« Revolut veut être l'Amazon de la banque »

Revolut fondateur Nikolay Storonsky
Revolut
Dans la tour One Canada Square, à Canary Wharf, le quartier d'affaires ultra-moderne de Londres, se trouvent l'Autorité bancaire européenne qui s'apprête à déménager à Paris à cause du Brexit, ainsi qu'une foule de grandes et petites entreprises de la finance, en particulier à Level 39, un accélérateur et espace de co-working, qui abrite parmi les plus prometteuses jeunes pousses de la Fintech londonienne. Au quatorzième étage, dans l'espace lounge et cuisine, un trentenaire en jeans et t-shirt s'accorde une courte pause déjeuner. Ce jeune homme pressé à l'air timide, qui parle anglais avec un léger accent russe, est le cofondateur et directeur général de Revolut, une appli de néobanque qui a l'ambition de « disrupter le secteur bancaire. »
Nikolay Storonsky n'y va pas de main morte quand il s'agit de parler des banques, dont les grandes tours se dressent tout autour de cet immeuble à la vue imprenable sur la City et la Tamise.
Revolut annonce ce vendredi avoir atteint un million d'utilisateurs en Europe, dont la moitié au Royaume-Uni et plus de 150.000 en France. Dans les pays baltes, elle en compte 60.000 et plus de 50.000 en Allemagne et en Irlande. Elle affirme ouvrir 3.000 à 3.500 nouveaux comptes par jour et avoir traité 42 millions de transactions, pour un volume total de 6,1 milliards de dollars.

[La vue imprenable sur la City et la Tamise de Level39 à Canary Wharf]
L'appli a commencé par proposer des paiements en devises sans frais, puis elle a élargi son offre, avec de l'assurance pour téléphone mobile, des Iban personnels, des cartes prépayées et des cartes premium personnalisables, se positionnant comme néobanque pour les jeunes actifs. Plus de 42% des clients ont entre 25 et 35 ans.

Son entreprise, créée avec un Ukrainien, Vlad Yatsenko, à la technique, emploie 300 personnes, dont une centaine à Londres et autant à Cracovie, où se trouve le service client, avec des petits bureaux à Paris, Barcelone, Milan, Berlin. En 2018, elle ambitionne de se lancer pour la première fois hors d'Europe, aux Etats-Unis et au Canada, à Singapour et Hong Kong.
Revolut, qui dispose d'un statut d'établissement de monnaie électronique, a en effet postulé auprès de la banque centrale de Lituanie, réputée rapide et accueillante pour les Fintech, afin d'obtenir une licence bancaire qu'elle pourra utiliser dans toute l'Europe et qui lui permettra de bénéficier de la garantie sur les dépôts, d'accorder des découverts.
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Depuis sa création, Revolut a levé 86 millions de dollars, dont 66 millions en juillet dernier auprès des fonds de capital-risque Index Ventures et Balderton.
Tout n'est pas gratuit ceci dit. Il y a un abonnement premium à 6,99 £ par mois avec carte personnalisable, plus de retraits autorisés et des assurances, et aussi un compte Business. Il y a des commissions à partir de certains montants transférés, mais « au meilleur prix ».

[La carte de paiement Mastercard premium, personnalisable, déclinée en plusieurs couleurs. Crédit: Revolut]
Pour se différencier de la concurrence, Revolut a récemment lancé l'achat et la vente de Bitcoin, l'échange et les virements en cryptomonnaie.
La jeune pousse aux très grandes ambitions est loin d'être seule sur ce créneau et trouve face à elle quelques rivaux de taille, notamment la plateforme de transfert d'argent TransferWise, fondée par deux Estoniens à Londres, et qui vient de lever la somme colossale de 280 millions de dollars pour soutenir ses plans d'expansion. Le boss de Revolut reconnaît que TransferWise sera probablement son plus rude concurrent.
S'il se voit parmi ces futurs mastodontes, le patron de Revolut a encore du mal à dessiner l'avenir.
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Revolut a dégagé l'an dernier une perte avant impôt de 7 millions de livres pour 2,3 millions de chiffre d'affaires. « Nous pourrions théoriquement être rentables, nous privilégions la croissance », martèle-t-il. Avec en ligne de mire un objectif de 10 millions d'utilisateurs en 2020.