La Banque des Territoires de la CDC doit convaincre en interne et en externe

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Eric Lombard, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), Olivier Sichel, le directeur général adjoint, ont lancé ce mercredi la Banque des Territoires.
Eric Lombard, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), Olivier Sichel, le directeur général adjoint, ont lancé ce mercredi la Banque des Territoires. (Crédits : DR)
La Caisse des Dépôts a inauguré mercredi en grande pompe une nouvelle structure unique regroupant les métiers de financement du logement social, des prêts aux collectivités, des investissements en direct et de conseil en ingénierie. Le ministre Bruno Le Maire lui a demandé de financer "plus de projets" et a évoqué un rapprochement avec la Banque Postale.

[Article mis à jour à 17h25]

Un nouveau logo, un hexagone rouge, et un slogan, « l'intérêt général a choisi sa banque », pour une nouvelle "marque" : la Banque des Territoires a été lancée en grande pompe ce mercredi à la Cité de la Mode et du Design par la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Dans une logique de « guichet unique », l'institution publique bicentenaire regroupe les métiers de financement du logement social, des prêts aux collectivités, des investissements en direct et de conseil en ingénierie (la Scet), afin de mieux répondre à ses "clients", les collectivités et autres acteurs du secteur public local, les professions juridiques (les notaires notamment). Le tout dans une entité assez baroque.

« Ce n'est ni un établissement public, ni une direction, ni une filiale, ni une banque. C'est une construction managériale, un projet assez original et innovant que l'on conduit en mode startup », a expliqué lors d'une conférence de presse Olivier Sichel, le numéro deux de la CDC, venu du monde de l'Internet. « Une grosse startup rassemblant 10.000 personnes », dont les 7.500 de CDC Habitat (ex-groupe SNI, Société nationale immobilière).

Le nouveau directeur général adjoint de la Caisse des dépôts, qui prend aussi la direction générale de la Banque des Territoires, est dans le viseur du syndicat CGT qui distribuait des tracts à l'entrée de l'événement, dénonçant « le flou » d'un projet perçu comme « une préfiguration d'un démantèlement de la CDC où il y aurait d'un côté des directions de gestion par mandats et de l'autre un pôle fourre-tout appelé Banque des Territoires. » En ajoutant « la CDC n'est pas une startup ! » Tout un travail d'explication a été mené en interne, avec une exposition sous forme de bande dessinée pour répondre aux nombreuses questions des collaborateurs sur cette nouvelle entité et son périmètre.

Caisse des Dépôts Banque Territoires

[Schéma d'organisation de la Banque des Territoires incluant la Scet, la Direction réseau et Territoires (DRT), la Direction des prêts et de l'habitat (DPH), la Direction des investissements et du développement local (DIDL), la Direction des clientèles bancaires (CDB) et CDC Habitat. Source : CDC]

« Le bras armé de la solidarité et de l'égalité »

La Banque des Territoires n'est pas une banque à proprement parler, même si la "direction des prêts et de l'habitat" de la CDC y est intégrée. « Le mot puissant de "banque" a été choisi pour créer un choc d'attention. La Caisse est connue sans l'être » décrypte une source proche. Cette marque a vocation à rendre l'action de la Caisse plus visible, notamment auprès des petites et moyennes collectivités. Une campagne de communication dans la presse régionale et des inaugurations des sites aux couleurs de la nouvelle marque sont prévues en régions dans les semaines à venir.

« Nous devrons surtout faire plus de projets, pas seulement de grands projets. Les équipes auront un double objectif en montant et en nombre de projets, pour que le maillage du territoire soit bien assuré »,
 a indiqué Eric Lombard, le directeur général de la Caisse des dépôts.

Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances, venu donner le coup d'envoi de cette Banque des Territoires mercredi matin, a dressé sa feuille de route :

« La Banque des Territoires doit être le bras armé d'une volonté politique de solidarité et d'égalité entre les territoires français » a-t-il déclaré. « Vous allez être la porte à laquelle un maire, un président de département ou de région, même un simple citoyen, pourra aller toquer et demander : "regardez ce projet de développement économique, aidez-moi à le financer !" »

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[La plaquette de présentation de la Banque des Territoires]

Rapprochement avec La Banque Postale ?

Cette nouvelle "banque" était-elle nécessaire ? Le Premier ministre Edouard Philippe, qui s'est exprimé en fin de journée, a répondu par l'affirmative :

« Les élus vont avoir une banque vers laquelle se tourner, qui parle leur langue et regarde un peu plus loin que leur profil d'emprunteur. Nous, élus, nous en avons besoin. Il y a bien sûr une offre bancaire mais nous avons besoin d'un peu plus » a déclaré Edouard Philippe. « La Banque des Territoires sera d'abord une banque de financement et d'investissement, capable de mobiliser 20 milliards d'euros par an. »

Sur ces 20 milliards, les prêts au logement social représentent 15 milliards. Les prêts aux collectivités ne sont pas une activité majeure de la Caisse des dépôts aujourd'hui : de l'ordre de 1,5 milliard d'euros par an, « un montant faible » reconnaît Eric Lombard, du fait de taux réglementés peu compétitifs, dans le cadre de la gestion des fonds d'épargne.

