La France pionnière et moteur de la finance verte

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La place de Paris est en pointe sur les green bonds, ces obligations finançant des projets bénéfiques pour l'environnement : environ un quart des émetteurs de green bonds sont des entreprises françaises, un quart des opérations est arrangé par des banques françaises et 27% des titres sont achetés par des investisseurs hexagonaux.
La place de Paris est en pointe sur les "green bonds", ces obligations finançant des projets bénéfiques pour l'environnement : environ un quart des émetteurs de "green bonds" sont des entreprises françaises, un quart des opérations est arrangé par des banques françaises et 27% des titres sont achetés par des investisseurs hexagonaux. (Crédits : Europlace)
Si l'État a joué un rôle d'impulsion, en tant que législateur et même émetteur de « green bonds », ce sont les acteurs privés, des banques aux grands groupes et aux agences de notation extra-financières, qui ont fait de Paris une des principales places financières vertes. L'écosystème s'organise pour conforter ce « leadership » face à la concurrence.

« Il faut que la finance se mette au service de la transition écologique, qu'elle mette à disposition des produits nouveaux qui permettent de financer la transition écologique, les énergies renouvelables, les projets éoliens, le secteur photovoltaïque. Tout ce qui aide à réussir la transition écologique ne marchera pas sans le soutien de la finance », soulignait le 28 novembre Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances, au Forum Smart City du Grand Paris organisé par La Tribune.

Le Climate Finance Day, qui se tient ce lundi 11 décembre à Bercy, témoigne de l'engagement continu des pouvoirs publics dans le rassemblement de tous les acteurs autour de cette transition, depuis la loi de 2015 à la COP21 au One Planet Summit, organisé par Emmanuel Macron le 12 décembre. L'État a joué un rôle d'impulsion, mais les acteurs privés, des banques aux grands groupes, ont contribué à faire de la place de Paris une des principales places financières vertes.

Une banque française leader mondial des green bonds

« La France est loin devant tout le monde en Europe dans la finance verte. Il y a une conscience élevée dans toute la société de la nécessité d'être durable et responsable, cela se voit dans la rue, sur l'étiquette d'un pot de cosmétique ou la carte d'un restaurant. C'est tout un cercle vertueux qui va de l'État à l'opinion publique en passant par les grandes entreprises », analyse Victoria Clarke, responsable chez HSBC Europe des green bonds, ces emprunts obligataires finançant des projets bénéfiques à l'environnement.

La banque britannique est bien placée pour en parler : elle est le numéro deux mondial des arrangeurs d'obligations vertes... derrière le Crédit Agricole. Depuis janvier, la Banque verte s'est occupée de plus de 60 opérations d'un montant total de 7,9 milliards de dollars, selon le classement de Dealogic. Une autre française a récemment grimpé à la troisième place, devant JPMorgan et Citigroup : BNP Paribas (39 opérations).

Lire aussi : Qu'est-ce qu'un green bond ?

Un quart des émissions d'obligations climat dans le monde sont arrangées par des banques françaises. Pourtant le phénomène est mondial : c'est la Chine qui est le premier émetteur de green bonds, avec plus de 16 milliards de dollars levés cette année, devant la France (15 milliards) et les États-Unis (14 milliards).

« Paris a pris un vrai leadership sur les green bonds », se félicite Gérard Mestrallet, le président du conseil d'administration d'Engie et de l'organisation Paris Europlace. « Engie est le numéro un de toutes les entreprises mondiales en termes d'encours de green bonds, avec plus de 5,25 milliards d'euros », se targue-t-il, talonné par Iberdrola et EDF. La France représente 21 % du stock mondial des green bonds, selon la direction du Trésor.

Cela tient également au rôle du secteur public, les collectivités et l'État lui-même. La République française a en effet réalisé en janvier un emprunt obligataire vert « jumbo » de 7 milliards d'euros (8,6 milliards après extension), d'une taille inégalée, à défaut d'être le premier émis par un État (la Pologne lui a grillé la politesse).

« L'idée était d'aider le marché des "green bonds" à se développer, en apportant à des investisseurs sensibles à la question environnementale un actif liquide, au profil de risque souverain [donc faible, ndlr], et de contribuer à la définition des standards non pas comme régulateur mais en s'imposant des obligations ambitieuses en matière de reporting », souligne Jean Boissinot, de la direction du Trésor.

Lire aussi : COP23 : les green bonds à un record de 100 milliards de dollars

De l'investissement responsable à la finance durable

À l'autre bout de la chaîne de financement, les investisseurs français sont aussi parmi les plus gros acheteurs de green bonds (un peu plus d'un quart des volumes).

« Les acteurs français se sont intéressés il y a plus d'une quinzaine d'années à l'investissement responsable, d'abord aux sujets sociaux, poussés par les représentants de l'épargne salariale, puis aux questions environnementales », rapporte Philippe Zaouati, le directeur général de Mirova, la filiale d'investissement responsable de Natixis.

