La banque éthique a du mal à voir le jour

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La Nef, qui fête ses 30 ans cette année, compte aujourd'hui un peu moins de 100 salariés et a affiché dernièrement 450 millions d'euros de bilan bancaire.
La Nef, qui fête ses 30 ans cette année, compte aujourd'hui un peu moins de 100 salariés et a affiché dernièrement 450 millions d'euros de bilan bancaire. (Crédits : Nef)
Dernière-née des établissements financiers coopératifs, la Nef espère gagner au moins 10.000 clients d'ici à la fin de l'année pour proposer une offre complète, comprenant les comptes courants aux particuliers, sans abandonner sa vocation initiale, le financement de projets écologiques et sociaux.

Trente ans après sa création, la Nef  (Nouvelle Economie Fraternelle), coopérative financière implantée en banlieue lyonnaise, compte près de 40.000 sociétaires et navigue encore entre ses ambitions de devenir une banque éthique à part entière et des réglementations très strictes. Association créée en 1978, elle est devenue une société financière (adossée au Crédit coopératif pour convenir aux règles de la Banque de France) suite à l'application de la loi bancaire de 1984, puis un établissement de crédit spécialisé en 2014. Mais la Nef ne propose toujours pas de comptes courants au grand public, une initiative annoncée pour 2017. Les difficultés d'obtention de l'extension d'agrément, qui lui permettrait de devenir une banque de plein exercice, auprès de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), ont retardé leur mise en place.

« L'ACPR a des attentes de taille et de production, elle veut une banque d'une certaine dimension [...] Aujourd'hui, créer une nouvelle banque est quasiment impossible », a expliqué Bernard Horenbeek, lors d'une conférence de presse à la Maison de l'Épargne mardi 16 octobre.

La coopérative financière et solidaire espère « une prise de conscience collective » et attirer 10.000 souscripteurs avant le 15 décembre prochain, afin de pouvoir « passer à l'étape suivante » et trouver un partenaire bancaire qui lui permettrait de proposer aux particuliers des comptes courants et une carte de paiement. Le Crédit Coopératif (qui fait partie du groupe BPCE) serait un des candidats naturels. La Nef a lancé une campagne de mobilisation sous le slogan « Alors, c'est quand la banque éthique ? » le 23 septembre dernier, qui lui a permis de réaliser 1.500 souscriptions, au 31 octobre, soit 15% de son objectif. Ce sont selon elle des « dizaines de milliers de citoyens » qui aspireraient à avoir un compte chez une banque éthique en France. L'association souligne que selon le dernier baromètre de l'association Finansol, les épargnants solidaires seraient déjà plus d'un million en France. Fin 2017, l'encours des placements solidaires a été porté à 11,5 milliards d'euros.

La Nef a pour vocation de ne financer que des projets ayant une utilité écologique, sociale et/ou encore culturelle, partout en France, tout en garantissant la transparence de l'utilisation de l'épargne des clients, en publiant chaque année la liste des projets financés. En 2017, 387 projets ont été financés pour un montant total de 55 millions d'euros, par exemple la création d'un lieu de distribution de produits biologiques dans les Alpes-Maritimes ou l'installation de centrales photovoltaïques dans les Bouches-du-Rhône. Le secteur de l'écologie reste le plus financé par la Nef, représentant 70 % des montants débloqués.

Les exigences de l'ACPR

De son côté, l'ACPR, institution adossée à la Banque de France, n'a pas souhaité communiquer sur les raisons précises pour lesquelles cette extension d'agrément, qui permettrait à la Nef de lancer ses comptes courants aux particuliers, n'a pas été délivrée. Plusieurs exigences doivent être remplies pour son obtention. L'ACPR vérifie des éléments, tels que : le capital minimum libéré, le programme d'activité et les moyens techniques et financiers mis en œuvre, l'identité et la qualité des apporteurs de capitaux, et le cas échéant de leurs garants, et le montant de leur participation, ou encore l'actif qui doit excéder le passif d'un montant au moins égal au capital minimum requis.

En attendant l'obtention de cette extension d'agrément, la Nef, qui emploie aujourd'hui un peu moins de 100 personnes et présente un bilan de 493 millions d'euros à fin 2017, dit avoir étudié différentes solutions de partenariats pour « devenir une solution de banque au quotidien » et lancer ces comptes courants, désormais reportés à 2019.

« Pour nous, c'est le moment de le faire », a assuré Amandine Albizzati, directrice des relations institutionnelles de la Nef, lors d'une conférence de presse le 16 octobre. La Nef affirme recevoir le soutien de plusieurs acteurs de la transition, tels que Biocoop, Emmaüs, Enercoop, France Nature Environnement, Finansol, etc. En 2017, selon les chiffres de Finansol, La Nef aurait gagné du terrain dans le palmarès des gérants d'épargne solidaire avec une part de marché de 2,3%, en hausse de 0,2 point. Le groupe BPCE, via ses différentes entités (Mirova, Crédit Coopératif, Ecofi Investissements, Banques Populaires), reste toutefois de loin leader, avec 37,7% de part de marché (-1,3 point).

