Epargne verte et responsable : les Français intéressés mais encore peu investis

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Place de la Bourse à Paris, la sculpture d'un ours sur un iceberg viendra interpeller les épargnants sur les questions d'impact environnemental de nos placements à l'occasion de la semaine de l'investissement responsable.
Place de la Bourse à Paris, la sculpture d'un ours sur un iceberg viendra interpeller les épargnants sur les questions d'impact environnemental de nos placements à l'occasion de la semaine de l'investissement responsable. (Crédits : Wikimedia Commons (Ansgar Walk))
Plus de 6 Français sur 10 se disent concernés par les enjeux environnementaux et sociaux dans leurs placements mais ils ne sont que 5% à avoir investi dans un fonds estampillé responsable (ISR), selon une enquête Ifop. Si la finance durable représente un tiers des encours d'actifs, elle concerne essentiellement les institutionnels. La loi Pacte pourrait donner un coup de pouce.

Sa photo avait ému le monde entier. Un ours polaire isolé sur un morceau de banquise à la dérive, symbolisant les conséquences dramatiques des dérèglements climatiques. Pendant quelques jours, une sculpture d'ours famélique sur un iceberg sera installée place de la Bourse à Paris à partir du 1er octobre à l'occasion de la semaine de l'investissement responsable. Une façon « d'interpeller les épargnants et d'éveiller les consciences »selon le président du Forum de l'investissement responsable (FIR), Alexis Masse. En dépit du One Planet Summit de l'an dernier et du record du pays en matière d'obligations vertes, le domaine reste encore méconnu des Français, comme le montrent les résultats d'un sondageréalisé par l'institut Ifop, pour le FIR et l'agence Vigeo Eiris, dévoilé ce mardi 25 septembre.

Plus de 6 Français sur 10 déclarent accorder une place importante ou très importante aux impacts environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placements : 63% de ceux qui possèdent au moins un produit d'épargne l'affirment, alors qu'ils n'étaient que 50% en 2013.

« Quelque chose est en train de se passer. On observe un décollage en termes d'intention et d'intérêt » a commenté Jérôme Fourquet, le directeur du département opinion et stratégies d'entreprise de l'institut de sondage.

En revanche, les produits d'épargne correspondant à ces thématiques ont encore une faible notoriété. Seuls 13% des sondés disent connaître l'épargne solidaire (45% en ont entendu parler), 8% l'investissement socialement responsable (ISR) dont 68% n'ont « jamais entendu parler. » Ce chiffre se réduit à 59% chez les détenteurs d'une assurance vie et 49% chez les détenteurs d'épargne salariale, et à 47% pour les Français investissant en Bourse. Le financement participatif (crowdfunding), qui n'est pas nécessairement de la finance responsable, est un peu plus connu (22%).

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sondage ISR investissement responsable

[Avant ce sondage, aviez-vous déjà entendu parler de l'investissement socialement responsable ? Crédits : Ifop pour FIR et Vigeo Eiris. Cliquez sur le graphique pour l'agrandir]

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Concepts ISR et ESG trop techniques

Pire : seulement 5% des sondés répondent avoir déjà investi dans un fonds ISR, un résultat très faible mais en progression de deux points sur un an.

« C'est en nombre d'individus et non en montants, ce qui n'est peut-être pas raccord avec les données de marché. Certains n'ont peut-être pas conscience de l'avoir fait. La notoriété spontanée est très résiduelle », a analysé Jérôme Fourquet, de l'Ifop.

Si on le leur proposait, ils sont 27% à déclarer être prêts à investir dans un produit ISR, contre 18% en 2013. Les épargnants sont 46% à se dire prêts à demander des produits à leur conseiller bancaire, ils sont même 57% dans les catégories CSP+. Si on les interroge sur des thématiques plus concrètes, l'intérêt augmente : les pollutions (de l'air, de l'eau, des sols) sont citées à 80% comme sujet prioritaire, devant le changement climatique (71%) et la biodiversité (63%) pour les personnes possédant un produit d'épargne.

« Il y a de la demande mais il reste un gros travail à faire auprès des conseillers bancaires et intermédiaires financiers. Le concept d'ISR ne parle pas aux Français. Il n'est pas étonnant que des gens comprennent mieux les sujets liés aux pollutions ou aux droits de l'homme », a réagi Nicole Notat, la présidente de l'agence Vigeo Eiris, spécialisée dans l'évaluation des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). « Le concept ESG n'est pas forcément mieux entendu » a-t-elle reconnu.

Des concepts proches de ceux de développement durable mais trop techniques, sans doute un peu flous pour les non-initiés. Pour mémoire, l'ISR est, selon la définition de l'Association française de gestion financière (AFG), "un placement qui vise à concilier performance économique, et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d'activité."

Lire aussi le lexique finance verte et durableQu'est-ce qu'un green bond ?

