« Revolut veut être l'Amazon de la banque »

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Nikolay Storonsky, le cofondateur russo-britannique de Revolut, affirme être tellement loin devant les autres en nombre d'utilisateurs et en services.
Nikolay Storonsky, le cofondateur russo-britannique de Revolut, affirme être "tellement loin devant les autres en nombre d'utilisateurs et en services". (Crédits : Revolut)
La néobanque britannique revendique un million d'utilisateurs en Europe, dont 150.000 en France. Son fondateur, Nikolay Storonsky, brigue une licence bancaire européenne en Lituanie et se voit en futur grand acteur mondial de la banque nouvelle génération.

Dans la tour One Canada Square, à Canary Wharf, le quartier d'affaires ultra-moderne de Londres, se trouvent l'Autorité bancaire européenne qui s'apprête à déménager à Paris à cause du Brexit, ainsi qu'une foule de grandes et petites entreprises de la finance, en particulier à Level 39, un accélérateur et espace de co-working, qui abrite parmi les plus prometteuses jeunes pousses de la Fintech londonienne. Au quatorzième étage, dans l'espace lounge et cuisine, un trentenaire en jeans et t-shirt s'accorde une courte pause déjeuner. Ce jeune homme pressé à l'air timide, qui parle anglais avec un léger accent russe, est le cofondateur et directeur général de Revolut, une appli de néobanque qui a l'ambition de « disrupter le secteur bancaire. »

Nikolay Storonsky n'y va pas de main morte quand il s'agit de parler des banques, dont les grandes tours se dressent tout autour de cet immeuble à la vue imprenable sur la City et la Tamise.

« Regardez les banques, elles ne savent pas rendre un bon service. Elles ne sont pas bâties comme nous sur du logiciel et sont empêtrées dans des processus très mécaniques. Je ne les déteste pas mais elles sont juste terriblement inefficaces », nous confie celui qui a travaillé chez Credit Suisse et Lehman Brothers avant de cofonder Revolut en 2015.

Revolut annonce ce vendredi avoir atteint un million d'utilisateurs en Europe, dont la moitié au Royaume-Uni et plus de 150.000 en France. Dans les pays baltes, elle en compte 60.000 et plus de 50.000 en Allemagne et en Irlande. Elle affirme ouvrir 3.000 à 3.500 nouveaux comptes par jour et avoir traité 42 millions de transactions, pour un volume total de 6,1 milliards de dollars.

Canary Wharf Londres Level39

[La vue imprenable sur la City et la Tamise de Level39 à Canary Wharf]

Une alternative digitale aux banques

L'appli a commencé par proposer des paiements en devises sans frais, puis elle a élargi son offre, avec de l'assurance pour téléphone mobile, des Iban personnels, des cartes prépayées et des cartes premium personnalisables, se positionnant comme néobanque pour les jeunes actifs. Plus de 42% des clients ont entre 25 et 35 ans.

 « Nous développons une plateforme financière globale, centrée sur le mobile, afin de répondre aux besoins de nos clients internationaux, ancrés dans le XXIème siècle. Nous voulons être l'alternative digitale aux banques. Notre vision est de devenir l'Amazon de la banque. Amazon a commencé par vendre des livres, puis est devenu le plus grand distributeur au monde », nous explique Nikolay Storonsky.

Revolut appli néobanque Fintech

Son entreprise, créée avec un Ukrainien, Vlad Yatsenko, à la technique, emploie 300 personnes, dont une centaine à Londres et autant à Cracovie, où se trouve le service client, avec des petits bureaux à Paris, Barcelone, Milan, Berlin. En 2018, elle ambitionne de se lancer pour la première fois hors d'Europe, aux Etats-Unis et au Canada, à Singapour et Hong Kong.