« Le gouvernement considère que le marché [des collectivités locales] est financé de manière satisfaisante. Les banques sont revenues sur ce marché, nous sommes dix ans après la crise. En 2008, la Caisse avait dû se substituer aux banques » a-t-il rappelé.

L'idée n'est surtout pas de recréer un Crédit Local de France, absorbé par Dexia qui fit faillite, mais de mieux répondre aux besoins et plus rapidement aux demandes, en cinq jours maximum désormais, en s'appuyant davantage sur les directions régionales et en travaillant de façon plus transversale.

Cependant, il existe déjà « la Banque du développement des territoires » : c'est le slogan de La Banque Postale, qui est le premier prêteur des collectivités territoriales et des hôpitaux, avec une part de marché de 25%. La Caisse des Dépôts est actionnaire de sa maison-mère, la Poste, à hauteur de 26,2%, aux côtés de l'État. Le ministre a évoqué de lui-même un rapprochement.

« J'entends que La Banque Postale et la Banque des Territoires se concurrencent. Ce sont des rivalités d'arrière-garde » a estimé Bruno Le Maire.

« On peut parfaitement envisager un rapprochement entre La Banque Postale et cette Banque des Territoires de la Caisse des dépôts. Pourquoi ne pas réfléchir à ce que la Banque Postale et la Caisse des dépôts peuvent faire ensemble ? » a-t-il lancé.

Eric Lombard a souligné que la Caisse collaborait déjà avec La Banque Postale sur différents projets : « il peut y avoir d'autres sujets financiers, sur lesquels sont menées des réflexions, il est un peu prématuré d'en parler » a-t-il éludé. Des discussions sont en cours depuis plusieurs mois, l'un des scénarios étant une prise de contrôle de La Poste par la Caisse des dépôts pour créer un grand groupe de bancassurance, en intégrant également la CNP, dont la Caisse est actionnaire à hauteur de 41%.

« La Banque Postale intervient dans le secteur concurrentiel. Nous intervenons au-delà de 20 ans, sur la partie très longue : c'est la complémentarité entre la Caisse et La Banque Postale », a ajouté Eric Lombard.

Présent à l'inauguration, qui a rassemblé 1.800 invités, Rémy Weber, le président de La Banque Postale, s'est montré discret. Interrogé sur le sujet, il a abondé en ce sens : « nous ne sommes pas sur le même segment : La Banque Postale finance des projets qui sont sursouscrits, un marché très bien adressé et concurrentiel, tandis que la Banque des Territoires se positionne sur les prêts au-delà de 25 ans, les grandes infrastructures, que le marché ne veut pas financer » a-t-il confié, soulignant une évidente « articulation » des deux acteurs publics.

Une articulation amenée à se renforcer, même sans rapprochement capitalistique : la Banque des Territoires souhaite pouvoir s'appuyer sur les relais que constituent les bureaux de poste pour mieux se faire connaître des petites communes.

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Commentaires
a écrit le 31/05/2018 à 6:52 :
Voyons, c'est parfaitement clair: nous créons une banque qui n'est pas une banque, et qui est également une start-up sans l'être; c'est, à mon avis, une création d'énarques pour placer des anciens de l'ENA, "école" du gaspillage que le monde entier nous envie mais qu'il a la sagesse de ne pas créer chez lui. Combien ce machin va-t-il coûter aux Français?
a écrit le 30/05/2018 à 19:16 :
Espérons que cette nouvelle structure "fourre-tout" ne se réveillera pas dans quelques années avec des encours "toxiques" et des pertes à la clé. Cette structure était-elle vraiment utile, le regroupement avec la banque postale laisse songeur ?
a écrit le 30/05/2018 à 18:08 :
Il était une fois ....
Il était une fois les Caisses d'Epargne, qui collectant les économies des honnêtes travailleurs, ont été autorisées par la loi Minjoz de 1950, à prêter des sous aux communes et aux départements, sous la haute autorité de la Caisse des Dépôts ...
Malheureusement les caisses d'Epargne se sont séparées de la caisse des dépôts à partir de 1984, pour finalement former le groupe BPCE, que le monde entier nous envie .... (ainsi que son avatar Natixis)
Il était une fois le Crédit Local de France, émanation de la Caisse des Dépôts né en 1987 et privatisé en 1993 pour former DEXIA, que le monde entier nous envie,
Il était une fois la banque des territoires, émanation de la Caisse des Dépôts, etc, etc ...
"Il faut que tout change pour que rien ne change" écrivait Lampedusa dans le Guépard ...
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