Les Français quittent (encore) très peu souvent leur banque

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A la question « Quand avez-vous ouvert un compte dans une banque pour la dernière fois ? », plus de la moitié des sondés répondent plus de cinq ans.
A la question « Quand avez-vous ouvert un compte dans une banque pour la dernière fois ? », plus de la moitié des sondés répondent plus de cinq ans. (Crédits : Next Content)
A trois semaines de l’entrée en vigueur du service facilitant la mobilité bancaire, une étude révèle que plus de 40% de la population n’a jamais changé de banque principale et seuls 14% l’ont fait ces deux dernières années. L’augmentation des frais est la première motivation des départs. Du côté des nouveaux entrants, ils feraient plus confiance à un assureur qu'à un opérateur mobile.

Le 6 février 2017, il sera beaucoup plus facile de changer de banque : c'est la date d'entrée en vigueur du service d'aide à la mobilité bancaire, créé par la loi Macron. Les banques seront obligées d'effectuer à la place de leur nouveau client (si ce dernier le souhaite) toutes les formalités, notamment prévenir tous les organismes concernés par des prélèvements (factures d'électricité, de gaz, de téléphonie, etc.) ou des virements automatiques (salaires, retraite, etc.). Le mécanisme ne sera pas aussi simple que celui de la portabilité en un jour dans la téléphonie mobile, mais l'idée est de s'en approcher. Or aujourd'hui, les Français changent très peu souvent d'établissement bancaire, beaucoup moins que d'opérateur mobile.

Selon une enquête* réalisée auprès de Français connectés par Next Context, pour l'éditeur de logiciels SAB et le groupe de conseil en technologies CGI, 42% des personnes interrogées n'ont jamais changé de banque principale. Ils sont même 57% chez les moins de 25 ans, qui ont tendance à conserver la banque de leurs parents.

Mobilité bancaire changement France

 Plus d'un sur quatre prêt à changer

Seuls 14% des Français sondés ont changé de banque ces deux dernières années, dont 6% dans les 12 derniers mois. Ces chiffres sont assez proches des estimations issues du rapport sur la portabilité bancaire remis fin 2014 par Inès-Claire Mercereau, ex-patronne de Boursorama: de l'ordre de 3,5 millions de comptes, soit 4,5% par an. Dans la téléphonie mobile, il y a environ 6 millions de portabilités par an, pour un nombre comparable de comptes (72 millions de cartes SIM, 71 millions de comptes courants). L'association UFC Que Choisir avait évalué la part des clients changeant de banque à un peu plus de 3% et relevé que c'était loin de la moyenne européenne, selon un rapport de la même époque, dans les 8% à 9%.

Pour 57% des Français interrogés, la dernière ouverture d'un compte remonte à plus de cinq ans. Et plus de 60% n'auraient qu'un seul compte bancaire.

« On parle beaucoup de nouvelles tendances comme les agrégateurs de comptes, mais les Français restent très traditionnels dans leur façon de consommer la banque et le marché reste détenu par les banques de réseau », analyse Stéphane Dalifard, expert banques chez CGI Business Consulting.

Selon l'enquête de Next Content, les foyers à plus hauts revenus (plus de 6.000 euros net mensuels) sont les plus mobiles : 30% sont allés voir ailleurs au cours des cinq dernières années. Ils sont aussi les plus enclins à changer : 36% ont l'intention de le faire dans les 6 prochains mois, contre 27% sur l'ensemble de l'échantillon. Soit tout de même plus d'un sur quatre.

Mobilité bancaire intention

La hausse des frais bancaires comme moteur

Les freins au changement ne seraient pas tant la complexité supposée (22%) que l'inertie, la frilosité et l'absence d'envie : les sondés se déclarent satisfaits (42%) et apprécient de maîtriser les services en ligne de leur banque actuelle (33%) ainsi que la proximité de l'agence (32%). Ils sont 27% à estimer qu'il n'y a pas tellement de différence d'une banque à l'autre, ce qui devrait tout de même préoccuper les grands réseaux : la fidélité des clients repose beaucoup sur la force de l'habitude et peut s'avérer fragile.

>> le guide de la mobilité bancaire de la FBF

La première raison conduisant les clients à quitter leur banque pour une autre est, de très loin, l'augmentation des frais et commissions (62%), qui ont justement grimpé ces derniers mois, notamment avec la généralisation des frais de tenue de compte, alors que les marges des banques sont mises sous pression dans le contexte des taux d'intérêt très bas. Et la deuxième (32%) concerne également les prix, puisqu'il s'agit des promotions proposées par la concurrence (sommes offertes à l'ouverte des comptes ou livrets, taux de rémunération attractif).

