Quand Accor, Engie et Free se mettent à la finance participative chez la Fintech October

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AccorHotels sera le premier à se lancer sur la plateforme de crowdlending October (ex Lendix) et sera suivi de dix autres groupes, Allianz France, Adecco, Crédit Mutuel Arkéa, Edenred, Engie, Iliad-Free, JCDecaux, Suez, Unibail-Rodamco, Webhelp.
AccorHotels sera le premier à se lancer sur la plateforme de crowdlending October (ex Lendix) et sera suivi de dix autres groupes, Allianz France, Adecco, Crédit Mutuel Arkéa, Edenred, Engie, Iliad-Free, JCDecaux, Suez, Unibail-Rodamco, Webhelp. (Crédits : October)
Onze grands groupes, dont Allianz France, JCDecaux et Suez, vont emprunter 100.000 euros chacun sur la plateforme October (ex-Lendix) pour montrer l'exemple aux PME qui ignorent souvent les alternatives au crédit bancaire. Olivier Goy, le fondateur et président de la Fintech, pense qu'il faudra dix ans pour que le financement participatif se banalise.

AccorHotels, géant mondial de l'hôtellerie, membre de l'indice CAC 40, se lance ce jeudi 22 novembre dans une opération financière inédite. Pas de montage complexe pour une grande acquisition transfrontalière ou d'émission obligataire en devise exotique. Ce grand groupe, capitalisant quelque 11,3 milliards d'euros et employant 250.000 personnes, va venir emprunter 100.000 euros sur la plateforme de financement participatif Lendix, récemment rebaptisée October : les particuliers qui le souhaitent (uniquement des investisseurs individuels) pourront prêter de l'argent, entre 20 euros et 100 euros, à cette très grande entreprise qui détonne à côté des PME constituant les emprunteurs habituels du site, leader français du prêt participatif aux PME et numéro un en Europe continentale du crowdlending.

L'objectif est de montrer l'exemple aux entreprises plus petites qui ignoreraient cette alternative au financement bancaire ou n'oseraient pas y aller.

« C'est une opération symbolique, nous ne voulons pas faire croire qu'Accor a besoin de cet argent ! » nous confie Olivier Goy, le fondateur et président d'October. « Nous voulons attirer l'attention des PME avec de grands parrains qui passent le message à leur écosystème de clients et fournisseurs, et les incitent à découvrir ce nouveau mode de financement. »

Onze grands groupes participent à cette opération baptisée "Grandir Ensemble", sous le haut patronage de Bercy, venant de secteurs variés, comme l'assurance avec Allianz France, les télécoms avec Iliad-Free, l'intérim avec Adecco, l'énergie et l'eau avec Engie et Suez, la publicité avec JCDecaux, l'immobilier avec Unibail-Rodamco, les services aux entreprises comme Edenred ou Webhelp, la banque avec Arkéa. Ils vont chacun emprunter 100.000 euros sur la plateforme d'ici à la mi-décembre. Le prêt, au taux de 2,5%, sera remboursé sur deux ans. Le rendement est le plus bas offert aux prêteurs (il peut atteindre 9%), du fait de la solidité financière des emprunteurs. Ces grands groupes pourront parrainer des PME avec lesquelles ils travaillent.

Cadeau des frais de dossiers pour PME parrainées

Les entreprises intéressées (rentables, minimum 250.000 euros de chiffre d'affaires, jusqu'à quelques centaines de millions) pourront s'inscrire sur un site spécifique grandirensemble.eu où elles indiqueront de quel grand groupe elles sont partenaires (ce qui sera vérifié par la suite) : elles pourront emprunter  jusqu'à 1 million d'euros sans payer de frais de dossier (3% du montant emprunté habituellement), sous réserve de l'acceptation de leur demande. La Fintech est prêt à faire cadeau de ces frais, de sa marge, pour élargir son vivier d'emprunteurs. L'objectif est de débloquer jusqu'à 11 millions d'euros pour les PME parrainées au cours de cette opération qui s'étalera sur deux ans, la durée des prêts.

Depuis son lancement il y a quatre ans, l'ex-Lendix a permis à plus de 500 PME d'emprunter 240 millions d'euros, auprès de particuliers et d'investisseurs privés et institutionnels, via un fonds abondé notamment par la CNP, la Matmut, Groupama et Bpi. Il se taille déjà une part de plus de 40% du marché français, récemment secoué par la cessation d'activité d'Unilend, et en baisse en nombre de dossiers financés selon les statistiques de Crowdlending.fr. Surtout, le marché français demeure très modeste par rapport au marché britannique, où Funding Circle a permis à plus de 50.000 entreprises de se financer pour plus de 5,5 milliards d'euros depuis sa création en 2010. Le crédit bancaire reste largement dominant chez les PME françaises.

« Ce ne sont même pas des réticences : les chefs d'entreprise ne savent même pas que l'on existe ! » constate Olivier Goy. « Autrement dit, il y a tout à faire ! Après des décennies de monopole bancaire, il est normal que, quatre ans seulement après la loi sur le financement participatif, plus de 80% des PME ne connaissent pas ces nouvelles sources de financement. Il va falloir 10 ans pour que cela rentre dans les mœurs » prédit-il.

Conscient de cette difficulté à diversifier les sources de financement des PME, le Medef a lancé l'an dernier une initiative, Medef Accélérateur d'investissement, plateforme de mise en relation d'entreprises avec des acteurs de la finance traditionnels et alternatifs, des fonds de capital-développement tels que Siparex, Idinvest, Eiffel et Tikehau, et trois plateformes de financement participatif, Credit.fr, WeShareBonds et l'ex-Lendix. Les avantages du crowdlending sont la rapidité (offre ferme en 48 heures, fonds sous 7 jours), la possibilité de financer de l'immatériel et l'absence de caution personnelle. En contrepartie, le taux est plus élevé qu'un crédit bancaire, dans un environnement de taux d'intérêt bas en Europe.

October, qui a levé 32 millions d'euros en juin auprès d'Allianz, Idinvest, et la famille Benedetti, aimerait dupliquer cette opération "Grandir Ensemble" dans les autres pays où il opère, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et bientôt en Allemagne.

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