Plus d'une centaine de fonds français représentant 25 milliards d'euros d'encours ont le label ISR (responsables), une quinzaine pesant 2 milliards d'euros le label TEEC (Transition énergétique et écologique pour le climat).

« La France a la chance d'avoir un des écosystèmes les plus riches, si ce n'est le plus riche, en matière de finance durable, à travers tous les acteurs : les banques, les compagnies d'assurance, les investisseurs institutionnels notamment publics, les sociétés de gestion et les cabinets de conseil qui ont développé des méthodologies de mesure de l'empreinte carbone et d'analyse ESG », relève ce spécialiste, membre du groupe d'experts (HLEG) sur la finance durable créé par la Commission européenne.

Rendre l'écosystème visible

Dans le but de rendre plus visible cet écosystème, les acteurs de la place ont lancé en juin l'initiative Finance for Tomorrow, dont l'ambition est de faire de Paris « la capitale mondiale de la finance verte et durable ». Ce qu'elle est déjà sur de nombreux tableaux, mais ce leadership encore méconnu a besoin d'être conforté face à la concurrence de Londres, qui avait déjà sa Green Finance Initiative, tout comme Francfort et Zurich, ou le Luxembourg, où sont cotées le plus grand nombre d'obligations vertes.

« Nous n'avons pas mis "green" dans le nom de cette initiative à dessein, car l'objectif n'est pas de s'arrêter à une sous-catégorie de la finance, une niche, mais de faire évoluer l'ensemble de la place parisienne pour qu'elle devienne verte et durable », confie Philippe Zaouati, qui préside Finance for Tomorrow.

Le tout premier benchmark des places financières vertes du G7, élaboré par PwC d'après une méthodologie d'i4CE (l'Institut de l'économie pour le climat, fondé par la Caisse des dépôts et consignations et l'Agence française de développement), sera dévoilé le 13 décembre, mais ce ne sera pas un classement.

« Construire le leadership de Paris, c'est aussi travailler avec les autres places internationales », insiste Philippe Zaouati, pour qui « la place financière du XXIe siècle devra être très collaborative. »

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ENCADRÉ

"Article 173" : une innovation française inégalement appliquée

L'article 173 de la loi de transition énergétique et' écologique, entré en vigueur en 2016, fait de la France le premier pays imposant aux investisseurs institutionnels d'intégrer dans leur communication publique des dimensions environnementales et sociales ainsi que le risque climat. Le décret d'application précise les catégories d'institutions concernées : entreprises d'assurance, mutuelles, sociétés de gestion, institutions de prévoyance, institutions de retraites complémentaires publiques et privées. Il prévoit également des obligations de reporting différentes selon la taille des institutions financières.

Au total, 840 investisseurs institutionnels doivent désormais expliquer quelle est leur politique d'investissement responsable. Les 430 sociétés de gestion françaises, enregistrées auprès de l'Association française de la gestion financière (AFG), qui avaient déjà, depuis juillet 2012, des obligations de reporting sur l'intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), en application de l'article 224 de la loi Grenelle II, y sont elles aussi assujetties.

En outre, une soixantaine d'investisseurs institutionnels affichant plus de 500 millions d'euros de bilan consolidé sont également soumis à une obligation de reporting concernant leur gestion des risques climatiques et leur contribution au financement de l'économie verte.

Le décret d'application fournit une trame des informations demandées aux investisseurs institutionnels et aux sociétés de gestion. La présentation de la démarche générale ESG doit détailler contenu, fréquence et moyens utilisés pour en informer les souscripteurs, affiliés, cotisants, allocataires ou clients. Pour les sociétés de gestion, elle doit préciser la liste des fonds prenant en compte des critères ESG, leur pourcentage dans les encours totaux gérés, ainsi que l'adhésion éventuelle à une charte, un code, une initiative ou l'obtention d'un label.

Les bilans réalisés en cette fin 2017 révèlent une grande disparité dans les réponses. Sur 100 investisseurs étudiés par le WWF et Novethic, 15 seulement ont mis en place de vraies stratégies climat ambitieuses quand un tiers d'entre eux n'ont même pas honoré leurs nouvelles obligations. Dominique Pialot

