Transfert d'argent : MoneyGram se met à la Blockchain avec Ripple qui entre au capital

Photo d'illustration
Heinz-Peter Bader

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Le monde du paiement est décidément en pleine ébullition et les nouveaux entrants prennent le pouvoir. C'est un peu le monde à l'envers : la startup qui entre au capital de la grande sœur de trente ans d'âge, cotée au Nasdaq, avec plus de 1,4 milliard de dollars de revenus annuels. Ripple, jeune entreprise californienne, fondée en 2012, qui a développé un protocole de paiement temps réel s'appuyant sur la technologie Blockchain, a annoncé le 17 juin qu'elle avait noué un "partenariat stratégique" de deux ans avec MoneyGram, le numéro deux mondial du transfert d'argent (derrière Western Union), accord qui se double d'une prise de participation : Ripple va investir 30 millions de dollars dans MoneyGram en achetant des actions nouvellement émises à un prix significativement supérieur au cours de Bourse et une option pour en acquérir d'autres pour 20 millions de dollars supplémentaires. La jeune pousse de San Francisco deviendra un de ses premiers actionnaires, derrière le fonds de private-equity Thomas H Lee.
L'action MoneyGram a bondi de 167% mardi sur le Nasdaq à 3,88 dollars (Ripple paiera 4,10 dollars), portant sa valeur boursière à 190 millions de dollars. Elle valait 18 dollars en 2017, quand Ant Financial, le Paypal chinois, filiale d'Alibaba, avait voulu l'acquérir pour 1,2 milliard de dollars, avant d'être bloqué par le gouvernement américain, pour des raisons de "sécurité nationale". En janvier dernier, des rumeurs avaient circulé sur une possible mise en vente de MoneyGram. Au début du mois, celle d'une acquisition par Ripple a commencé à émerger.
La nouvelle a été éclipsée par l'annonce très attendue du lancement de la monnaie digitale de Facebook, Libra, avec 27 partenaires, qui n'est pas sans rapport : le slogan de Ripple est "une expérience sans friction pour envoyer de l'argent dans le monde entier". Une promesse identique à celle de la cryptomonnaie Libra. MoneyGram opère sur le marché des "remittances", les virements de migrants vers leurs pays d'origine, estimé à plus de 600 millions de dollars, et précisément cité comme un des cas d'usage de Libra par Facebook.
Les entreprises de transfert d'argent comme MoneyGram et Western Union, qui opèrent historiquement un vaste réseau physique (postes, banques, commerçants), dans plus de 200 pays, notamment émergents, sont mises au défi d'une transformation numérique accélérée, de plus en plus concurrencées par des startups de la Fintech qui proposent des solutions beaucoup moins chères comme WorldRemit et TransferWise. MoneyGram va utiliser la technologie de "liquidité à la demande" de Ripple, xRapid, et sa cryptomonnaie baptisée XRP (la troisième par la capitalisation derrière le Bitcoin et l'Ether, à plus de 18 milliards de dollars) pour les règlements de changes et le traitement des paiements transfrontaliers, espérant gagner en efficacité.
Elle va ainsi desserrer ses contraintes de trésorerie. Le partenariat s'inscrit dans le prolongement d'un premier accord de coopération entre les deux entreprises annoncé en janvier 2018. Ripple avait aussi travaillé avec Western Union, qui n'avait pas été convaincu par son expérimentation, et a annoncé début juin un accord stratégique avec Visa sur les paiements temps réel.
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Ripple se targue de compter plus de 200 institutions financières testant ou utilisant son réseau. Le Crédit Agricole a expérimenté sa solution pendant neuf mois l'an dernier, en Savoie, pour permettre à des clients de transférer leur salaire en francs suisses vers leur compte bancaire français en quelques minutes, mais la banque française a préféré s'orienter vers le paiement instantané qui va se généraliser en Europe.
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Se posant en rival de Swift, la messagerie interbancaire mondiale, qui teste elle-même la Blockchain (avec Corda de R3), Ripple va devoir désormais compter avec la concurrence du Libra. A moins que le lancement de cette monnaie privée à l'initiative de Facebook n'accélère la prise de conscience des institutions financières et leur adoption du système Ripple, sur fond de course à l'innovation dans le secteur. Son directeur général Brad Garlinghouse définissait en janvier la mission de Ripple ainsi : "aider les banques à réussir dans le futur, par exemple permettre à Santander de concurrencer de façon plus efficace PayPal, Amazon ou Facebook".
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