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Entreprises & FinanceBanques / Finance

La levée de fonds en monnaie virtuelle ou "ICO" arrive en France

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 13 septembre 2017 à 05:35 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:02

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La startup française DomRaider a ouvert ce mardi son « initial coin offering » ou ICO, une émission de « jetons » en crypto-monnaie pour 35 millions d’euros qui financera son projet de plateforme de vente aux enchères s’appuyant sur la technologie Blockchain. Ce mode de financement, proche du crowdfunding, en plein essor, n’est pas encore réglementé.

[Article publié le 13/09 et mis à jour le 15/09 à 17h45]

Vous connaissiez peut-être les IPO, le terme anglais pour une introduction en Bourse (Initial public offering). Mais l'entrée en Bourse, c'est un peu trop XXème siècle pour certaines startups, un processus contraignant sur le plan réglementaire, long, souvent coûteux, en commissions aux banques, en frais d'avocats. Même la voie du capital-risque, avec ses codes d'initiés et ses dizaines de pitches à préparer fébrilement, c'est éreintant, tortueux et incertain.

La dernière mode, c'est l'ICO, pour « initial coin offering », une émission de « jetons » échangeables en monnaie virtuelle, telle que le Bitcoin ou l'Éther. Des « actifs numériques » émis directement par une entreprise, sans passer par une banque coordonnant l'opération. L'investisseur qui souscrit ne reçoit pas de part du capital (comme une action en Bourse ou un investisseur en capital-risque) ou de créance sur les résultats futurs (comme un porteur d'obligations) mais des droits d'utilisation d'un service à venir qu'il contribue à financer.

La toute première ICO remonte à 2013 et ce sont presque exclusivement des jeunes pousses travaillant sur la Blockchain (« chaîne de blocs »), la technologie de stockage et de transmission d'informations sous-jacente des monnaies virtuelles, qui s'y lancent. Le phénomène explose cette année : depuis janvier, il y en aurait eu près de 140 dans le monde, permettant à des entreprises inconnues du grand public de lever, parfois en quelques minutes, plusieurs millions, pour un montant cumulé de plus de 2 milliards de dollars, selon le site CoinSchedule.

[Montants levés et dix plus importantes "initial coin offerings" depuis janvier 2017. Crédits : CoinSchedule]

Communauté de crypto-investisseurs

En France, la startup DomRaider a ouvert ce mardi la vente en ligne de 350 millions de jetons à 0,10 euro l'unité. Cette entreprise créée en 2013 par Tristan Colombet s'est spécialisée dans le « drop catching », la récupération de noms de domaine internet ayant expirés pour les revendre aux enchères. Elle n'est pas la première startup française à se risquer à l'ICO : la lyonnaise iEx.ec a levé 12 millions de dollars en trois heures en avril dernier pour son infrastructure cloud décentralisée. Une toute première opération avait été réalisée en novembre dernier par Beyond the Void, une startup de jeu vidéo pour lever 110.000 euros.

De son côté, DomRaider espère récolter la somme rondelette de 35 millions d'euros pour financer son projet de plateforme Blockchain pour tout type de vente aux enchères de n'importe quel objet, physique ou virtuel (voiture, bijoux, métaux précieux, etc.) qui serait utilisée par des salles de vente, des commissaires-priseurs, etc. Si l'opération réussit, elle sera l'une des dix plus importantes de l'année. Le jeune patron est confiant :

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« Nous avons lancé la prévente le 16 août et nous en avons déjà vendu les trois quarts » nous confie Tristan Colombet. « Ils ont déjà été réglés, majoritairement en cryptomonnaies, en Éther, en Bitcoin. Il s'agit de crypto-investisseurs, de la communauté de personnes s'intéressant aux projets Blockchain, issus de nombreux pays : des Français, des Russes, des Chinois, des Coréens, etc. »

La flambée des cours des crypto-monnaies a permis à certains pionniers d'amasser un trésor de guerre et des millions virtuels qu'ils réinvestissent dans le secteur, à travers ces ICO.

Bientôt un cadre légal de l'AMF

Le « livre blanc » de DomRaider (127 pages), équivalent d'un prospectus d'introduction, a été traduit en sept langues. « L'ICO permet de monter une opération de manière assez rapide et de mobiliser la communauté internationale sur des projets plus ambitieux » analyse le fondateur et directeur général de DomRaider.

« C'est un nouveau mode de financement à mi-chemin entre l'IPO en Bourse et le crowdfunding [financement participatif, Ndlr], sans être ni l'un ni l'autre, et qui n'a pas encore de cadre légal. Mais il en aura un bientôt : l'Autorité des marchés financiers (AMF), avec laquelle nous avons eu des discussions, souhaite donner aux ICO un cadre d'ici à la fin de l'année, avec le souci de protéger les investisseurs sans imposer trop de contraintes, pour favoriser l'innovation. Cela ferait de la France un des pays pionniers en la matière », relève Tristan Colombet.

Quel est le statut de ces jetons et des investisseurs ? La startup a travaillé avec de nombreux "advisors", des spécialistes des cryptomonnaies, des cryptographes, des juristes, etc, pour répondre à toutes ces questions. Il a été décidé de comptabiliser les jetons en chiffre d'affaires et d'établir des factures aux investisseurs. « Nous sommes en train de défricher ! »

Public averti pour investissement "très, très risqué"

Les investisseurs sont-ils conscients des risques de perte ou du manque de liquidité ? Le régulateur britannique, la Financial Conduct Authority, a émis ce mardi une sévère mise en garde du public : « les ICO sont des investissements spéculatifs, très, très risqués », du fait de l'absence de réglementation, de documentation adéquate, de potentiel de fraude, de volatilité des prix, etc.

Le "livre blanc" de DomRaider indique d'entrée de jeu qu'il s'agit d'une « opération de levée de fonds non régulée » qui présente « de nombreux risques pour les acheteurs, en particulier celui de la perte de la totalité des sommes échangées contre les jetons émis. » Les "DomRaider Tokens" ne donnent pas de part au capital ni de droit au dividende.

« Les jetons pourront être utilisés comme moyen de paiement sur la Blockchain d'enchères, par exemple comme dépôt de garantie. Ils seront aussi cessibles et échangeables sur des plateformes qui sont des répliques de marchés boursiers, comme Bittrex, Coinone et Huobi, avec lesquelles nous sommes en discussion. C'est une attente très forte de la communauté», relève Tristan Colombet.

Ces opérations restent destinées à un public averti, bien au fait de l'univers des crypto-monnaies ou de la technologie de chaîne de blocs. D'ailleurs, les projets très éloignés de la Blockchain n'ont pas reçu un bon accueil de cette communauté, à l'image du plus grand aquarium du monde Paquarium, qui n'a pas pu boucler sa levée.

Pour l'entreprise émettrice, l'ICO n'est pas non plus une rentrée de trésorerie immédiate.

« C'est un point très important : il y a des contraintes pour convertir en monnaie fiduciaire classique. Il faut impérativement passer par des "exchanges". Or si je venais convertir 30 millions d'euros d'un coup, je risquerais de déstabiliser le marché : il faut le faire de manière progressive » fait valoir Tristan Colombet.

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Les garder au chaud n'est pas forcément un mauvais calcul, au vu de la flambée des cours. En un an, le Bitcoin a grimpé de 600 dollars à plus de 4.100 dollars. En outre, « dans le secteur, de plus en plus de transactions ont lieu en crypto-monnaies, par exemple pour payer des fournisseurs, une agence de publicité, un prestataire » observe le patron de DomRaider. Mais pas encore les salariés, bien que certains ne soient pas contre...

Delphine Cuny

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