Quelques étapes déjà franchies

Le compte courant Nef est pour le moment destiné uniquement à leurs sociétaires ou prospects sollicitant un crédit ou ayant déjà un crédit en cours, et à leurs partenaires. Depuis 2015, la coopérative financière dispose en effet d'un agrément ACPR qui lui permet d'être habilitée à ouvrir des comptes courants pour les entreprises avec une offre de services limitée aux virements, prélèvements et effets de commerce. En d'autres termes, il n'y pas de possibilité d'émettre des chéquiers, de proposer une carte bancaire, ni de capter les flux monétiques ou les espèces.

La Nef est également habilitée depuis 2015 à ouvrir des comptes d'épargne en nom propre, c'est-à-dire qu'elle a pu développer des livrets 100% Nef, alors qu'auparavant, les comptes sur livret n'étaient pas inscrits dans les livres de la coopérative mais au Crédit Coopératif. Depuis leur lancement, près de 177 millions d'euros ont été collectés pour près de 10.000 livrets Nef.

En mars 2016, la Nef avait également officialisé un partenariat avec le Fonds européen d'investissement, qui lui garantit l'ensemble des prêts alloués (à hauteur de 50 millions d'euros). La production de crédits a plus que « doublé en deux ans », d'après Amandine Albizzati, la Nef ayant accordé 39 millions d'euros en 2015 et 88 millions d'euros en 2017.

D'après la définition de la Fédération européenne des finances et banques éthiques et alternatives (FEBEA), une banque éthique a vocation à avoir un impact positif sur le plan économique, social et environnemental. Elle doit établir une relation client fondée avant tout sur la transparence et permettre à ses épargnants d'avoir une traçabilité de leur argent. En Europe, plusieurs institutions portant ces valeurs ont vu le jour ces dernières années. Toutefois, comme La Nef, elles demeurent encore confidentielles. Les plus connues restent Banca Etica (Italie) créée en 1999, qui affirme à ce jour compter plus de 40.000 sociétaires et Triodos (Belgique et Pays-Bas) avec 66.000 clients belges. En Suède, Ekobanken, fondée en 1996, ne revendique que 2.000 membres.

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Commentaires
a écrit le 10/11/2018 à 11:41 :
"banque éthique"

C'est comme "l'eau sèche" ça...
a écrit le 09/11/2018 à 17:17 :
On a toujours du mal à associer Banque et Ethique... On se demande bien pourquoi.

l'ACPR a des préventions selon lesquelles une banque ne pourra être profitable et sans danger pour ses usagers, qu'en étant prédatrice.

L'idée qu'une banque du quotidien, de petits comptes, de petits préteurs et de petits emprunts solidaires puisse être aussi solide qu'une banque multinationale dont les comptes sont bourrés d'emprunts toxiques, de prêts à risques et de magouilles fiscales, les dépasse totalement.

Pourtant la réalité des "grameen banks " prouve que les pauvres ont des taux de remboursements des prêts qui sont sans commune mesure avec les gros comptes qui laissent des gros trous dans les caisses.
D'autant plus que les grosses banques spéculent sans distinguer banque de détail et banque d'affaires et quand la crise vient, ce sont les petits épargnants qui sont priés de payer les déficits et/ou de perdre leurs économies.
a écrit le 09/11/2018 à 15:08 :
Le revenu de l'argent rend obligatoire la croissance pour rembourser les intérêts, c'est la première cause de cette compétition économique entre pays, entreprises et personnes.
Cette course est source d'émissions de CO2, et de la destruction de la planète.
https://lejustenecessaire.wordpress.com/
L'économie dévore la planète et les humains.
a écrit le 09/11/2018 à 12:23 :
Les banques traditionnelle ne sont pas "éthiques", pas transparentes vis-à-vis de leurs clients, et n'assurent pas la traçabilité de l'argent des clients? Première nouvelle..
Réponse de le 14/11/2018 à 15:49 :
Votre banque est elle présente dans les paradis fiscaux ? Savez vous comment sont gérés ses actifs ? N’investit elle que dans des entreprises responsables et écologiques (au minimum labels ISR ) ? Connaissez vous la liste de ses prêts et investissements chaque année ? Ça m’etonnerait.... c’est ça une banque éthique
a écrit le 09/11/2018 à 11:17 :
On aurait bien plus confiance dans une banque islamique qui ne fait pas travailler l'argent a la place des acteurs économiques!

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