Pourtant, c'est apparemment le grand flou quand on pose la question « combien vous coûte votre banque principale ? » : seuls 33% en ont une idée précise, 49% le savent « vaguement ». Ce qui ne témoigne pas forcément d'un désintérêt. Si les banques sont tenues de récapituler les frais facturés sur l'année, ces derniers sont multiples et parfois complexes. Le gouvernement va d'ailleurs lancer le 1er février un comparateur de tarifs bancaires à consulter sur Internet.

« La banque ne coûte pas si cher, environ 10 euros par mois. Les enjeux ne sont pas les mêmes que dans la téléphonie mobile en termes de gains de pouvoir d'achat. Pour beaucoup de consommateurs, le jeu de changer de banque n'en vaut pas la chandelle », plaide le consultant de CGI.

Une récente étude évalue cependant à plus de 193 euros les frais bancaires annuels en moyenne en 2017, soit environ 16 euros par mois.

Un assureur plus légitime qu'un opérateur mobile

Les prix attractifs sont aussi la raison numéro un (84%) qui inciterait les sondés à se tourner vers une banque 100% sur Internet, suivis des promotions (40%) et de services en ligne "plus faciles à utiliser". Mais les sondés sont 60% à ne pas franchir le pas parce que "une banque avec des agences c'est plus rassurant en cas de problème" et les jeunes sont les plus sensibles à l'existence d'un réseau physique : 68% chez les 18-24 ans et 70% chez les 25-34 ans.

Cette génération n'est pas à un paradoxe près : 30% des moins de 25 ans seraient prêts à ouvrir un compte bancaire chez un opérateur mobile, contre 21% des 25-34 ans. Sur l'ensemble de l'échantillon, seuls 16% envisageraient de le faire, ce qui n'est pas très encourageant pour la future banque d'Orange (Groupama Banque vient officiellement ce lundi de se rebaptiser Orange Bank). Ce sont les assureurs qui sont jugés les plus légitimes pour entrer sur ce marché : 41% des sondés s'imaginent ouvrir un compte chez un acteur de l'assurance. Devant les groupes de la distribution, les nouveaux acteurs de la finance et du paiement (Fintech) et les télécoms, auxquels ils font à peine plus confiance qu'aux géants de l'Internet.

« Tous les assureurs ont lancé leur banque ces dernières années mais ça n'a pas du tout marché. Groupama a revendu sa banque à Orange, Allianz Bank vivote. Est-ce que le problème est venu du marketing et de la communication ? », s'interroge Stéphane Dalifard.

Mobilité bancaire assureur vs telco

Le marketing et la communication, ce sont justement les deux points forts sur lesquels Orange Bank a l'intention de mettre le paquet à son lancement prévu dans quelques semaines. Tout comme les banques en ligne qui vont profiter de l'entrée en vigueur du service d'aide à la mobilité bancaire pour lancer de grandes campagnes. Y aura-t-il un big bang des parts de marché comme à l'arrivée de Free Mobile en 2012, où la portabilité avait doublé ? Tout dépendra des offres tarifaires.

« Les résultats de l'étude vont à rebours de l'idée selon laquelle le dispositif de mobilité bancaire va rebattre les cartes. Il faut être beaucoup plus mesuré : on n'est pas à la veille d'un raz-de-marée. Ce sera beaucoup plus graduel, pas du tout comme l'arrivée de Free dans le mobile », prédit l'expert de CGI, qui rappelle : « Au Royaume-Uni, la mobilité bancaire avait augmenté de 14% dans les six mois qui avaient suivi la mise en place d'un dispositif de ce type en 2013 mais la dynamique s'était essoufflée ensuite ».

* Enquête réalisée en ligne auprès de 1.000 Français représentatifs de la population connectée à Internet, en décembre dernier et début janvier, par Next Content, organisateur de la conférence InBanque sur l'innovation numérique dans la banque, dont la Tribune est partenaire.