De l'assurance vie plus verte dans la loi Pacte

En termes d'actifs, l'investissement responsable au sens large représente déjà près d'un tiers (31%) des encours gérés par les sociétés de gestion françaises, soit 1.081 milliards d'euros à fin 2017, selon les chiffres de l'AFG. Et même 1.848 milliards si l'on intègre les fonds appliquant des stratégies d'exclusions (des entreprises ou plus souvent des secteurs, comme le tabac ou l'armement, sont d'office bannis du portefeuille).

Toutefois les encours des fonds ISR à proprement parler ne s'élèvent qu'à 310 milliards d'euros, même s'ils sont en croissance de 14%. À ce jour, 157 fonds ont obtenu le label public ISR mais ils ne pèsent encore que 41 milliards d'euros d'encours, auxquels il faut ajouter 22 fonds labellisés Transition énergétique et écologique pour le climat (TEEC).

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ISR encours AFG investissement responsable

[Répartition des encours d'investissement responsable des sociétés de gestion françaises à fin 2017. Crédits : AFG]

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L'investissement responsable reste encore largement une affaire d'investisseurs institutionnels : les trois quarts des encours !

Plusieurs amendements au projet de loi Pacte récemment adoptés en commission spéciale à l'Assemblée donnent cependant de l'espoir aux professionnels. En particulier l'un d'eux amendant l'article 21 qui rend obligatoire de proposer au moins un support solidaire ou vert lors de la souscription d'un nouveau contrat d'assurance vie en unités de compte.

« Art. L. 131-1-2 (nouveau). - Lorsque le contrat prévoit que les droits peuvent être exprimés en unités de compte, tel que prévu au deuxième alinéa de l'article L. 131-1 du présent code, il doit être présenté aux souscripteurs au moins un fonds solidaire investi, dans les limites prévues à l'article L. 214-164 du code monétaire et financier, dans les entreprises solidaires au sens de l'article L. 3332-17-1 du code du travail ou un fonds labellisé par l'État pour satisfaire les critères d'investissement socialement responsable et le financement de la transition énergétique et écologique selon des modalités définies par décret. »

Le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, qui porte cette loi, avait affirmé en décembre dernier « la finance sera verte ou ne sera pas. »  L'assurance vie, placement préféré des Français, est évidemment le vecteur idéal pour démocratiser la finance verte auprès du grand public. Mais il faudra sans doute beaucoup de pédagogie et de vulgarisation pour mieux faire comprendre tous ces concepts, ISR, ESG, etc, « des noms un peu barbares que personne ne comprend » a reconnu Marie-Pierre Peillon, la présidente de la commission finance durable de l'AFG.

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*Enquête Ifop menée auprès d'un échantillon de 1.002 personnes, représentatif de la population française de 18 ans, sous la forme de questionnaires en ligne, entre le 24 et 28 août 2018.

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a écrit le 26/09/2018 à 8:39 :
Nous autres petits épargnants sommes sensibles au sujet et cherchons en effet à placer notre argent en évitant que celui-ci se retrouve a faire du trafic de drogue, d'armes ou de traites des blanches mais c'est pas facile et tant que les principaux propriétaires 'd'outils de production et de capitaux eux continueront d'investir massivement sur la destruction de la planète et sur le massacre des terriens il est évident que l'épargne vertueuse restera cantonnée à la portion congrue.

"Drogue et finance : le mariage mafieux de la "déraison économique"" https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20141022tribc983f096e/drogue-et-finance-le-mariage-mafieux-de-la-deraison-economique.html
a écrit le 26/09/2018 à 2:57 :
Ces meme francais qui prennent leurs voitures pour aller acheter leur pain a la boulangerie situee a 500 metres.
a écrit le 25/09/2018 à 16:50 :
Épargne verte ou orange, cela ne veut rien dire si cela ne détruit pas quelque chose pour rentabiliser votre placement , mais responsable? Auprès de qui?
Tant que l'on fera travailler notre argent a notre place, on aura tout faux!
a écrit le 25/09/2018 à 13:52 :
Les fonds ISR et ESG ont des titres qui s'éloignent souvent de l'écologie. De plus les plateformes type Boursorama, Linxea, Altaprofits etc n'en proposent que très peu et sinon comme chez Boursorama souvent avec des frais d'entrée, même sur leur comptes-titres dits O%. Par exemple impossible de trouver les fonds Mirova chez ces plateformes sauf 1 fonds Mirova mais avec frais chez Boursorama. Le Financement participatif pour la transition énergétique devrait être fiscalement un petit peu plus aidé. Et certaines sicav de sociétés françaises voire européennes, sur l'écologie et les énergies alternatives devraient pouvoir intégrer des PME non cotées du domaine de la transition énergétique, de l'efficacité énergétique, mobilité, stockage etc en échange d'un léger avantage fiscal. De même on devrait être amenés à investir entre 5% et 10% sur ces fonds dans l'assurance-vie estimée à quelques 1800 milliards d'euros, afin de doper l'économie et de sortir de notre dépendance énergétique coûteuse et polluante (transports à modifier etc), et sinon de voir l'intérêt servis par le fonds euros réduit d'un certain %. En bref on a de puissants outils financiers mais pas des produits assez impliqués dans la transition, les PME etc et des plateformes qui ne s'impliquent pas non plus.

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