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Commentaires
a écrit le 13/12/2017 à 11:05 :
Ben dame, quand on raté tout le reste et qu'on a besoin de picaillons pour financer les gâchis sociaux, on fait dans le vert.
a écrit le 11/12/2017 à 13:37 :
Bonne nouvelle en soi, mais c'est syptomatique des faiblesses françaises. Très bons dans la dette et dans sa gestion (ce qui est un atout en soi), très mauvais dans l'industrie. Cet écart nous fait financer les industries et les technologie autrui et augmenter notre dette. Quand les marchés ne voudront plus de notre dette et sans une industrie et une agriculture dynamiques, nous finirons comme la Grèce.
Pour eviter cela il faudrait baisser la dèpense improductive (allocations etc...), reduire les charges et favoriser les investissements. La finance verte serait fantastique pour la France si elle permettait de nous donner un avantage competitif dans l'industrie et l'agriculture vertes, mais malheureusement ce n'est pas le cas.
a écrit le 11/12/2017 à 12:21 :
Ah! Si l'on pouvait en dire autant de notre industrie et de notre agriculture!
Mais voilà, elles sont dans le rouge.
a écrit le 11/12/2017 à 8:08 :
Finalement le meilleur moyen d'attirer l'épargne des Français vers le financement des entreprises c'est de dire que c'est "Développement durable et Socialement responsable" !!!
a écrit le 10/12/2017 à 21:03 :
Je propose des éoliennes dans Paris ...
a écrit le 10/12/2017 à 17:19 :
Les français sont très fort dans le bla-bla.. La finance verte c'est que tu bla-bla...
Voilà ce qui explique cela!!
a écrit le 10/12/2017 à 16:55 :
Cela parait être une bonne idée, comme toute idée vaut la peine d’être controversée…
Pas grave si le commentaire est censuré, je ne voudrais surtout pas "casser l’ambiance".

Partant du principe que l’on ne peut résoudre que des problèmes qui ont été reconnus, il faudrait déjà dresser un bilan de l’existant.
Autant le succès de l’aspect ingénierie financière est louable, autant on peut s’enorgueillir du fait d’être «moteur de la finance verte », mais un moteur pour aller où et pour y faire quoi ? Il me semble qu’il demeure quelques interrogations voire des contradictions dans la mise en application en France.

Côté projets, commencer par « cultiver son jardin ».
Engie avance courageusement (vu la taille du groupe et le changement culturel) et mène sa mutation pendant que d’autres entreprises Françaises spécialisées dans les ENR se développent. Mais elles sont rares et de petites dimensions, à part EDF EN dont la stratégie semble liée à la maison mère (donc potentiellement condamnée à l’immobilisme) et Total semble s’engager dans une transition prudente, donc lente.

Pour les énergies renouvelables, heureusement qu’il y a des projets à l’international, car en France on ne peut que faire le constat du retard dans leur développement. Les objectifs initiaux étaient relativement modestes, par rapport au potentiel solaire et éolien Français, malgré cela les jalons ne sont pas atteints, le retard peut encore être rattrapé mais il va falloir adopter une méthode plus volontariste.
Sur l’aspect technologique et industriel, aussi bien dans le solaire que dans l’éolien c’est une quasi déroute. Combien de fabricants de modules PV, d’onduleurs, de turbines, de moteurs ? On a encore une chance dans les SmartGrids, mais là aussi il y a des loupés ne serais que dans la stratégie de déploiement de compteurs communicants et on est encore loin de la généralisation d'outils intelligents d’exploitation de réseaux décentralisés et interconnectés.
Les équipementiers électriques tels Schneider pourront participer au développement de l’efficacité énergétique mais en deviendront ils les leaders face à des concurrents plus puissants : GE, Siemens, ABB, Shanghai Electric Group ou autre leader asiatique ?
A se demander si des conglomérats plus gros et plus diversifiés ne seraient pas mieux adaptés pour s’adapter aux mutations et soubresauts technologiques ? (sous conditions de savoir en maitriser la stratégie et de ne pas engendrer des oligopoles ingérables).

Du rêve à la réalité :
Quand au marché futur des véhicules électriques, BYD (Build Your Dreams) semble vouloir passer du rêve à la réalité en implantant une usine « tête de pont » au Maroc. D’autres constructeurs risquent d’être pris en tenaille entre le segment haut de gamme occupé par Tesla (et bientôt les constructeurs Allemands ?), et le groupe Chinois. Ils avaient déjà prévu d’avancer à marche forcée en Chine, mais ils risquent bien d’imposer le même rythme à d’autres continents. On commence à se rendre compte qu’il y aurait plusieurs routes de la soie. https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_route_de_la_soie

L’important pour un moteur c’est surtout de faire avancer un véhicule ou de faire tourner la production. Peut être que la solution est en effet de se focaliser sur l’industrie financière, quitte à investir dans des groupes et des projets à l’international.
a écrit le 10/12/2017 à 16:09 :
Facile d’être leader quand personne n’en veut.
J’aimerais nous voir pionniers dans les emplois qualifiés et bien payés.
a écrit le 10/12/2017 à 12:17 :
Pitié, pas l'éolien à tout crin qui défigure nos paysages sur les crêtes.
L'éolien est un business qui rapporte gros aux particuliers, agriculteurs et collectivités locales, à quand une étude de la Cour des Comptes sur le sujet, stop aux aides publiques.
Des associations en nombre se créent pour s'opposer au massacre des paysages dans de nombreux départements.
L'énergie verte doit être respectueuse de notre environnement, ce n'est pas parce qu'elle est verte qu'elle est pertinente.

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