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Commentaires
a écrit le 17/01/2017 à 16:05 :
L'augmentation des frais bancaires devrait être un accélérateur de changement pour les particuliers mécontents de leur banque. Retrouvez le comparatif Café de la Bourse des frais bancaires dans le dossier Comparatif frais bancaires 2017 : maîtrisez vos frais bancaires (https://www.cafedelabourse.com/archive/article/comparatif-frais-bancaires)
a écrit le 16/01/2017 à 19:36 :
Toutes les banques offrent les mêmes produits mais ce qui fait la différence c'est la qualité relationnelle de votre interlocuteur et là malheureusement voilà de nombreuses années que les banques mettent en avant les objectifs de leurs commerciaux au détriment du savoir faire et du savoir être.
a écrit le 16/01/2017 à 15:12 :
Les Français ne changent pas de banque parce qu'il y a collusion entre les banques et en conséquence elles font toutes la même chose. D'autre part, leurs services sont quasi-inexistants et chers. J'ai par exemple une carte de crédit Caisse d'épargne qui est en fait une carte de débit uniquement (retrait d'argent en Europe uniquement), car je ne peux pas acheter sur Internet (billet d'avion ou autre) parce que je n'habite pas en France (ils envoient un code, mais uniquement si on habite en France). Et je paie quand même 129 euros/an. Avec mes cartes canadiennes gratuites, je n'ai pas ce genre de problème. Il faudrait donc peut-être que les gouvernances française et européenne défassent les réseaux bancaires et ouvrent une réelle concurrence avec de vrais services :-)
a écrit le 16/01/2017 à 15:10 :
Quelle pauvreté que pareil article ! La banque n'y est montrée qu'à travers les opérations administratives de transfert de fonds. Les gens sont rares qui quittent leur banque à cause de tout le reste. Les formules d'épargne complexes et liées à la fiscalité découragent tant les modalités sont multiples, subtiles et longues à identifier et réaliser. En ce qui concerne le volet des prêts, c'est tout comme. Les interlocuteurs ignares sur ressources et remplois ne perçoivent que des bribes les faisant interroger leurs tablettes. L' hyper-centralisme avec la numérisation tuent confiance et savoir-faire.
Le client anesthésié est remplacé par le con-sommateur.
a écrit le 16/01/2017 à 10:47 :
Toujours ce culte de la concurrence à tout prix nous faisant croire qu'elle est bonne pour le consommateur mais en réalité que constate-t-on des offres qui comme dans la téléphonie ou l'electricité sont tout compte fait assez comparables avec au départ une promo pour attirer le nouveau client qui au bout d'un an voit cet avantage disparaitre donc incité à terme à changer à nouveau . Tout cela pour quoi?, faire vivre des agences de pub qui font augmenter les frais de gestion des banques bénéf en definf peanut's pour le con- sommateur!
a écrit le 16/01/2017 à 10:00 :
la question qui doit se poser à qui je peux faire le plus confiance à la banque ou à l'assureur. Les contrats très bien!!ficelés des assureurs au détriment bien souvent de l'assuré ne donne pas ce type d'acteur comme fiable en cas de recours. Le code des assurances créée par elles et pour elles échappe à tout contrôle politique. Ce dernier a laissé aux assureurs le soin d'émette leur propre loi avec bien souvent des accords tout à fait légaux mais au détriment de l'assuré. La banque et son réseau assurance aime "jouer" avec la loi, le meilleur exemple l'obligation non écrite mais bien précisée verbalement pour un crédit immo de passer par le réseau assurance de la banque, sinon le taux se retrouve automatiquement réévalué et bien sur à la hausse, même si au bout d'un an on peut résilier mais la règle des 80/20 s'applique, peu de changement. Autre point le gavage car la on ne parle plus de bonne rentabilité mais du gavage concernant l'assurance immo certainement la meilleure de toutes les rentabilités des produits bancaires et assurances mis sur le marché avec le summum la surprime pour les gens dits à risque et qui souvent paient le prix fort en sachant pour certaines maladies que le contrat ne couvre pas le décès provenant de cette maladie, ce n'est plus de l'assurance mais de l'arnaque . Alors la banque ou l'assureur devenu banquier pas photo vaut mieux rester dans le réseau bancaire et changer souvent, l'assureur est trop trouble dans ses contrats avec les alinéas en n'en plus finir.
a écrit le 16/01/2017 à 9:22 :
On sent qu'il y a des places pour des intermédiaires, que les choses ne vont pas se simplifier et que l'on pédalera encore dans la choucroute!
a écrit le 16/01/2017 à 9:01 :
Vu qu'elles s'arrangent toutes entrent elles afin de ne pas perdre d'argent changer de banques je comprends que ça fasse du bien sur le coup mais 9 fois sur 10 c'est pour retomber sur une banque aux mêmes travers ou bien à ceux qui ont des conséquences similaires.

Ca fait un peu penser aux fast food, que ce soit mac do, quick, BK et autres en effet ils proposent tous des sandwichs différents mais qui au final ont tous le même goût pour le même prix.
a écrit le 16/01/2017 à 8:56 :
Les français attendent février 2017 ( date d' application de la loi facilitant le changement de banque ) pour agir.

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