoir plus de mobilité au sein du parc. Mais il faut pour cela en discuter avec les maires, car ce sont eux qui ont la maîtrise des commissions d'attribution des logements sociaux et de tout le secteur du logement social.


Territoires durables, inclusifs, connectés, attractifs : vous avez identifié ces quatre domaines d'intervention. Comment allez-vous choisir vos priorités ?

Les besoins sont en effet immenses, dans un contexte où la situation financière des collectivités locales se tend. Nous avons lancé une plateforme de concertation avec les élus (https://concertation.banquedesterritoires.fr). En ce qui concerne les territoires durables, nous finançons les énergies renouvelables, éolien, solaire, etc., mais aussi les investissements dans l'efficacité énergétique des bâtiments, dont une large partie des prêts pour la rénovation thermique des logements. S'agissant des territoires connectés, nous allons financer 5 millions de prises haut débit dans les territoires ruraux, ce qu'on appelle les zones RIP [réseaux d'initiative publique], afin de lutter contre la fracture numérique. Mais nous ne nous arrêterons pas aux « tuyaux » : nous voulons participer au plan « inclusion numérique » du gouvernement afin de former les populations les plus fragiles. Sur les territoires inclusifs, ce sont tous les investissements en faveur des centres-villes, le plan Action cœur de ville pour redynamiser 222 villes moyennes, mais aussi les dépenses de solidarité, les Ehpad, le plan télémédecine... Enfin, sur l'attractivité, nous intervenons pour développer le tourisme, les ports, les nouveaux services de mobilité, etc.


Pouvez-vous donner un exemple concret du type d'intervention de la Banque des territoires ?

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Nous sommes en train de travailler sur l'avenir de Fessenheim après l'arrêt programmé du réacteur. Nous avons rencontré les élus, le maire de Fessenheim, la présidente du département, le président de la Région et celui du land de Bade-Wurtemberg. Un appel d'offres territorialisé va être lancé pour y créer un hub européen sur les énergies renouvelables. La CDC y intervient en tiers investisseur et s'engage à financer le projet vainqueur. Le métier de la Banque des territoires, c'est d'apporter la boîte à outils pour réussir ce projet. L'ingénierie, le financement de la société d'aménagement, le traitement de toutes les conséquences. Nous avons même une équipe spécialisée dans la biodiversité qui cherche des solutions pour les espèces protégées. 

Delphine Cuny, Philippe Mabille et Dominique Pialot

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