Pourquoi l’incursion d’Uber dans la finance n’est pas une surprise

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(Crédits : Uber)
Sur les traces des Gafa, le VTC californien se diversifie dans la finance avec la création d’une division baptisée Uber Money. Ces géants de la tech souhaitent maîtriser les données de paiement pour mieux servir leurs clients et générer des revenus supplémentaires.

Que vient faire un représentant d'Uber au salon Money 2020 de Las Vegas, la grand-messe des paiements et des fintech ? Réponse : annoncer la création d'une nouvelle division, baptisée Uber Money, spécialement dédiée au développement de produits financiers.

La société de VTC a profité de cet événement pour présenter, en début de semaine, les grandes lignes de cette nouvelle unité pilotée par Peter Hazlehurst. Au menu : le déploiement d'un portefeuille numérique dédié aux clients, chauffeurs et coursiers, mais aussi la possibilité pour ces derniers de percevoir le paiement de chaque course instantanément ou encore le lancement d'une carte de paiement donnant accès à des offres de cashback pour l'essence allant de 3 à 6%.

"L'annonce d'Uber n'est pas une surprise. Depuis quelques années, on assiste à un changement profond lié au digital, qui donne une capacité à ces sociétés de se connecter aux gens et de gérer des flux, notamment dans le paiement", observe Julien Maldonato, associé conseil industrie financière du cabinet Deloitte.

Une première expérience dans les paiements il y a deux ans

Ce n'est d'ailleurs pas la première incursion d'Uber dans le monde des paiements. Il y a deux ans, la société californienne a lancé en partenariat avec Visa et Barclays une carte de paiement visant à reconquérir et fidéliser ses clients, de plus en plus nombreux à bouder son application. Cette carte embarque un programme de fidélité et donne accès à une série d'avantages en cashback pour les dépenses réalisées au sein de l'écosystème Uber, comprenant des services comme Uber Eats mais aussi les trottinettes en libre service Jump.

Un an auparavant, le géant américain des VTC s'était aussi rapproché de BBVA pour lancer une carte de paiement au Mexique, marché où 35% de ses chauffeurs partenaires n'avaient jamais eu accès à des services financiers auparavant.

"Nous voulions aider tout le monde à comprendre qu'il y a une nouvelle partie d'Uber qui se concentre sur les services financiers et qui a pour mission de donner aux personnes un accès à des services financiers dont elles étaient exclues", a expliqué Peter Hazlehurs, dans une interview accordée au média américain CNBC.

Ce débordement d'un géant de la mobilité dans les services financiers n'est pas inédit. Fin août, Tesla a officialisé le lancement de sa propre assurance automobile en tant que courtier. Le constructeur de voitures électriques haut de gamme affirme connaître mieux que quiconque ses véhicules et ses clients et donc être en mesure de proposer des offres mieux adaptées et sensiblement moins chères.

Sur les traces du chinois Didi et sa gamme de produits financiers

L'an dernier, le VTC chinois Didi a également dévoilé une gamme très complète de produits financiers à destination des chauffeurs membres de sa plateforme et de ses clients. La décacorne (société non cotée en Bourse valorisée plus de 10 milliards de dollars, quand les licornes en valent un seul) propose ainsi des offres de prêts, d'assurances santé et automobile ou encore de crédit personnel pour justement faire l'acquisition d'un véhicule.

"Derrière ces initiatives de désintermédiation, il y a un double objectif. Ces sociétés veulent gagner en intimité auprès du client et diminuer leur dépendance vis-à-vis des établissements financiers pour éliminer des coûts", analyse Julien Maldonato.

C'est un moyen aussi pour ces acteurs, souvent très loin de la rentabilité, de diversifier leurs sources de revenus, bien que l'industrie financière, confrontée aux taux bas, voire négatifs, voit sa rentabilité s'éroder. L'objectif est enfin, et surtout, de tracer les clients pour mieux les comprendre et donc mieux les servir par la suite et générer des recettes supplémentaires.

"Or, la meilleure façon de tracer une personne c'est son paiement. Capter la donnée de paiement est devenu le nerf de la guerre", affirme Julien Maldonato.

La donnée de paiement, nouvel or noir

Les nouveaux acteurs de la mobilité ne sont bien évidemment pas les seuls à convoiter ce nouvel or noir. Tous les géants de la tech ont lancé, depuis une petite dizaine d'années, des initiatives diverses et variées dans ce domaine. Amazon propose des prêts aux petites entreprises présentes sur sa place de marché et s'est associé à JPMorgan Chase et au fonds Bershire Hathaway dans le but de développer une assurance santé destinée aux salariés de ces trois poids lourds. Google, comme beaucoup d'autres, a développé une solution de paiement mobile. Facebook, dont le projet de cryptomonnaie Libra semble retardé, voire compromis, planche aussi sur un portefeuille numérique baptisé Calibra.

Mais la plus retentissante des initiatives est sans doute celle d'Apple qui a lancé, l'été dernier, une carte de crédit émise par Goldman Sachs en partenariat avec Mastercard.

"Pour le moment, cette carte est réservée à des beta testeurs, mais les premiers retours sont excellents. Et il y a de quoi trembler lorsqu'on est une banque car la cible d'Apple est une cible haut de gamme qui constitue la clientèle rentable des banques", analyse Julien Maldonato.

Reste qu'aucun de ces géants de la tech, perçus comme une véritable menace par les banques et les assureurs, n'a encore véritablement percé sur ce terrain. "L'industrie financière est loin d'être leur priorité et ce sont davantage des pions positionnés pour l'avenir. Par ailleurs, la culture du changement est sans doute plus lente dans cette industrie que dans d'autres secteurs", note Julien Maldonato.

"Mais à l'avenir, nous allons voir apparaître des méga plateformes proposant tout un écosystème de services au cœur desquelles se trouveront les paiements. Les Gafa ont bien conscience qu'il s'agit du match du siècle et ils ne souhaitent pas le perdre face aux acteurs chinois", prévient-il.

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Commentaires
a écrit le 31/10/2019 à 14:17 :
Je n'irai pas chez "Hubert " ;o). J'ai changé de banque pour des raisons pratiques et financières, cela prend environ un mois et demi . 1) le choix, c'est loin d’être neutre, 2) les démarches afin de rediriger les prélèvements... contrairement aux discours de Macron et ses sbires.
a écrit le 31/10/2019 à 10:43 :
les clients et chauffeurs vont se mettre des menottes......volontairement
les banque l ont fait avec les crédits immobiliers en imposant la domiciliation bancaire, la, c 'est plus fort.......embrigadement complet....
a écrit le 31/10/2019 à 10:43 :
les clients et chauffeurs vont se mettre des menottes......volontairement
les banque l ont fait avec les crédits immobiliers en imposant la domiciliation bancaire, la, c 'est plus fort.......embrigadement complet....
a écrit le 31/10/2019 à 9:43 :
Uber a bien raison : il y a plein de petits stagiaires taillables et corvéables à merci dans la finance, et donc plein de gens à esclavagiser.
C'est ça, le nouveau capitalisme sauvage.
Qui génère, comme il se doit, des velléités révolutionnaires : les GJ, et tout ce qui pète en ce moment : Hong Kong, Liban, Chili, j'en passe et des meilleures.
a écrit le 31/10/2019 à 9:21 :
En effet on se demande même pourquoi ils ne l'ont pas fait plus tôt vu que c'est là qu'il y a le plus de fric à prendre.

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