« Nous enregistrons une croissance phénoménale. Nous sommes tellement loin devant les autres en nombre d'utilisateurs et en services, nous bénéficions de l'avantage du premier entrant. Nous avons demandé une licence bancaire européenne car nous voulons nous lancer dans le prêt, qui génère de fortes marges, et dans la banque transactionnelle, sans faire de la banque traditionnelle », se targue le cofondateur.

Revolut, qui dispose d'un statut d'établissement de monnaie électronique, a en effet postulé auprès de la banque centrale de Lituanie, réputée rapide et accueillante pour les Fintech, afin d'obtenir une licence bancaire qu'elle pourra utiliser dans toute l'Europe et qui lui permettra de bénéficier de la garantie sur les dépôts, d'accorder des découverts.

Version premium et bitcoin

Depuis sa création, Revolut a levé 86 millions de dollars, dont 66 millions en juillet dernier auprès des fonds de capital-risque Index Ventures et Balderton.

« Les banques traditionnelles dépensent des centaines d'euros pour acquérir chaque client. Revolut a réussi à atteindre un million de détenteurs de cartes uniquement par le bouche à oreille. La croissance de Revolut reflète la capacité de ses équipes à créer un produit financier que les gens ont envie d'utiliser quotidiennement, parce que c'est facile, instantané et gratuit », fait valoir Martin Mignot, associé chez Index Ventures, dans un communiqué.

Tout n'est pas gratuit ceci dit. Il y a un abonnement premium à 6,99 £ par mois avec carte premium, plus de retraits autorisés et des assurances, et aussi un compte Business. Il y a des commissions à partir de certains montants transférés, mais « au meilleur prix ».

carte Revolut Mastercard néobanque

[La carte de paiement Mastercard premium, personnalisable, déclinée en plusieurs couleurs. Crédit: Revolut]

Pour se différencier de la concurrence, Revolut a récemment lancé l'achat et la vente de Bitcoin, l'échange et les virements en cryptomonnaie.

« A la différence de N26, on ne veut pas être juste une autre banque ennuyeuse », balance un porte-parole.

La jeune pousse aux très grandes ambitions est loin d'être seule sur ce créneau et trouve face à elle quelques rivaux de taille, notamment la plateforme de transfert d'argent TransferWise, fondée par deux Estoniens à Londres, et qui vient de lever la somme colossale de 280 millions de dollars pour soutenir ses plans d'expansion. Le boss de Revolut reconnaît que TransferWise sera probablement son plus rude concurrent.

« Le marché est énorme. Dans un océan gigantesque, il y a de la place pour deux vaisseaux », tempère Nikolay Storonsky. « Une révolution est en train de se produire, les business models sont là, quelques Fintech deviendront des géants. »

S'il se voit parmi ces futurs mastodontes, le patron de Revolut a encore du mal à dessiner l'avenir.

« Se projeter à deux ans dans une startup c'est comme s'imaginer dans 20 ans dans une entreprise normale ! En tous cas, dans cinq ans, nous serons une entreprise mondiale », parie-t-il.

Revolut a dégagé l'an dernier une perte avant impôt de 7 millions de livres pour 2,3 millions de chiffre d'affaires. « Nous pourrions théoriquement être rentables, nous privilégions la croissance », martèle-t-il. Avec en ligne de mire un objectif de 10 millions d'utilisateurs en 2020.

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Commentaires
a écrit le 24/11/2017 à 16:40 :
Ca me fait bien ces soit disant nouveau partrons bon qu'a critiquer les autres
quelles contrainte pour ce genre de "banque en ligne"? quelle obligation? quelle securité pour les clients?
Le jour ou ca coule lui il s'en va dans un autre pays avec l'argent des clients; les clients eux font quoi? y a meme pas d'agence en france
a écrit le 24/11/2017 à 11:49 :
Je viens de créer un compte avec eux à la lecture de votre article. Ultra simple, même beaucoup plus simple qu'Orange Bank. Pour les personnes qui ont plusieurs comptes à l'étranger c'est top car les virements internationaux sont gratuit !

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